Il aura suffi que les responsables d’une mosquée située à Växjö, une ville suédoise de la province méridionale du Smaland, sollicitent la permission d’appeler à la prière à travers un haut-parleur, non sans avoir préalablement rassuré les autorités locales sur l’intensité du volume sonore, pour que les esprits s’échauffent à droite, et à la droite de la droite.
Vent debout contre la diffusion de l’Adhan sur le territoire national, aussi encadrée et réglementée soit-elle, ces politiciens suédois en colère ont déclenché une polémique bruyante, sans se demander si, outre ses relents nauséeux, elle ne constituait pas une vraie nuisance sonore…
Car, pour l’heure, le vacarme assourdissant provient surtout des cris d’orfraie qu’ils poussent contre l’islam en général, et l’émergence des mosquées dans le paysage en particulier, au point de heurter les oreilles d’un de leurs concitoyens, non pas de confession musulmane mais juive.
Présidant aux destinées de la communauté juive à Stockholm, Aron Verständig en a eu assez de ce tintamarre. Il est sorti de sa réserve pour alerter sur les dangers de succomber aux sirènes stridentes du populisme. A ses yeux inquiets, l’interdiction de l’appel à la prière « porterait atteinte à l’intégration dans le pays », comme il l’a expliqué aux médias, en allant jusqu’à établir un parallèle avec le traitement réservé aux Juifs dans la Suède du 18ème siècle.
« Cette hostilité farouche manifestée contre une religion en particulier ne date pas d’aujourd’hui. Hier elle se déchaînait contre les juifs, et à présent contre les musulmans. Ce n’est pas cela qui va contribuer à favoriser l’intégration », a déploré ce chantre de la coexistence harmonieuse.
« Au contraire, ce qui favorise l’intégration, c’est la chaleur de votre accueil. Si vous dites bienvenue en Suède, voici les lois que nous avons, tout le monde doit les suivre, et cela ne fait aucune différence si vous êtes musulmans, chrétiens, juifs, athées, voire d’une tout autre obédience, cela changera tout », préconise vivement le bien avisé Aron Verständig.
« Par ailleurs, ce n’est pas comme s’il y avait des milliers de mosquées qui demandaient l’autorisation de diffuser l’appel à la prière en Suède. Il ne s’agit que d’une seule, mais comme d’habitude, tout est exagéré, noirci et dramatisé à l’extrême », a-t-il souligné, en espérant que la polémique finisse par retomber comme un soufflé.
Comme le dit le vieil adage, à quelque chose malheur est bon. En effet, malgré le bruit et la fureur de cette controverse nordique aux accents islamophobes, une voix pleine de sagesse aura réussi à se faire entendre et, mieux encore, elle a eu une forte résonance auprès de la communauté musulmane de Suède.
Suède : un responsable de la communauté juive soutient la diffusion de l’Adhan, au nom de la coexistence harmonieuse

