Nagib Azergui, le président de l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF), posait une question dans Oumma du 6 mai : « Quels partis politiques ont réellement oeuvré pour endiguer les discriminations et inégalités qui touchent spécifiquement les citoyens de confession musulmane ? »
Il faut qu’Azergui n’ait guère suivi la vie politique française pour répondre : « Aucune ». Il oublie donc toutes ces personnalités et organisations qui ont participé et appelé à la marche contre l’islamophobie du 10 novembre 2019. Ils étaient Insoumis, communistes, écologiste (Esther Benbassa), d’Attac, de l’Union juive pour la Paix et enseignants de la Fédération syndicale unitaire. Et je me souviens bien d’un slogan : « So, so, so, solidarité avec les femmes voilées ». Certes, il y avait des musulmanes et des musulmans à cette manifestation mais, plus nombreux étaient ceux qui ne l’étaient pas et qui bravaient la condamnation indignée quasi unanime de tous nos médias !
A-t-il oublié aussi la mobilisation d’hommes et de femmes politiques qui ont dénoncé la loi sur « le séparatisme » du 24 août 2021 comme une loi scélérate ? Jean-Luc Mélenchon avait déclaré en décembre 2020 qu’il s’agissait d’une « stigmatisation des musulmans », de « mesures liberticides » poussant l’État à intervenir dans les affaires religieuses.
D’autres leaders de la FI, comme le député LFI Alexis Corbière, ont dénoncé un texte d’« affaiblissement de la laïcité », comme la députée Clémentine Autain, qualifiée d’« islamo-gauchiste » par Manuel Valls. Comme Olivier Faure, leader des députés socialistes, qui a dénoncé les vrais séparatismes négligés par la loi : « la pauvreté, l’exclusion, le racisme, la discrimination » ; quant à Yannick Jadot, leader des Verts (EELV), il a également combattu le projet de loi parce que « la République n’a pas tenu la promesse républicaine », il n’y « a plus de services publics, on a fermé les associations pour l’aide au soutien scolaire, pour l’aide alimentaire ».
Pourquoi donc Nagib Azergui présente-t-il les musulmans de France comme abandonnés ? Pourquoi donc attaque-t-il la coalition rassemblée par Mélenchon et la FI, cette Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) qui, seule, peut éviter la catastrophe que nous avons vécu en 2017 : donner à Macron cette majorité écrasante à l’Assemblée nationale qui lui a permis de faire passer ces lois liberticides ?
Le programme de l’UDMF se résume à la liberté, en particulier pour les femmes musulmanes, la « pleine citoyenneté » et la « pleine égalité républicaine ». C’est bien, mais ce n’est évidemment pas un véritable programme politique !
Et pour cause : même si on a vu une forte majorité de musulmans voter Mélenchon au premier tour des Présidentielles, on en trouve de toutes les opinions, de la droite à l’extrême-gauche ! Pour les rassembler, Nagib Azergui ne peut donc pas dire grand-chose. Mais au fait, qui peut imaginer qu’un des cent candidats de l’UDMF sera élu ? S’agit-il de se compter pour former un groupe de pression ? Le risque peut être pourtant, à quelques centaines de voix près, de faire échouer un candidat de la NUPES. A moins que ce ne soit l’objectif ?
Reste encore une hypothèse : les lois de la République accordent une subvention aux partis qui ont recueilli au moins 1 % des voix dans un minimum de 50 circonscriptions…
Martine Sevegrand

