- Analyse des enjeux économiques et sociaux derrière le projet Neom.
- Impact sur les populations locales et les travailleurs migrants.
- Réflexion sur la démesure et la réalité en Arabie saoudite.
La folie des grandeurs de Riyad payée à coups de milliards
Neom devait incarner l’Arabie saoudite du futur. Une ville nouvelle, écologique, ultra-moderne, capable de faire oublier le pétrole et d’attirer le monde entier. Présenté comme un projet visionnaire, Neom est aujourd’hui en train de devenir le symbole d’une gouvernance autoritaire aveuglée par la démesure. Après avoir englouti des dizaines de milliards de dollars, Riyad reconnaît désormais que cette ville géante construite dans le désert n’est ni maîtrisée ni viable. Annoncé à 500 milliards de dollars, Neom figurait parmi les projets urbains les plus chers jamais imaginés. Son cœur, The Line, devait s’étendre sur près de 200 kilomètres. Deux murs géants de 500 mètres de haut, censés accueillir jusqu’à 9 millions d’habitants. Une promesse spectaculaire, mais totalement irréaliste. Ce projet n’a jamais fait l’objet d’un débat public. Aucune étude indépendante n’a été rendue publique. La décision a été imposée d’en haut, dans un système où la contestation est inexistante.
Près de 50 milliards de dollars ont déjà été dépensés. Pourtant, les travaux sont aujourd’hui ralentis, parfois à l’arrêt. L’échéance de 2030 est désormais hors d’atteinte. Un responsable saoudien a fini par admettre que l’État avait « dépensé trop vite ». Une reconnaissance tardive qui ne change rien au fond du problème. Il s’agit d’un échec politique majeur, causé par une logique de prestige et de communication, et non par une réflexion sérieuse sur les besoins du pays.
Pendant que ces milliards disparaissaient dans le sable, l’Arabie saoudite faisait face à des réalités bien plus concrètes : baisse des revenus pétroliers, déficits budgétaires, chômage persistant des jeunes et inégalités sociales profondes. Le contraste est brutal entre l’argent investi dans une vitrine technologique et les difficultés du quotidien vécues par une large partie de la population.
Un projet pensé pour l’image, pas pour la population
Le discours officiel met en avant l’écologie et la durabilité. Mais cette façade masque mal la réalité. Neom a entraîné des déplacements forcés de populations locales, expulsées de leurs terres sans réel choix. L’environnement du désert, fragile par nature, a été profondément transformé. Construire une mégastructure prétendument « verte » dans un milieu aussi hostile relève d’une contradiction évidente. À ce jour, seule Sindalah a ouvert. Il s’agit d’une station balnéaire de luxe, réservée à une clientèle riche et internationale. Elle a été livrée avec trois ans de retard et un budget largement dépassé. Ce fait résume à lui seul l’esprit du projet : Neom n’a jamais été pensé pour la population, mais pour l’image du régime et pour une élite.
Le problème n’est pas l’absence totale de services publics en Arabie saoudite, mais leur inégale répartition et leur fragilité sociale. La santé et l’éducation publiques existent, mais elles sont souvent saturées, surtout hors des grandes villes. Le logement accessible manque, notamment pour les jeunes et les classes moyennes. Les aides sociales restent limitées et conditionnelles. Beaucoup de familles dépendent encore de réseaux privés ou familiaux pour s’en sortir. Dans ce contexte, consacrer des dizaines de milliards à Neom révèle un choix politique clair : investir dans le prestige plutôt que dans le quotidien.
La situation est encore plus dure pour les travailleurs migrants, qui représentent une part essentielle de l’économie du pays. Des millions d’ouvriers venus d’Asie et d’Afrique occupent les emplois les plus pénibles, notamment dans la construction. Beaucoup travaillent pour des salaires très bas, vivent dans des logements précaires et disposent de peu de protections. Le système de parrainage limite leur liberté et les expose à des abus. Sur les chantiers de Neom, des témoignages font état de conditions de travail difficiles et dangereuses. Ces travailleurs restent invisibles, sans droits réels et sans voix.
La réduction actuelle du projet Neom ne marque pas un changement idéologique. Elle est imposée par la réalité économique. Neom restera comme l’un des exemples les plus frappants d’une ambition autoritaire sans limites, où la démesure sert le pouvoir, et non l’intérêt public.



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