in

La guerre menace de s’étendre à toute la région si l’État irakien se désintègre

Alors que 300 membres des Forces Spéciales américaines arrivent en Irak, ostensiblement pour conseiller les militaires irakiens assiégés, le Premier Ministre Nouri al-Maliki défie les récriminations débordantes de l’administration Obama et de la politique étrangère étatsunienne institutionnelle concernant l’effondrement du contrôle gouvernemental sur de vastes zones de l’ouest et du nord de l’Irak devant la rébellion de l’ISIL et des sunnites.

Il a écarté les accusations de Washington selon lesquelles la persécution de partis politiques sunnites par son régime est condamnable et il a rejeté la pression US pour qu’il démissionne de son poste afin de permettre la formation d’un gouvernement « d’unité nationale ». En lieu et place, il a choisi de faire appel à l’aide de milices chiites en Irak, du régime chiite iranien et de la Russie.

Le discours de Maliki adressé à l’administration Obama est devenu de plus en plus acerbe depuis ses conversations avec le Secrétaire d’État John Kerry lundi 23 juin. Le mercredi, il qualifiait les appels étatsuniens en faveur d’un gouvernement d’ « union nationale » de plans pour un « coup d’état ».

Tout semble indiquer que les factions politiques chiites utiliseront la session du 1er juillet des parlements irakiens pour réunir un autre gouvernement à dominante chiite, dirigé par Maliki ou par un autre. La plupart des politiciens sunnites n’y assisteront pas, et les représentants des partis nationalistes kurdes qui dirigent le nord de l’Irak comme région autonome ont déclaré qu’ils vont sans doute boycotter le parlement.

Dans une interview accordée hier au Service arabe de la BBC, Maliki a dénoncé les États-Unis pour n’avoir pas fourni à l’Irak les jets de combat F-16 commandés après le retrait des militaires US en 2011. « Je serai franc et je dis que nous avons été dupés quand nous avons signé ce contrat » a dit Maliki. « Nous aurions dû songer à acheter d’autres jets de combat, britanniques, français et russes, pour assurer une couverture aérienne à nos forces. Si nous avions disposé d’une couverture aérienne, nous aurions évité ce qui est arrivé ».

Maliki a déclaré que son gouvernement a effectué un achat en urgence de jets de combat de Russie et du Belarus, et que ceux-ci « allaient arriver en Irak dans deux ou trois jours ». Il a poursuivi en faisant l’éloge des frappes aériennes effectuées par la l’aviation syrienne ce mardi contre des forces de l’ISIL contrôlant le poste-frontière irako-syrien de Qa’im, dans la province occidentale d’Anbar.

Tandis que Maliki soulignait que les frappes n’avaient visé que des cibles du côté syrien de la frontière et que son gouvernement ne les avait pas demandées, il a ajouté : « Nous avons salué cette action. Nous saluons toute frappe syrienne contre l’ISIL parce que ce groupe cible à la fois l’Irak et la Syrie … A la fin, les vainqueurs seront nos deux pays ».

Les combattants sunnites extrémistes que l’ISIL a déployés en Irak depuis le début de l’année ont été réunis et armés en Syrie ; ils faisaient partie des forces que les USA, les puissances européennes, la Turquie, l’Arabie saoudite et les états du Golfe utilisent pour tenter de vaincre le régime du Président Bashar al-Assad soutenu par l’Iran.

La base des partisans traditionnels des Assad vient de la vaste minorité alaouite de Syrie. L’ISIL et d’autres rebelles sunnites ont mené leur insurrection dans la perspective clairement sectaire d’éliminer les alaouites du pouvoir.

Décision qui ne peut que jeter de l’huile sur le feu d’une guerre en passe de devenir régionale, l’administration Obama a demandé ce jeudi au Congrès 500 millions de dollars pour financer l’entraînement et l’armement de milices dites « modérées » participant à la campagne militaire sous commandement sunnite contre le gouvernement Assad.

En Irak, l’ISIL a menacé de détruire les principaux lieux saint chiites et de massacrer la population chiite dans les zones du pays qu’il cherche à incorporer à un état islamique qui inclut par ailleurs de grandes parties de la Syrie et du Liban.

Ce mercredi, Maliki a formulé la lutte contre l’ISIL en termes non moins sectaires, la décrivant comme une « guerre sainte contre le terrorisme ». Des dizaines de milliers de combattants des milices fondamentalistes chiites se sont mobilisés pour aller défendre des lieux saints chiites à Samarra, Bagdad, Nadjaf et Kerbala, et des milliers d’autres seraient en train de rentrer de Syrie, où ils combattaient aux côtés de l’armée syrienne et du Hezzbollah libanais.

 

Les unités de l’armée irakienne qui sont déployées contre les rebelles sunnites au nord, à l’ouest et à l’est de Bagdad sont composées essentiellement de chiites. Des conseillers militaires iraniens de la force d’élite al-Qods seraient intégrés dans des unités sur la ligne de front.

La perspective d’une intervention iranienne majorée se pose en raison de la situation militaire autour de Samarra, site de la mosquée al-Askiriya, (la Mosquée d’Or), un des lieux saints chiites les plus vénérés. En février 2006, elle avait été bombardée par de supposés extrémistes sunnites, déclenchant une frénésie de violences sectaires.

Le Président Hassan Rouhani a déclaré publiquement que l’Iran « n’hésitera pas » à défendre les lieux saints. Alors que la ville est bien défendue, des combats ont lieu dans sa périphérie. Si Samarra tombait aux mains des forces sunnites et de l’EIIL, ou si la mosquée subissait d’autres dégâts, il est quasi certain qu’un déploiement militaire iranien très important aurait lieu en Irak.

Le Hezzbollah libanais a également déclaré qu’il enverrait des milliers de combattants si les lieux saint chiites étaient menacés.

La situation globale comporte le risque d’une escalade de guerre régionale.

Les monarchies sunnites, qui sont ouvertement favorables au soulèvement sunnite irakien et qui ont armé les rebelles sunnites syriens, y compris l’ISIL, sont en train de mobiliser leurs forces militaires.

La Jordanie a déployé des tanks et des milliers de soldats le long de sa frontière avec l’Irak, sous prétexte de s’assurer que les passages ne tombent pas aux mains des activistes de l’ISIL. Selon un compte-rendu de DEBKAfile, un site israélien d’information militaire, l’armée saoudienne déplace ses forces vers sa frontière avec l’Irak. Suite à la visite de Kerry en Égypte le week-end dernier et à son adhésion au régime du coup d’état du Président al-Sisi, DEBKAfile a prétendu qu’une force opérationnelle des forces spéciales égyptiennes avait également été envoyée à la frontière Irak-Arabie saoudite. Le site web affirme que les frappes aériennes syriennes près de Quaim étaient une tentative de détruire un champ d’aviation que l’Arabie saoudite utilisait cette semaine pour expédier des avions pleins de ravitaillement aux combattants islamistes sunnites qui ont pris le passage de la frontière irako-syrienne.

D’autres états régionaux cherchent également à exploiter la désintégration de l’Irak pour faire avancer leurs intérêts stratégiques présumés. Selon l’agence Reuters, le ministre des Affaires Étrangères israélien Avigdor Lieberman a dit au Secrétaire d’État Kerry à Paris hier que la séparation du gouvernement régional autonome kurde d’avec l’Irak était une « conclusion connue d’avance » et qu’Israël reconnaîtrait sa déclaration d’indépendance.

Depuis 2003, Israël a développé des liens étroits sur le plan militaire et du renseignement avec les dirigeants kurdes, cherchant à en faire un allié contre l’Iran et la Syrie, qui ont tous deux des minorités kurdes dans des zones stratégiques de ces pays. Tout autant qu’un point de provocation potentiel, la région kurde irakienne est maintenant également considérée en Israël comme une source potentiellement lucrative de pétrole, avec des cargaisons qui commenceraient à arriver du port turc de Ceyhan.

Ce mercredi, le Président israélien Shimon Peres a dit aux journalistes à Washington, où il rencontrait Obama, que « les Kurdes ont créé de facto leur propre état » et il a souligné les relations de proximité qui existent entre le gouvernement turc et la région kurde pour l’exploitation et l’exportation du pétrole du nord de l’Irak.

La réponse de l’impérialisme étatsunien au naufrage total subi par sa politique étrangère incohérente au Moyen-Orient est le facteur le moins prévisible de la situation. Une seule chose est certaine. Quelle que soit l’action que va entreprendre Washington, elle ne fera qu’ajouter aux immenses souffrances, morts et destructions qu’elle a déjà infligées depuis des décennies à la région.

27 Juin 2014 – wsws.org – Vous pouvez consulter cet article à : 
http://www.wsws.org/en/articles/201…
Traduction : Info-Palestine.eu – AMM

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le Ramadan en Chine

Le Prophète Muhammed (Saws), un modèle spirituel (vidéo)