Même si, au fil du temps, elle s’est forgé une cuirasse pour se protéger du racisme anti-Noirs primaire, certaines flèches empoisonnées parviennent toutefois à la transpercer, comme ce fut le cas le 12 mai dernier, à bord d’un vol Tunisair ralliant Istanbul à Tunis, alors qu’elle accomplissait sa mission d’hôtesse de l’air avec un sens aigu des responsabilités.
Soucieuse du confort des passagers, la chaleureuse Ghofrane Binous n’est pas prête d’oublier son intervention auprès d’une voyageuse acariâtre qui, n’ayant pas trouvé de place pour son bagage à main, exigeait que l’on déplace celui d’un homme âgé. Appelée à la rescousse pour calmer ses ardeurs et apaiser les tensions qu’elle faisait naître, son rôle de médiatrice, désireuse de trouver le meilleur compromis possible, lui a valu d’être insultée en retour.
« Je n’ai pas besoin de votre aide », lui lança sèchement la passagère hors d’elle, avant de proférer une injure ignominieuse contre sa couleur de peau : « la dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’une hôtesse « msaouda mlaouda ». A ces mots particulièrement blessants et face à l’attitude méprisante de son interlocutrice, Ghofrane Binous confie, sur sa page Facebook, n’avoir pu retenir ses larmes. Elle était touchée en plein cœur, malgré sa cuirasse qu’elle croyait épaisse…
« Je me suis mise à pleurer. Je représentais quand même une compagnie aérienne », se désolait-elle le lendemain des faits, peinant à se remettre de cette altercation mortifiante. Heureusement, le formidable élan de solidarité de l’équipage, avec à sa tête le commandant de bord Mounir Ajlani, qui a immédiatement fait bloc derrière elle, mais aussi la gentillesse manifestée à son égard par l’ensemble des passagers, furent de précieuses marques de réconfort qui lui ont permis de chasser ses idées noires.
« Ce qui a été très réconfortant, c’est la solidarité totale exprimée par tous les membres de l’équipage, le commandant, le copilote et les passagers du vol », a-t-elle écrit, en renouvelant sa gratitude à Mounir Ajlani pour avoir pris fait et cause pour elle. Ni une ni deux, le commandant de bord tunisien expulsa la passagère dont le comportement inqualifiable l’avait rendue indésirable à bord de son appareil.
C’est sur une note résolument positive que Ghofrane Binous a tenu à conclure le récit de sa mésaventure, persuadée que le souvenir ému du soutien sans faille que lui ont témoigné ses collègues et les passagers effacera celui, cuisant, de sa confrontation brutale avec le racisme.

« Je voulais donc remercier le Commandant de bord M.Ajlani Mounir, notre Chef de cabine Kammoun Wacef, le co-pilote Zied Yaich, ainsi que tous mes collègues de l’équipage, Mohamed Sahbi Brahm, Aya Hamdi, Hedi Belkadhi, Mehdi Allegui, Mehdi Ranen et les passagers, qui représentent la Tunisie que j’aime ».
Forte de l’appui des membres du Comité des droits, des libertés et des relations extérieures du Parlement tunisien, Ghofrane Binous envisage sérieusement de ne pas en rester là et d’intenter une action en justice.