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La connivence israélo-kurde, un secret de polichinelle (1/2)

Les deux secrets de polichinelle au Moyen-Orient

 Deux secrets de polichinelle sont cultivés religieusement au Moyen- Orient, comme autant d’illustrations de merveilleux contes de fées : Le secret atomique israélien et le secret de la collaboration clandestine israélo-kurde. Sur le nucléaire israélien, passons sur la fable : « Israël unique démocratie du Moyen- Orient, sentinelle du monde libre face à la barbarie arabo-musulmane ne saurait, en premier, introduire l’arme atomique dans la zone », tient lieu de viatique en dépit des supplices de Mordechai Vanunu, qui a eu l’audace de briser le tabou, en dépit des fuites répétées dans la presse spécialisée occidentale.

Le motus est complet. Jalousement gardé par les cornacs d’Israël en Europe, particulièrement en France, un des grands pollueurs nucléaire de la planète, l’équipementier du régime d’apartheid d’Afrique du Sud et d’Israël, l’associé de l’Iran impérial dans le consortium Eurodif désormais paradoxalement, en pointe dans le combat pour la dénucléarisation de l’Iran. En qualité d’Etat musulman ? De pays révolutionnaire ? Ou tout simplement de chiite ? Nul ne s’est hasardé à percer cette duplicité française et sa passivité face aux raids destructeurs israéliens contre les installations nucléaires arabes d’Osirak (Irak), en 1981, à Al Kibar, en Syrie, en 2008, en passant par les réacteurs de Cadarache, avec l’aide des sayanims dans le sud de la France.

Sur la connivence clandestine israélo-kurde, l’affaire est plus sournoise en ce qu’elle pose de manière sous-jacente la tortueuse relation triangulaire d’Israël avec les Kurdes d’Irak, d’une part, la Turquie, d’autre part, quand bien même cette dernière fait face, elle, à un irrédentisme kurde sur son propre territoire.

Le clan Barzani

Président du Kurdistan d’Irak, depuis juin 2005, seule région du pays à jouir d’un statut de région fédérale, et chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), Massoud Barzani est un acteur régional incontournable, par son rôle de médiateur entre les États de la région et les mouvements d’oppositions kurdes. Un rôle appelé à grandir à la suite de l’offensive surprise des djihadistes sunnites dans sa zone et de la centralité grandissante du facteur kurde dans la politique régionale.

Le PDK est un parti identifié à l’histoire de sa famille, en particulier à l’histoire de son père, Mollah Moustapha Barzani, figure importante de l’histoire et de l’imaginaire nationaliste kurde. La tradition combattante des Barzani trouve sa source dans la longue histoire d’une famille de religieux dont le destin est indissociable de celui des Kurdes depuis le début du XXe siècle.

Malgré les contestations auxquelles le PDK a pu se trouver confronter à la fin de l’hiver 2010 dans le sillage des printemps arabes, la domination des Barzani sur le Kurdistan d’Irak est sans contestation en raison du verrouillage dont le clan a procédé dans cette zone kurdophone pétrolifère du nord d’Irak. Outre Massoud, le clan Barzani contrôle l’armée et les services de renseignements, via son fils Mansour, chargé des contacts avec l’armée israélienne, de même que le secteur économique, via Nechirvan, né en 1966, neveu de Massoud et fils d’Idris.

Premier ministre de la région autonome kurde de 2006 à 2009, très présent dans les affaires, Nechirvan jouit d’une certaine popularité en ce que l’opinion publique voit en lui un des responsables du développement économique du Kurdistan irakien. Tout l’enjeu pour les Barzani sera de concilier, dans un Moyen-Orient en mutation, le caractère dynastique du leadership kurde d’Irak et la pratique autoritaire inhérente à ce genre de pouvoir face aux frustrations sociales grandissantes de la population de la région autonome kurde.

Le leadership des Kurdes d'Irak, un supplétif des menées anti-arabes

Pour brutale qu’elle puisse apparaitre cette affirmation, et quelque peu désobligeante, elle correspond néanmoins à la réalité : le leadership kurde d’Irak, particulièrement le clan Barzani, apparaît comme le supplétif émérite des menées anti-arabes du dernier demi-siècle, que cela soit sous le chah d’Iran, contre Saddam Hussein, malgré l’accord d’autonomie signé entre Bagdad et le Mollah Moustapha Barzani, l’accord du 11 mars 1971 qui concédait davantage de droit culturels et sociaux aux kurdes d’Irak qu’aux Kurdes de Turquie ; ou que cela soit lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, où les Peshmergas, sous l’autorité de son fils Massoud Barzani, ont servi de pisteurs aux Américains avant de leur servir de délateur à la cache du l’ancien dirigeant irakien ; ou enfin dans le conflit de Syrie.

Malencontreuse maladresse ou signe tangible d’une volonté délibérée, la photo prise le 10 Juin 2012 dans le Kurdistan d’une rencontre d’un officier supérieur israélien avec le Général Mansour Barzani, fils du chef de la région autonome de l’Irak kurdophone, Massoud Barzani, le jour même de l’élection d’un Kurde à la tête de l’opposition off-shore syrienne, a révélé au grand jour la connivence souterraine entre Israël et les dirigeants kurdes du nord de l’Irak, s’apparentant sinon à une provocation, à tout le moins à un pied de nez à son environnement.

La délégation militaire israélienne était composée d’un membre de l’état-major israélien et du responsable de la coordination des relations kurdo-israéliennes. S’agissait-il d’une anticipation d’une coopération future officielle dans la perspective de l’effondrement du régime syrien ? D’une erreur imputable à un excès de confiance résultant d’une mauvaise appréciation des rapports de forces ? L’élection d' Abdel Basset Sida, âgé de 56 ans, à la présidence du Conseil national Syrien avait été interprété comme répondant à une double démarche destinée à élargir à la minorité kurde sunnite de la population syrienne les assises de l’opposition, et, à restaurer son image ternie, alors que la contestation armée contre le pouvoir baasiste marquait le pas dix-huit mois après son déclenchement du fait de ses divisions et de son impuissance.

S’il était légitime de songer à fédérer les diverses composantes ethnico-religieuses de la société syrienne, il était non moins indispensable de veiller à ne pas faire office de paravent à une entreprise de démolition d’un pays, le dernier du champ de bataille face à Israël. A l’instar de ses prédécesseurs, Sida était peu connu au sein de l’opposition et quasiment inconnu dans les rangs des formations combattantes kurdes. Son choix paraissait destiné à impliquer les Kurdes, des sunnites, contre le pouvoir alaouite, schismatique, dans une démarche occidentale visant à les instrumentaliser, sans leur accorder satisfaction sur leur revendication à l’indépendance.

Sans état de service significatif au sein de l’opposition syrienne ni en faveur de la cause kurde, Sida était voué à un rôle fantoche. Les Kurdes sont pourtant consubstantiels à l’Histoire du Moyen-Orient et s’honorent de revendiquer de prestigieux précurseurs, tels Saladin (Salah Eddine al Ayoubi) ou Salman al Halaby, l’assassin du général Kleber au Caire, le successeur de Bonaparte lors de l’expédition d’Égypte. A l’époque contemporaine, Khaled Barnache, robuste Secrétaire général du Parti communiste Syrien, a laissé son empreinte dans la vie politique syrienne pendant près d’un demi-siècle, d’une manière plus manifeste que Kadri Jamil, vice- Premier ministre sous la mandature de Bachar El Assad, ou de Taha Mohieddine Maarouf, vice- Président de la République irakienne sous le mandat de Saddam Hussein. Peuple d’origine indo-européenne à l’instar des Iraniens, les deux ont des célébrations communes, telles le Nourouz, la fête du Nouvel an, correspondant à la fête du printemps du calendrier justinien.

Si les Kurdes d’Iran sont plus ou moins intégrés au jeu politique national, à l’instar de ceux de Syrie, où des Kurdes siègent tant au gouvernement qu’au parlement syrien, tout comme au sein de l’opposition off-shore (Abdel Basset Sida), voire même au sein de l’opposition démocratique, non inféodée au bloc islamo-atlantiste ; que les Kurdes de Turquie mènent un combat frontal contre le pouvoir central, via le PKK, – dont le chef Abdallah Oçalan enlevé avec la complicité des américains est incarcéré depuis en Turquie -, le clan Barzani d’Irak, lui, n’a jamais ménagé ses soutiens aux puissances non arabes de la zone. Avec une constante, la coopération souterraine avec Israël, alors que les Kurdes partagent le même sort de minorité persécutée avec les Palestiniens.

A suivre…

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