Un sentiment de stupeur général a envahi le cœur des habitants du pays suite à la catastrophe ayant frappé la cathédrale Notre-Dame de Paris. La France déploiera par conséquent tous les efforts nécessaires à la reconstruction de l’un de ses joyaux. Ambitieux, le Chef de l’Etat a déclaré que le délai des travaux gigantesques qui sont à prévoir ne dépassera pas 5 ans. Le Gouvernement a, de son côté, lancé un concours international d’architectes.
Les annonces de soutien à ce chantier se sont enchainés tout au long de ces derniers jours. Les grandes fortunes du pays ont appuyé la démarche en promettant des dons faramineux, suscitant la polémique dans un pays qui supporte de moins en moins la persistance des inégalités sociales et économiques. Dans un contexte de crise budgétaire et de croissance atone, le milliard, nous dit-on, a même été atteint en moins de 48h !
On s’interroge sur les matériaux qui serviront à reconstituer la charpente de l’édifice. Du bois pour la réaliser ? 1300 chênes normands ont été offerts par l’assureur Groupama pour participer à l’effort à venir. Du béton et/ou du métal pour édifier à nouveau le monument ? Pas sûr que ce soit la solution retenue, même si, en plus de rendre le bâtiment inattaquable par le feu, elle permettrait de respecter l’échéance annoncée par le Président (alors même que des spécialistes tablaient, le feu projetant encore ses dernières lueurs dans la cathédrale, sur des travaux pouvant aller jusqu’à deux décennies).
Enfin, de jolis textes ont été écrits, inspirés qu’ils étaient par la douleur ressentie devant la destruction d’un chef d’œuvre historique (à l’instar de celui rédigé par Fabrice Lucchini, cet amoureux éperdu de la langue française, qui affirme que malgré la baisse d’influence de la foi catholique dans le pays, la France demeure chrétienne, ce qui est vrai si l’on se réfère à certains aspects culturels dominants que l’on ne peut nier).
Mais un problème inattendu a été soulevé. La France manque en effet de charpentiers, de couvreurs et de tailleurs de pierre. Les utiliser massivement pour la reconstruction de la cathédrale signifierait mettre en danger un très grand nombre de chantiers en cours dans les différentes régions du pays. Celles-ci ne disposeraient alors plus des bras nécessaires pour leur finalisation, avec des effets désastreux faciles à imaginer pour les économies locales concernées.
La France étant jacobine par essence malgré ses décentralisations répétées, il est fort à parier que cette donnée ne sera pas la plus importante lorsqu’il faudra soupeser les différents critères énumérés par les experts en vue des décisions futures. Paris risque ainsi de pressurer sa province pour retrouver sa splendeur, pratique qu’elle a du reste souvent adoptée dans l’Histoire. Mais que serait la France sans Paris ?…
Des solutions existent tout de même pour préserver la continuation des aménagements en cours dans les quatre coins du pays. Elles se nomment « banlieue » et « immigration ». Exposons-les.
La banlieue
Jean-Claude Bellangernous, le secrétaire général des Compagnons du devoir (association chargée de la formation et de l’apprentissage de plusieurs métiers en suivant les traditions du compagnonnage), nous apprend que les emplois de couvreurs, de charpentiers et de tailleurs de pierre sont très peu valorisés en France. Ce constat s’inscrit dans un état de fait général dont souffre le pays : les métiers manuels ont du mal à trouver preneurs, parce qu’ils sont le plus souvent mal payés, tandis que les travailleurs éventuellement intéressés craignent de souffrir de leur grande pénibilité.
Parallèlement, nous subissons un chômage de masse qui s’obstine à se maintenir dans le paysage social. Ses plus lourds ravages se font ressentir dans les banlieues (les ZUS), son taux atteignant souvent plus du double du pourcentage national, alors qu’y habite une population active non ou mal diplômée, en moyenne plus jeune et détenant un patrimoine social et familial plus faible qu’ailleurs.
Pour pouvoir faire face aux besoins urgents en travailleurs manuels, le gouvernement ferait bien d’activer un énième plan banlieue, cette fois en se servant du prestige lié au fait d’avoir à participer à la réfection de Notre-Dame. Dans un même mouvement, cette politique de la main tendue, si elle est consciencieusement menée, aidera à l’intégration dans l’esprit des jeunes habitants des banlieues que la France, qui est leur pays et auquel ils ont apporté du fait de leur existence une touche culturelle de plus, a été touchée dans son âme par la destruction de la plus belle de ses cathédrales. Il ne devrait pas y avoir que le football pour les rendre fiers d’appartenir au pays des Droits de l’homme.
L’immigration
Beaucoup d’intervenants identitaires, que l’on pourrait ranger dans une large mouvance qui aurait pour nom celle du « Grand Remplacement », s’insurgent contre les flux migratoires. D’Eric Zemmour à Marine Le Pen, en passant par Alain Finkielkraut ou Christine Tasin, ils ont tous adopté, selon une logique idéologique qui leur est propre, cette idée dangereuse élaborée par Renaud Camus. Il est certain que ces mêmes gens ont été meurtris par la destruction d’une partie de Notre-Dame. Il est encore plus probable qu’ils s’impatientent de la voir renaître de ses cendres.
L’une des solutions à envisager sérieusement pour réaliser cet ouvrage, qui se voudra aussi grand que l’Histoire de France, réside dans l’existence de ces mouvements migratoires qu’ils dénoncent. Choisiraient-ils de retarder le retour de l’éclat monumental de l’Ile de la Cité afin de complaire en priorité à leurs idéologies moribondes ? Ou ouvriront-ils leur esprit à l’utilité des migrations, seules à même de fournir la main d’œuvre nécessaire ?
Pour ce qui nous concerne, le choix est clair. Les travaux à venir pour réédifier la cathédrale nous servent d’exemple dans le propos de cet article. Mais les conclusions que nous en tirons sont pourvues d’une portée générale. S’il faut que la France retrouve sa grandeur en captant une partie des flux migratoires actuels et à venir, il n’y a pas à hésiter une seule seconde. Les migrations continueront de croître sous les effets de la mondialisation. Face à ce phénomène historique sans précédent avec lequel nous sommes loin d’en avoir fini, la France ne peut faire exception. Il faut donc se le dire une fois pour toutes : autant que nous puissions le savoir, le multiculturalisme est l’horizon indépassable de l’humanité en général et de la France en particulier.
L’avènement d’un monde nouveau
Cette réflexion sur la reconstruction de Notre-Dame nous sert une leçon édifiante pour notre avenir. La banlieue comme les immigrations actuelles et à venir sont les deux pansements qui peuvent servir à soigner les blessures du pays.
Même s’il faut rappeler que les personnes habitant les banlieues ou provenant de l’immigration ne représentent pas simplement un réservoir illimité de main d’œuvre dans lequel il est possible de puiser selon une logique strictement économique, ce constat implique l’acceptation par le plus grand nombre de l’avènement d’un monde nouveau, résolument multiculturel. Que cela soit à l’issue d’un processus harmonieux et pacifique ou suite à une série de cataclysmes sanglants à partir desquels la France de demain tirerait des leçons pacificatrices, le côtoiement de différentes cultures, à l’intérieur de chaque unité territoriale de ce monde, sera la règle du XXIème siècle.
Adel Taamalli
La banlieue et l’immigration à l’aide de la reconstruction dans Notre-Dame de Paris

