Une polémique éclate autour de Human Appeal USA, accusée d'avoir versé plus de 2 millions de dollars à un collecteur de fonds pour des campagnes liées à Gaza.
POURQUOI LIRE :
- Pour comprendre les accusations de manque de transparence et d'éthique dans le secteur humanitaire.
- Pour découvrir les implications de cette affaire sur l'image de Human Appeal.
- Pour analyser les réactions des experts et des militants face à cette controverse.
Ce qui avait commencé comme une demande de transparence s’est transformé en une vive polémique sur les réseaux sociaux aux États-Unis, mettant directement en cause Human Appeal. L’affaire s’appuie sur des documents fiscaux américains et implique également Khaled Beydoun, universitaire et militant basé aux États-Unis, accusé par certains acteurs de la société civile d’avoir personnellement profité de collectes de fonds destinées à des causes humanitaires, notamment à Gaza. Les chiffres révélés et la communication de l’ONG ont depuis déclenché un débat plus large sur la transparence, l’éthique et la responsabilité dans l’humanitaire.
Des documents fiscaux qui soulèvent des questions
La controverse repose sur des documents fiscaux américains appelés Form 990, que les organisations à but non lucratif doivent publier chaque année. Selon la base de données de ProPublica, l’ONG indique que Khaled Beydoun aurait permis de collecter plus de 7,1 millions de dollars en 2024 grâce à des campagnes en ligne.
Dans ces mêmes documents, une somme de plus de 2 millions de dollars apparaît comme un paiement pour des « services professionnels de collecte de fonds », soit près de 29 % du total récolté (soit plus de 7 millions de dollars ). Ces chiffres, rendus publics, ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux et suscité de nombreuses interrogations sur l’utilisation réelle des dons.
À la suite de la polémique, Human Appeal USA a reconnu qu’un formulaire fiscal américain (Form 990) intérimaire comportait des erreurs, évoquant une erreur administrative actuellement en cours de correction en collaboration avec des auditeurs externes. L’organisation précise que les personnes responsables de ces déclarations fiscales en 2024 ne font plus partie de ses équipes et affirme avoir engagé toutes les mesures nécessaires afin de garantir la conformité, l’exactitude et la transparence de ses documents financiers. Elle maintient par ailleurs que les fonds collectés pour les projets humanitaires ont été affectés aux causes annoncées.
Les accusations et la défense de Khaled Beydoun
Le collectif Wear The Peace, engagé sur les questions d’éthique et de responsabilité des ONG, a publiquement interpellé Beydoun. Selon Human Appeal, les collectes ont été présentées comme une aide d’urgence pour Gaza et d’autres crises humanitaires, ce qui aurait pu laisser penser aux donateurs que l’intégralité de l’argent serait consacrée directement au secours des populations.
Khaled Beydoun rejette catégoriquement ces accusations. Il affirme n’avoir jamais reçu d’argent à titre personnel et évoque une erreur administrative dans les déclarations fiscales. Selon lui, Human Appeal aurait inscrit son nom à la place de celui d’une organisation à but non lucratif qui aurait réellement perçu les fonds. Il dit avoir renoncé à toute rémunération et explique que l’argent aurait été utilisé pour financer des actions de lutte contre l’islamophobie. Il précise aussi que les campagnes concernaient plusieurs crises humanitaires, notamment à Gaza, mais aussi au Yémen, au Pakistan et au Liban.
hey @KhaledBeydoun why were you paid $2,040,887 to fundraise for Human Appeal (501c3) for Gaza initiatives in 2024?
(A thread)
— WearThePeace (@WearThePeaceCo) February 5, 2026
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Human Appeal sous le regard critique
Dans cette affaire, l’organisation se retrouve elle aussi sous pression, même si aucune accusation formelle d’illégalité n’a été annoncée. Elle est directement concernée, car ce sont ses propres déclarations fiscales qui mentionnent le paiement contesté. Pour de nombreux observateurs, si une erreur administrative a réellement été commise, elle aurait dû être corrigée officiellement afin d’éviter toute ambiguïté et de rassurer les donateurs.
Des pratiques jugées problématiques par des experts du secteur
Plusieurs experts indépendants du secteur humanitaire se disent préoccupés par les montants révélés dans cette affaire. Selon eux, un taux de rémunération proche de 30 % des sommes collectées est en décalage avec les standards éthiques habituellement attendus dans le cadre d’appels à dons liés à des urgences humanitaires, en particulier lorsqu’il s’agit de crises majeures comme Gaza. S’ils rappellent que les coûts liés à la collecte de fonds peuvent être légitimes, ces experts soulignent qu’un manque de transparence claire envers les donateurs sur l’affectation réelle des fonds pose un problème majeur. Ils estiment également que le public n’a pas été suffisamment informé du fait que des portions significatives des dons pouvaient financer des structures ou activités extérieures aux opérations humanitaires directes.
Ils appellent enfin à un encadrement plus strict du recours aux influenceurs et collecteurs professionnels, rappelant que les ONG, contrairement aux entreprises commerciales, doivent faire primer leur mission humanitaire et l’intérêt des bénéficiaires sur toute logique assimilable à un modèle de commission.
À ce stade, aucune enquête officielle n’a été rendue publique. Toutefois, la polémique fragilise l’image de Human Appeal et relance le débat sur la transparence financière des grandes organisations humanitaires, en particulier lorsqu’elles s’appuient sur des personnalités très visibles sur les réseaux sociaux pour lever des fonds en période de crise.
Human Appeal : une neutralité contestée face à Gaza
Les critiques ne portent pas uniquement sur les chiffres. La communication de l’organisation est également vivement remise en cause. Des militants et donateurs reprochent à Human Appeal (y compris Human Appeal France), lorsqu’elle appelle aux dons pour Gaza, d’adopter un langage très neutre, sans jamais nommer Israël ni employer le terme de “génocide”.
Cette posture contraste fortement avec celle de Médecins Sans Frontières, qui décrit ouvertement la réalité des violences, va jusqu’à employer le terme de « génocide », et nomme clairement les responsabilités. Pour de nombreux critiques, cette neutralité est moralement intenable : on ne peut pas être neutre face à un génocide, et refuser de nommer les choses revient à en atténuer la gravité. Ce choix de communication renforce le malaise autour de l’ONG et alimente l’idée d’un décalage entre ses appels aux dons et la réalité vécue par les civils à Gaza.
Une question de confiance pour les donateurs
Au-delà des montants et des déclarations, cette affaire pose une question centrale : celle de la confiance. Les donateurs ont-ils disposé de toutes les informations nécessaires pour comprendre précisément où allait leur argent et dans quel cadre il était utilisé ? Même en l’absence d’enrichissement personnel avéré, le manque de clarté sur l’utilisation des fonds et sur le discours adopté peut durablement entamer la crédibilité des acteurs humanitaires.
En l’absence de documents fiscaux amendés et de réponses claires, vérifiables et publiques, la polémique reste entière. Elle illustre une tension croissante entre engagement militant, influence sur les réseaux sociaux et exigence de transparence dans l’action humanitaire — une tension qui, pour l’instant, demeure sans résolution.



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