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Hommage à Elhachemi Seghir

Il est des vies qui tirent toute leur splendeur du fait qu’elles ne ressemblent à rien de connu. A l’instant où celle de notre frère Elhachemi s’est élevée, à l’heure même où nos cœurs souffrent de cet émouvant au revoir, il est bon, et peut-être même salutaire, de se le rappeler.

L’islam a perdu jeudi dernier, peu après l’aube, un  homme hors du commun qui  était l’un de ses plus fervents amoureux et l’un de ses plus sincères fidèles. Et nous, ses amis, ses compagnons d’engagement, ses fils et filles, ses frères et soeurs, ses élèves, nous qui avions eu l’insigne honneur d’avoir croisé son invincible sourire, ne serons plus jamais les mêmes.

Le monde aime les héros et les célébrités. Il les maquille, les déguise, en fait des « stars », parfois même des idoles et les faits connaître d’une multitude de gens dont eux-mêmes ignorent jusqu’à l’existence. Faisant de cette fausse spirale une source de profits, le monde s’enrichit injustement en se nourrissant de la crédulité des hommes.

Qu’on se le dise, les vrais héros ne sont pas de ce côté. Inaccessibles à ces lumières trompeuses, les vrais héros ne sont pas des marchandises pour ce système. Et c’est parce qu’il le sait qu’il ne les éclaire jamais, le système. Les véritables héros ne sont pas achetés par lui tout simplement parce qu’ils ne sont pas à vendre. Ils ne connaissent qu’un seul contrat, qu’un unique commerce : « Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis.» (Sourate 9 / verset 111).

Le cœur de ces hommes uniques bat librement, au diapason de l’amour qui leur est inspiré par Celui de Qui provient toute liberté. Ne les imaginez pas inaccessibles. Ils vivent à nos côtés, nous saluent parfois, nous frôlent et nous enserrent. Il ne parlent pas beaucoup d’eux, ne se mettent jamais en avant, ont le sourire gratuit, la main ouverte, l’œil sensible à nos souffrances. Leur existence n’est relatée par aucun tabloïd et vous ne trouverez pas de légendes commerciales attachées à leur nom. Ils vivent dans la Lumière de Dieu, inaccessibles aux vendeurs de faux brillants. L’anonymat qui les entoure est tout autant une preuve de la cécité des hypocrites que la révélation de la gloire qui les attend au Paradis, ce « lieu de nous, où tout se dénoue ».

Elhachemi était de ces hommes.

Au moment où j’écris ces mots pour toi, mon frère, trop de souvenirs me remontent et m’inondent. Je me rappelle de toi, dans le kaléidoscope de ma conscience Assis dans ta petite mosquée de Pont-de-Beauvoisin, psalmodiant le Saint-Coran de ta voix, si belle et si envoûtante Toi en blouse blanche, celle dont je me moquais toujours parce que j’aimais te voir sourire Toi au téléphone, tâchant d’obtenir des rendez-vous de collecte dans des mosquées pour Al-Kindi Toi, me surprenant en train de réviser mon concours d’entrée au Barreau un matin de ramadhan dans une des salles de l’école Toi m’encourageant, toi m’embrassant, toi priant, toi invoquant, toi parlant de tes enfants, toi te souciant des nôtres

Elhachemi, peut-on te rendre hommage autrement que par nos larmes et nos invocations silencieuses ? Je l’ignore. Ce que je sais en revanche, ce que mon cœur connaît par cœur, c’est l’homme extraordinaire et le compagnon admirable que tu fus. Loin de moi l’idée de trahir ton pacte secret avec Dieu, en dévoilant ici tes exploits quotidiens. Je tairais tout ce que j’ai vu de toi qui me faisait t’aimer tellement. Et je prierais Dieu, de toute l’intensité dont je suis capable, afin que d’autres hommes de ta trempe nous parviennent, parmi tes élèves ou tes frères. Je guetterais l’horizon divin pour voir arriver d’autres hommes qui sacrifieront eux aussi, leurs temps, leurs biens, leurs forces au service de la Science, de l’Amour en Dieu, tout le temps et en tous lieux. Dans l’attente, mon frère, j’apprendrais à mes enfants qui tu fus, ce que nous fîmes ensemble, comment et pourquoi nous le fîmes Peut-être se poseront-ils d’eux-mêmes, comme tu me l’as appris, la seule question qui vaille : pour Qui ?

Dans l’attente, mon frère, j’ai bien compris toutes les recommandations que tu m’as faites depuis ton lit d’hôpital, la dernière fois où nous nous sommes parlés et je voulais te dire ici, parce que ta mort m’aura empêché de le faire directement, que tu peux compter sur moi, mon frère : je m’engage devant Dieu à les appliquer, du mieux que je peux.

Peut-être ainsi y aura-t-il toujours un peu de tes pas, dans mes traces. Je sais que là où tu es désormais, sur la terre céleste des véritables héros, entouré de l’Amour de Celui que tu as aimé toute ta vie plus que toi-même, tu es bien.

À-Dieu, cher frère.

Les gens comme toi, les héros de l’ombre, Elhachemi, ne s’éteignent pas en mourant. Ils s’éclairent, s’élèvent et nous illuminent.

Wa al hamdouliLâhi Rabbi al ‘Alâmîn.

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