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Attentat de la discothèque de Tel Aviv : manipulation ?

 

Israël Shamir, est l’un des écrivains et journalistes israéliens d’origine russe les plus connus et les plus respectés. Il a écrit pour Ha’Aretz, la BBC, la Pravda, et traduit Agnon, Joyce et Homère en russe. Il vit à Tel-Aviv et publie chaque semaine une chronique dans Vesti, le journal en langue russe à plus fort tirage qui paraît en Israël. Ses articles vont presque toujours à contre-courant des idées ayant cours en Israël. Le dernier en date, paru le 3 juin, remet en question, une fois encore, les thèses établies.

 

La discothèque russe, le Dolphi, dévastée par l’explosion de vendredi soir, se situe sur le rivage de Manshieh, un quartier palestinien en ruines de Jaffa, non loin de là où j’habite. Quand mes fils étaient adolescents, leurs amis avaient l’habitude d’y aller. Ce sont des jeunes innocents, arrivés sur le littoral palestinien avec leurs parents après le démantèlement de l’Union soviétique. Ces jeunes parlent le russe, leurs contacts avec les jeunes Israéliens, filles et garçons du même âge, sont très limités, autant que leur intérêt pour ce qui se passe dans le pays. Nombre d’entre eux sont blonds avec les yeux bleus, certains ont le look « punk » qui date un peu, et ils boivent plus que de raison. Ils se qualifient eux-mêmes de « génération perdue ». Très peu sont juifs au regard de tout critère raisonnable d’appartenance. D’ailleurs, la radio israélienne a fait savoir qu’il serait tout à fait impossible d’enterrer les victimes dans le sanctuaire que représente le cimetière juif. Leur destin dans l’État juif n’est pas facile : ils sont censés servir dans l’armée mais celle-ci se montre réticente à l’idée de leur faire prononcer leur sermon d’allégeance sur l’Évangile. S’ils meurent, on les enterre au-delà de l’enceinte, avec les suicidés.

Tout comme les minorités druze et circassienne, la communauté russe, forte d’un million de personnes, n’est de toute évidence pas un partenaire pour les tenants de la suprématie juive. Les Russes font l’objet de discriminations. Mal rémunérés, leurs emplois ne leur assurent aucune garantie de revenu. Ils payent des intérêts énormes (trois fois plus élevés qu’aux États-Unis) pour les prêts qui leur sont consentis à titre « d’allocation d’installation » ou « d’aide au prêt hypothécaire ». Nombre de Russes font baptiser leurs enfants, et les jolies jeunes femmes de cette communauté se marient souvent avec des Palestiniens. De fait, en dépit des règles de séparation, les Russes qui épousent des Palestiniens sont aussi nombreux que ceux qui épousent des Israéliens. C’est pourquoi il importe de souligner à quel point les circonstances de l’explosion demeurent entourées d’un nuage de mystère.

INFOPAL a exprimé des doutes quant à savoir si « un quelconque mouvement islamique était ou non capable de mener une action aussi vigoureuse, étant donné que la plupart des attentats suicides de ces derniers jours n’avaient entraîné ni victimes ni dégâts graves ». En revanche, les forces de sécurité israéliennes ont le savoir-faire et les moyens nécessaires pour provoquer d’un seul coup une réorientation majeure d’alliance chez la communauté russe. Elles ont prouvé leur absence totale de scrupules en 1949, lorsqu’elles ont bombardé la synagogue de Bagdad afin de précipiter le départ des Juifs irakiens pour Israël. Dans les années 90, elles ont fait courir des rumeurs de pogroms imminents à Moscou, ce qui a conduit les parents des enfants du Dolphi à décider de partir pour Tel-Aviv. D’ailleurs, Madeleine Albright a déjà qualifié de « moyen justifiable » le fait de tuer des enfants non juifs. Bien sûr, elle parlait des enfants irakiens qui mouraient à cause de l’embargo imposé par les États-Unis mais à Tel-Aviv, ses amis en ont tiré leurs propres conclusions.

Dans bien des années, les Palestiniens éclairciront les circonstances mystérieuses de la vague d’attentats suicides ratés de 2001. Ils découvriront qui avait ciblé la discothèque russe (et pourquoi), ou bien les quartiers hassidiques les plus défavorisés de Jérusalem, ou autres lieux à la marge. Ils découvriront alors les raisons pour lesquelles les seuls attentats « couronnés de succès » visaient avant tout des jeunes qui, dans leur grande majorité, n’étaient pas juifs.

Mais le doute ainsi exprimé n’est pas le seul. Susanne Scheidt (Italie) s’interroge de façon parfaitement légitime :

« Comment se fait-il que, l’été dernier, alors qu’aucun soulèvement palestinien n’était en vue, nous avons pu lire dans la presse de nombreux articles selon lesquels, chaque fois que des Palestiniens se présentaient sur la plage de Tel-Aviv, le maillot de bain dans leur sac, ils étaient immédiatement repérés par la police israélienne et éconduits ? » Est-il possible qu’un Palestinien avec un sac à dos puisse se faufiler dans la queue d’une discothèque sans être de connivence avec les services de sécurité ? Jusqu’à présent, nous avons des doutes. Voyons si nous pouvons les transformer en certitude.

L’an dernier, nous avons assisté à une redoutable guerre des gangs pour la mainmise sur les night clubs russes. Les belligérants avaient pour habitude de jeter des grenades à main à l’intérieur des clubs en concurrence, ce qui se traduisait par un certain nombre de victimes. Les propriétaires de discothèques de Tel-Aviv se battent pour un même marché. Leurs méthodes ne sont pas excessivement policées. Il ne serait pas impossible de laisser entendre que l’attaque mortelle de l’entrée de la discothèque russe fût le résultat d’une guerre des gangs, et non le fait d’un kamikaze palestinien. Il y a un an, une effroyable explosion s’est produite à la station de métro moscovite Pouchkine, qui a immédiatement été imputée à des terroristes tchétchènes. On a su par la suite que la station avait été visée par des fauteurs de racket, les commerçants ayant refusé de payer la rançon de la protection.

S’il s’avère que l’attentat est effectivement dû à une bande rivale originaire de la ville voisine de Netania, par exemple, les avions des forces de défense israéliennes vont-ils la bombarder ? L’armée va-t-elle assiéger Netania ? Le Conseil municipal de Netania va-t-il être dénoncé en tant qu’organisation terroriste ? Pas du tout ! Cette méthode de punition collective est réservée aux seuls Palestiniens. Ce qui est une erreur. Gaza devrait être traitée de la même manière que Netania, Mahmud et Anton devraient avoir les mêmes droits que Doron et Boris. Il est fort probable qu’alors, ni suspicion ni doute ne soit plus fondés.

Il convient de nous inscrire en faux non seulement face aux hypothèses prématurées d’une participation palestinienne mais aussi face au racisme que sous-tend la notion de sanction collective. Les Israéliens vont un peu vite en la matière. Lorsqu’un seul et unique terroriste juif a abattu un diplomate allemand à Paris en 1938, le gouvernement nazi a réagi en déclenchant la « Nuit de cristal », pogrom massif où des centaines de Juifs ont trouvé la mort. Lorsqu’un terroriste pro-irakien isolé a abattu un diplomate israélien en 1982, le gouvernement israélien a déclenché l’invasion israélienne au Liban, qui a fait quarante mille victimes. Ces méthodes étaient probablement en usage à l’époque de Gengis Khan, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Le lendemain de l’attentat suicide, la populace israélienne a voulu lyncher des Palestiniens et détruire les mosquées de Jaffa. La police s’est opposée à leur avancée et les médias israéliens en ont fait leurs choux gras. Pour ma part, je ne vois aucune raison de féliciter la police : elle savait, comme nous tous, que l’on peut compter sur l’armée israélienne pour lyncher la foule palestinienne. Pas de doute là dessus : les Palestiniens seront visés simplement parce qu’ils appartiennent au même groupe ethnique que le soi-disant terroriste.

Nul n’exige « des Juifs » qu’ils payent pour les malversations de Milken, Rich ou Maxwell, ni pour les massacres perpétrés par Sharon. « Le peuple palestinien » n’a pas à payer pour les dérapages de certains individus. Alors qu’on peut encore raisonnablement douter de l’identité des poseurs de bombe, une chose est certaine : les sanctions collectives fondées sur la notion d’ethnie constituent un crime contre l’humanité.

Traduit par Annie Coussemant

 

Israël Shamir

 

 

 

 

 

 

 

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