Le vent violent de la polémique a récemment soufflé sur la ville de Jeddah, balayant toutes les bonnes résolutions sur son passage, notamment celles de dépasser un conservatisme religieux mâtiné de sexisme, et d’accueillir avec le respect qui leur est dû les deux premières conseillères municipales à prendre part à la séance plénière.
La perspective de s’asseoir à la même table que ces pionnières de la politique locale pour élire le président et vice-président du Conseil a été à ce point insupportable pour plusieurs élus, que certains d’entre eux ont laissé éclater leur colère, exigeant d’être séparés de Lama Al-Suleiman et Rasha Hafathi, leurs nouvelles collègues atterrées mais qui ne se sont pas laissé imposer ce diktat masculin sans réagir.
Malgré la belle résistance opposée par Lama Al-Suleiman, les deux élues ont essuyé les plâtres de l’entrée des Saoudiennes en politique, se retrouvant placées au fond de la salle en un éclair, sans visibilité et sans voix au chapitre.
Effacées du conseil municipal afin de faire retomber le blizzard de la controverse, leur présence sur la photo posant aux côtés de leurs pairs masculins a déclenché une terrible tempête, qui a emporté dans son sillage la promesse de considérer les femmes comme des élues, candidates et électrices à part entière, et non comme de vulgaires alibis donnant l’illusion d’une évolution des mentalités en marche au sein d’une monarchie archaïque et absolue.
C’est au cours de cette séance houleuse et humiliante pour la gent féminine qu’Abdulmajeed Al-Bitati a été élu président du Conseil de Jeddah, et Adnan Al-Bar vice-président. Sauf revirement à 180 degrés, il y a fort à parier que Lama Al-Suleiman et Rasha Hafathi feront longtemps de la figuration dans l’ombre des hommes, reléguées au dernier rang de la salle du conseil municipal, là où elles ne sont plus que de lointaines silhouettes…
