Dans un article publié par The Conversation, média en ligne international à but non lucratif qui publie des analyses et des articles rédigés par des chercheurs et universitaires, Sadia Hossain, enseignante-chercheuse en santé publique à la Western Sydney University, revient sur les résultats du projet WARDA, consacré à l’accès des femmes musulmanes à l’information sur la santé reproductive en Australie.
Également bénévole auprès de l’Australian Islamic Medical Association, notamment dans le cadre de campagnes de don du sang organisées dans les mosquées et du programme LifeSavers, Sadia Hossain présente une expérience menée pendant deux ans avec des femmes musulmanes de Sydney et de Nouvelle-Galles du Sud.
Des femmes musulmanes encore éloignées de certains soins
L’étude montre que les mosquées peuvent jouer un rôle important dans l’accès des femmes musulmanes à une information fiable et adaptée concernant leur santé reproductive. Le projet WARDA, dont le nom signifie « rose » en arabe, est parti d’un constat : certaines femmes musulmanes hésitent à consulter ou à poser des questions concernant la contraception, les règles, la grossesse, l’accouchement ou encore la sexualité.
Parmi les obstacles identifiés figurent la crainte de discriminations dans le système de santé, la méconnaissance de son fonctionnement, notamment pour les femmes nées à l’étranger, mais aussi les interrogations sur la compatibilité de certains traitements ou pratiques médicales avec leurs convictions religieuses.
À cela s’ajoutent, dans certaines communautés, des normes culturelles qui rendent difficiles les discussions ouvertes autour des règles, de la sexualité, de la contraception ou de la grossesse.
Des ateliers organisés au sein des mosquées
Pour répondre à ces difficultés, les chercheurs ont travaillé directement avec des femmes musulmanes, des responsables religieuses, des bénévoles communautaires et des professionnelles de santé. Des groupes de discussion exclusivement féminins ont été organisés dans plusieurs mosquées afin de mieux comprendre ce que représentait la santé reproductive pour les participantes, d’identifier les manques existants et de déterminer les réponses les plus adaptées.
Un groupe consultatif composé de responsables religieuses, de professionnelles de santé et de personnalités de la communauté musulmane de Nouvelle-Galles du Sud a accompagné le projet.
Quatre livrets communautaires ont ainsi été élaborés avec un objectif précis : proposer des informations scientifiquement fiables et fondées sur les connaissances médicales, tout en tenant compte des valeurs religieuses des femmes musulmanes.
490 femmes participantes et 21 langues représentées
Au total, 26 ateliers ont été organisés auprès de 490 femmes dans des mosquées et organisations musulmanes de Nouvelle-Galles du Sud.
Le profil des participantes était très diversifié : 30 % étaient nées en Australie, les autres étaient originaires de 33 pays différents et 21 langues étaient représentées.
Par ailleurs, 67 % vivaient dans des zones comptant parmi les plus défavorisées socialement, tandis que 67 % détenaient au moins un diplôme universitaire de niveau licence.
Traduire les messages de santé ne suffit pas
L’un des principaux enseignements du projet est que traduire simplement les messages classiques de santé publique dans différentes langues ne suffit pas. De nombreuses participantes ont expliqué avoir besoin d’informations tenant compte de leur foi, mais également d’être rassurées par des femmes disposant d’une légitimité religieuse sur la compatibilité des conseils médicaux avec leurs convictions islamiques.
Les ateliers exclusivement féminins ont également permis de créer un environnement considéré comme plus sûr, sans jugement ni culpabilisation.
Une participante de 23 ans, née au Pakistan, explique ainsi qu’elle se sent davantage à l’aise pour poser des questions entourée de femmes partageant les mêmes valeurs et les mêmes références. Elle souligne également l’importance de distinguer les prescriptions religieuses de certains mythes ou traditions culturelles qui peuvent être préjudiciables aux femmes.
Des résultats très largement positifs
Les résultats de l’évaluation sont particulièrement positifs : 99,8 % des participantes ont déclaré qu’elles recommanderaient les ateliers et les ressources à d’autres femmes, 91,2 % les ont jugés très utiles et 81,8 % ont indiqué avoir l’intention de changer certaines pratiques après leur participation.
Parmi les actions envisagées figurent notamment le suivi du cycle menstruel, la réalisation d’un dépistage du cancer du col de l’utérus, le recours à certains centres de soins ou encore la transmission des informations reçues aux filles, aux fils, aux maris, aux voisines et aux amies.
Plusieurs participantes souhaitent désormais que ces ateliers soient organisés régulièrement et proposés à davantage de tranches d’âge.
Elles demandent également que de nouveaux sujets soient abordés, notamment la préménopause et la ménopause.
Certaines plaident enfin pour que des programmes similaires soient proposés aux hommes et aux garçons afin qu’ils comprennent mieux la santé reproductive féminine et puissent davantage soutenir les femmes.
Les mosquées comme relais de santé publique
Pour Sadia Hossain et les responsables du projet, cette expérience montre que les mosquées et les responsables religieuses peuvent devenir de véritables relais de santé publique. En travaillant avec les communautés musulmanes plutôt qu’en se contentant de leur adresser des messages conçus de l’extérieur, les autorités sanitaires peuvent atteindre des femmes qui restent parfois à distance des dispositifs classiques.
L’expérience australienne montre ainsi que connaissances médicales et références religieuses ne sont pas nécessairement contradictoires. Leur articulation peut au contraire contribuer à lever certains tabous, combattre des idées reçues culturelles et faciliter l’accès des femmes musulmanes aux soins.

