Durant l’attaque israélienne sur Gaza, commencée le 27 décembre 2008 et achevée à la mi-janvier sur un bilan de plus de 1300 morts et de près de 5000 blessés, Le Monde à ouvert ses pages Débats à de nombreux intellectuels et chercheurs. André Glucksmann et le président du CRIF y ont eu leur chronique, en « oui mais » de l’humanisme à géométrie variable. Plus étonnant, le critique littéraire Pierre Jourde les a rejoints. La majorité de ses critiques à l’endroit des « Arabes » appellent une déconstruction. D’autres méritent une certaine attention…
Autant le Jourde et Naulleau
(Mots et Cie, 2004, sorte d’anti Lagarde et Michard dans lequel ils
flinguent les auteurs à succès) nous a fait beaucoup rire, autant les
variations géopolitiques de ce spécialiste des troubles gastriques de la
littérature française (La littérature sans estomac, Pocket, 2002, autre
ouvrage à succès…) à de quoi nouer l’estomac. C’est peut être la première fois
dans l’histoire de la critique littéraire que l’on voit l’une de ses gâchettes
singer l’un de ceux qu’il descend. BHL en l’occurrence. Car de la première à la
dernière ligne, cette tribune aurait pu être écrite par le philosophe
médiatique. Hors mis les passages les plus pertinents, que nous commentons
également ci-après.
Pierre Jourde, critique
littéraire, et professeur de littérature à l’Université de Grenoble-III, a donc
commis un article très judicieusement intitulé « Le juif, coupable
universel » dans les pages Débats du journal Le Monde
daté du Jeudi 22 janvier 2009
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[1].
Que dans sa grande magnanimité, le critique nous permette la critique…
On ne sait pas si le sous-titre
est de son jus, cette tâche étant souvent dévolue au responsable de rubrique ou
secrétaire de rédaction, mais il donne en tous cas assez fidèlement le ton de
la suite : « Derrière la compassion pour les victimes et le souci
de justice affichés, les réactions contre Israël n’expriment-elles pas la
vieille haine antisémite ? » Pierre Jourde est donc le critique
qui signe l’arrêt de mort de l’esprit critique. En renvoyant ceux qui
s’indignent du millier de mort palestiniens à de la « haine antisémite ».
On se demande si c’est la pensée
critique marxienne « qui pointe les armes de la raison vers la réalité
historique et se donne pour tâche de porter au jour les formes cachés de
domination et d’exploitation qui la façonnent afin d’en faire apparaître, en
négatif, les alternatives qu’elles obstruent et excluent
name="_ftnref2" title="">
class=MsoFootnoteReference>[2]. »,
kantienne « qui désigne l’examen évaluatif des catégories des formes de
connaissance afin d’en déterminer la validité et la valeur cognitive
href="#_ftn3" name="_ftnref3" title="">
class=MsoFootnoteReference>[3]
» ou finkielkrautienne qui l’inspire.
Amalgames
Il commence par noter que les
médias parlent « benoitement » d’ « importation
du conflit » et de « violences intercommunautaires »
en précisant que ces dernières sont « un peu à sens unique ». Pour ce
qui est de l’importation, il est difficile de nier que les manifestations de
soutien à Tsahal chapeautées par le CRIF ont apporté leur petite contribution.
Alors que le mot d’ordre principal des manifestations pro-palestiniennes
n’était pas le soutient au Hamas mais la demande de retrait des troupes
israéliennes de Gaza.
Pour servir son propos, plus
efficace aurait été de relever un certain nombre de slogans effectivement de
nature antisémite, scandés par une marge de manifestants, ou de pointer les
quelques associations inadmissibles de l’étoile de David à la croix gammée qui
ont pu émailler ces défilés. Concernant les « violences
intercommunautaires », malgré une jeunesse franco-maghrébine durement
affectée par une exponentielle liste des victimes civiles et échaudée par le
déroulé des images de corps mutilés dans les hôpitaux palestiniens, ou ceux qui
jonchent le sol de la Terre Sainte, nous n’avons pas, une fois de plus, assisté
à cette intifada des banlieues que les esprits chagrins promettaient.
Jourde affirme pourtant :
« Ils n’ont pas attendu le conflit de Gaza pour pratiquer ce sport, et
l’agression ou l’injure adressée aux juifs est devenue un phénomène
récurrent. » Disons le sans ambages, ce fléau touche bien une
catégorie de jeunes français d’origine maghrébine
name="_ftnref4" title="">
class=MsoFootnoteReference>[4],
qui ont en quelque sorte repris à leur manière le flambeau de l’ancien
antisémitisme "à la française". Ce qui donne parfois lieu à de
curieuses sympathies entre un Soral, idéologue au Front National, et des
éléments disparates issus de la banlieue.
Mais sur un sujet qui a été
autant étudié que l’antisémitisme, on doit commencer par faire attention aux
mots. En disant qu’« injures » et « agressions »
sont devenues un « sport », Jourde indique comme une kristallnacht
perpétuelle qui se jouerait dans nos banlieues. Ce que le terme « phénomène
récurrent » vient confirmer. Est-ce à dire que les jeunes des ces
quartiers sont tous des Youssouf Fofana en puissance ?
Et c’est là que, de proche en
proche, un curieux saut logique se produit dans le développement de
Jourde : « Que soutiennent-ils, en tant que quoi manifestent-ils,
ceux qui cassent du juif, et ceux qui manifestent contre l’opération
israélienne ? » Dans la même proposition, il amalgame donc
violence antijuive et manifestation contre les bombardements de Gaza par
Tsahal. On aurait pourtant pensé que le critique littéraire à succès avait tout
au long de sa carrière eu le temps d’aiguiser son sens de la distinction…
Est-ce que les individus qui ont lâchement agressé une jeune collégienne juive
début janvier ont contaminé l’ensemble des manifestants en défilant
(éventuellement) à leur côté ?
Proportion, disproportion…
Et de porter cette supplique
indignée à la rue pro-palestinienne : « Veulent-ils qu’Israël
reçoive éternellement ses missiles (du Hamas, ndlr) sans réagir ? »
Ceux qui défendent cet argument à l’instar du chef d’état major de Tsahal
pensent peut-être que c’est sa répétition ad libitum qui lui confère du
poids. Depuis 3 ans que l’armée s’est retirée de Gaza, les roquettes Qassam
ont fait 11 victimes israéliennes quand Tsahal comptabilisait 1700 victimes
palestiniennes à son actif au début du dernier conflit
name="_ftnref5" title="">
class=MsoFootnoteReference>[5].
Si l’on ajoute un nombre
avoisinant suite à cette campagne de décembre 2008-janvier 2009, on peut
considérer que l’Etat israélien a assez largement utilisé sa capacité
coercitive. A quelle réponse réciproque, à quelle légitime riposte Jourde
veut-il nous faire croire ? Comme André Glucksmann (dans la rubrique Débats
du journal Le Monde daté du 6 janvier 2009), Jourde contestera surement
l’emploi du mot « disproportion » pour qualifier l’offensive
israélienne. Est-ce donc parce que les mathématiques doivent à la civilisation
arabo-musulmane que nos essayistes refusent de comprendre la notion de
proportionnalité ?
Il enchaîne en essayant de nous
faire comprendre combien difficile est la tâche des soldats en armes et de
l’artillerie lourde de Tsahal : « Savent-ils que
l’intrication des combattants et des civils est telle, à Gaza, que faire le tri
lors d’une opération militaire est d’une extrême difficulté ? »
On a bien saisi, maintenant, que l’hyperprécision de la technologie militaire
israélienne ne lui permettait pas de discriminer le traine-savate palestinien
du barbu belliqueux armé jusqu’aux dents. A Gaza, les lance-pierres ont cette
fâcheuse tendance de ressembler à des lance-roquettes dans le viseur d’un avion
de chasse israëlien. Les hôpitaux à des caches d’armes, les bâtiments de l’ONU
à des quartiers généraux du terrorisme…
Le problème de l’indignation communautaire
Pointant ensuite la manière dont
les français de souche « arabe » construisent leur identité et
leur mobilisation commune, le paragraphe suivant remporte plus facilement
l’adhésion, en revanche, à quelques nuances près : « Réagissent-ils
en tant qu’Arabes ? Mais ils sont français, et en quoi un français est-il
impliqué dans un conflit international, si non au nom de la justice
universelle ? Réagissent-ils alors au nom de la justice universelle ?
En tant qu’êtres humains ? Mais alors pourquoi ne se révoltent-ils pas
quand on massacre les Indiens du Chiapas, les Tibétains ? Pourquoi
les centaines de milliers de morts, les inconcevables cruautés perpétrées au
Darfour ne les jettent-ils pas dans les rues ? »
Jourde touche là une question sur laquelle tous les responsables
"communautaires" devraient se pencher : l’indignation et la
mobilisation doivent-ils strictement se faire sur la ligne
confessionnelle ?
En effet, quand de nombreuses
associations de défense des droits de l’homme faisaient entendre leur voix sur
le Darfour par exemple, quand le CRAN (Conseil Représentatif des
Associations Noires de France) se faisait fer de lance pour réclamer au
plus vite une intervention des instances internationales, l’UOIF restait
désespérément silencieuse face à ce crime de masse. Il est bien navrant, en
effet, que leur indignation se fasse sur la ligne strictement confessionnelle.
D’abord pour des raisons qui relèvent tout simplement de l’humanisme universel.
Mais aussi parce qu’une
mobilisation de la première association musulmane de France sur le Darfour lui
aurait permis de créer de nouveaux réseaux internationaux, qui se seraient
avérés d’autant plus utiles au moment de la protestation contre les attaques de
Tsahal (qui ont débuté le 27 décembre 2008). Et aurait décommunautarisé leur
engagement. Dans la même veine, Jourde assènera plus loin : « Réagissent-ils
en tant que musulmans ? Mais ou était-ils quand on les massacrés en
Bosnie, en Tchétchénie, en Inde ? Leur silence ne s’explique tout de même
pas parce que les massacreurs n’étaient pas des juifs, n’est-ce pas ? »
Mais poussons la critique de
Jourde jusqu’au bout. Puisque tout son article est construit sur un
argumentaire de réciprocité, appliquons-lui réciproquement ce schème. Quand le
président soudanais Omar Béchir est menacé par la justice internationale,
est-ce du racisme anti-noir ou de l’islamophobie ? Notre professeur
défenseur des opprimés répondra par la négative et il aura parfaitement raison.
Et bien tout autant, une (improbable) enquête du TPI sur les exactions à Gaza
ne relèverait pas de la « haine antisémite » mais du droit
international. Alors de simples critiques, qui éraflent à peine la carrosserie
des blindés de l’armée israélienne… Jourde sera magnanime de nous les accorder.
Des relations judéo-musulmanes
Vient une question là encore
importante : « Pourquoi ne trouvent-ils pas étrange que les
communautés juives aient quasiment disparu de tous les pays arabes, après
persécutions et spoliations ? » Elle mériterait une thèse à elle
seule en guise de réponse. Rappelons simplement que le coup d’envoie du
mouvement diasporique massif des juifs à travers l’Europe a été lancé par la Reconquista de 1492.
Les juifs d’Al Andalus vivaient
alors sous un régime qui avait permis l’émergence d’une des communautés les
plus prospères de sa longue histoire. Le médiéviste américain Mark Cohen
qualifie le fait que les juifs étaient plus en sécurité dans le monde
arabo-musulman que dans l’Europe chrétienne de « réalité
incontestable », et analyse les raisons qui ont présidé à cela dans son
dernier ouvrage
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[6].
Environ un siècle après la Reconquista, Amsterdam devient la nouvelle
Jérusalem de la communauté juive, quatre siècles après l’idylle
judéo-germanique du "choum" (Spire, Mayence et Worms), que les
Croisés ont "nettoyé" en passant dès 1095. Ce sont aussi les
communautés de Constantinople, Vienne, Francfort et Paris entre autres qui
voient leurs frères sépharades ou ashkénazes grossir leur rang dès cette fin de
XVème siècle.
Si l’on poursuit vers l’Est, et
toujours à grand pas, ce panorama de la diaspora juive, on peut relever les
pogroms dont ils sont victimes dès le milieu du XVIIème siècle, fomentés par
l’hetman ukrainien Bogdan Khmelnitski. Deux siècles et demi plus tard le cycle
n’est toujours pas finit puisque les juifs de l’Empire russe connaissent l’un
des moments les plus sombre de leur histoire avec les pogroms de 1881
href="#_ftn7" name="_ftnref7" title="">
class=MsoFootnoteReference>[7].
En comparaison, les conditions de tolérance dans les pays à majorité musulmane
relèvent presque de la sinécure. Mais elles vont certes s’étioler, ce qui
contraint les juifs à la conversion ou au départ. A ce titre, les régimes
arabes contemporains, à l’exception notable du Maroc, sont en deçà de la
tolérance dont ont pu faire preuve leurs ancêtres du Moyen-âge. Mais on doit
rappeler que ce sont aussi les conditions économiques dégradés des pays arabes
dès le XIXème siècle qui ont contribué à cet exode. Alors que
l’industrialisation européenne est lancée. Sans quoi l’ensemble des primo-migrants
du Maghreb seraient restés dans leurs pays d’origine plutôt que de choisir le
départ en direction l’Europe dès l’Entre-deux Guerres. Ce départ des juifs des
pays arabes est donc aussi une émigration économique
name="_ftnref8" title="">
class=MsoFootnoteReference>[8].
Nous atteignons à ce moment le
deuxième souffle de la tribune de Pierre Jourde. Continuons de relever un
certain nombre d’inconséquences, d’affirmations (sous la forme
d’interrogations, ce qui fait leur force…) légères tout en nous permettant de
relever les points qui font mouche. Passons toutefois sur le premier paragraphe
qui affirme qu’Israël est l’endroit du Moyen-Orient ou les arabes vivent le
mieux. Accumuler les statistiques qui montrent la différence de taux de chômage
entre juifs et Arabes, les conditions à l’embauche, les heures passés dans les
check-point, les humiliations qui les émaillent parfois… ne serait que servir
la thèse de l’antisémitisme aux yeux de Jourde.
Sans parler des conséquences du
blocus : car après tout ce blocus est exercé sur des Arabes, par Israël,
dans un territoire contigüe. La précarité de ces Arabes de la Terre Sainte est
donc bien à mettre au débit de l’Etat hébreux semble t-il. Et le passage des
tanks de Tsahal dans les terres cultivées et autres orangeraies de Gaza étaient
surement un généreux travail de labour destiné à soulager l’ouvrier agricole
palestinien… L’argument le plus disctutable, pour en terminer avec cette vision
idyllique de la politique israélienne, est de brandir les soins que les
hôpitaux israéliens procurent aux palestiniens.
Malgré la profonde peine qui le
touche, le Dr palestinien Ezzedine Abou Al-Aish de l’hopital de Tel-Aviv, qui a
perdu ses trois filles suite à un tir de char à Gaza, sourirait peut-être en
lisant cela. Quels poids ont les soins courants que reçoivent quelques
palestiniens face aux plus de 5000 blessés et infirmes qu’a fait la dernière
campagne de Tsahal ? De grâce "Mohammed El machin", soyez un peu
reconnaissant, la médecine israélienne a soigné votre gastro-entérite, dit en
somme le docte Pr Jourde.
Considérons plutôt la question
suivante : « Savent-ils que, si la haine antijuive et le
négationnisme se déchaînent dans les pays arabes, attisés par une propagande
paranoïaque, qui n’hésite pas à faire usage du faux antisémite des Protocoles
des Sages de Sion, la réciproque n’est pas vraie ? »
S’il est vrai que, pour dire les
choses un peu brutalement, que Les Protocoles des Sages de Sion, est
pour certains un texte référence après leur corpus religieux, on ne saurait
manquer de rappeler à Pierre Jourde que les deux derniers surgissements
notables du négationnisme dans l’actualité mettent en scène trois personnes qui
ne sont ni Arabes ni musulmanes : l’humoriste Dieudonné et l’universitaire à la retraite
Robert Faurisson (dans une parodie de militantisme courageux, au Zénith, le 26
décembre), ainsi que l’évêque Williamson, réhabilité par le Pape fin janvier.
Mais là encore on a vu de
nombreux clercs et intellectuels catholiques s’élever contre cela. On ne voit
pas de clercs ou intellectuels musulmans, fussent-ils engagés dans le dialogue
interreligieux, lutter sérieusement contre le négationnisme qui frappe leur
communauté. Tel l’algérien Moustapha Chérif qui s’est beaucoup dépensé pour
faire la leçon au Pape Benoit XVI après sa conférence de Ratisbonne (12
septembre 2006) sur le thème "Raison et Foi", obtenant même de
celui-ci un entretien privé au Vatican. Ou des cent muftis qui se sont entendus –c’est assez rare pour être signalé– pour écrire et signer une lettre commune
de protestation suite à cette même conférence papale. L’énergie critique est
quand même quelque peu à sens unique. Sur ce point, difficile de démentir
Jourde malgré le sort que nous lui faisons par ailleurs. Encore une fois, on
aimerait que l’esprit critique soit tous azimuts et ne s’arrête pas aux frontières
de la communauté…
Les « Arabes » ne comprennent pas
En guise de conclusion, Jourde
veut convaincre qu’il y a bien une kristallnacht en germe dans ces
manifestations de soutien au peuple palestinien acculé à Gaza : « On
finit donc par se dire que ces manifestations, les violences et les cris de
haine qui le accompagnent ne sont motivés ni par la haine envers les victimes
palestiniennes, ni par le souci de justice, ni même par la solidarité
religieuse ou communautaire, mais bien par la bonne vieille haine du juif. On
peut massacrer et torturer à travers le monde cent fois plus qu’à Gaza, le vrai
coupable, le coupable universel, c’est le juif. »
Outre la réitération de
l’association des « manifestations » avec « les
violences » traduite par le verbe « accompagnent »,
on apprend qu’en plus d’être des casseurs de juifs (avérés ou potentiels) et
des vociférateurs, les « Arabes » mobilisés sont aussi des
individus incapables de se réunir autour de motifs politiques rationnels. Ils
sont simplement mûs par une haine ancestrale du juif.
On a assez dit ici que
l’antisémitisme n’avait effectivement pas de critique suffisamment vigoureuse
au sein des instances musulmanes de France. Pour autant, les français d’origine
maghrébine et de confession musulmane doivent-ils être réduits à une masse
hurlante, homogène, dans l’incapacité de se mobiliser pour les mêmes raisons
que des milliers de non-musulmans qui ont participé à la protestation : un
impératif d’humanisme ?
Dans un article récent publié
dans Le Monde Diplomatique, et consacré à un tout autre sujet, Pierre
Jourde ironise : « Des guerres rayent de la carte des populations
entières dans des pays peu connus. Mais les Français apprennent, grâce à la
télévision, qu’un scout a eu une crise d’asthme
name="_ftnref9" title="">
class=MsoFootnoteReference>[9]. »
Seine indignation de notre professeur, qui toutefois semble moyennement goûter
le passage de ces français du statut de téléspectateurs passifs au statut
d’acteurs d’un débat international.
Au final on pourrait adresser à
Jourde autant de « Savez-vous ? » qu’il assène de « Savent-ils ? »
aux « Arabes » de France. Mais on est obligé de constater que
cet instrument indispensable de la liberté qu’est la pensée critique s’arrête,
d’un côté comme de l’autre, devant "chez soi".
name="_ftn1" title="">
class=MsoFootnoteReference>[1]
Nous citerons ici de larges passages. Mais l’intégralité de la tribune est
disponible sur le site du journal le Monde, ici
name="_ftn2" title="">
class=MsoFootnoteReference>[2]
El pensiamento critico como dissolvente de la doxa, Adef : Revista
de Filosofia, 26-1 (Mai), 2001, Buenos Aires, p 129. Traduction française sur
href="http://www.homme-moderne.org/societe/socio/wacquant/pensecri.html">http://www.homme-moderne.org/societe/socio/wacquant/pensecri.html
title="">
class=MsoFootnoteReference>[4]
style='font-size:10.0pt'> Cette question de l’antisémitisme chez les français
d’origine maghrébine a enfin été prise à bras le corps par un sociologue
(Didier Lapeyronnie, Ghetto Urbain, Robert Laffont, 2008, pp 380-397),
même s’il ne s’agit pas du cœur de son enquête. Jusqu’à présent, les
sociologues tournaient un peu le dos au phénomène, où se perdaient en
circonvolutions qui cherchaient plus le dédouanement que l’explication,
notamment en refondant la spécificité de cet antisémitisme dans un
antisémitisme typiquement et historiquement national…
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;'>[5]
Voir l’article de Dominique Vidal « Plus le mensonge est gros… », Le Monde
Diplomatique, février 2009, p 10-11.
name="_ftn6" title="">
class=MsoFootnoteReference>[6]
Sous le Croissant et sous la Croix. Les juifs au Moyen-Âge, Seuil,
septembre 2008, 447p, 23 euros.
name="_ftn7" title="">
class=MsoFootnoteReference>[7]
Voir Omeljan Pritsak, The Pogroms of 1881, Harvard Ukrainian Studies,
Vol XL, Num ½, Juin 1987 (disponible en ligne sur le site
href="http://www.huri.harvard.edu/cat.ukrainian.html">www.huri.harvard.edu/cat.ukrainian.html)
name="_ftn8" title="">
class=MsoFootnoteReference>[8]
Dans l’impossibilité de traiter ici correctement ce sujet et en attendant la
parution d’un grand ouvrage sur les relations judéo-musulmane aux éditions
Albin Michel (spiritualités) à l’horizon 2010, nous conseillons la lecture de Juifs
et musulmans. Une histoire à partager, un dialogue à construire, Esther
Benbassa, Jean Christophe Attias (dir.), La Découverte, 2006.
Commentaires
Frappant. Mais on y a pas mal droit en ce moment, on apprend même que les roquettes Al-Qassam seraient des armes d’une puissance terrifiante...
Il n’y a qu’une seule réponse possible pour ces chers défenseurs du juif opprimé : Si vous aimez tant les déformations, n’oubliez pas que l’accusation de peuple déicide, que les pogroms anti-juifs, l’affaire Dreyfus, l’Allemagne nazie, tout cela était européen. Et bien apres la révolution française. Ensuite, les Israéliens sont des Européens, pas des juifs. Ce ne sont que des Européens avec une sous-culture différente. Et enfin, pourquoi y aurait-il une haine du juif chez les arabes ? Ne serait-ce pas une colère dirigée contre ceux qui à prétexte d’humanisme, oppriment sans cesse d’autres populations ? Et si vous etes tant concernés par ces différentes causes, messieurs les protecteurs des soi-disant Droits de l’Homme, comment se fait-il qu’on entende jamais parler de la situation des Tamouls, des Tibétains, que durant quelques moments de mode, ou d’interet à se trouver un ennemi sur qui cracher ? Je reconnais que les associations musulmanes manquent malheureusement d’attention envers ces peuples opprimés, mais au moins, elles ne se servent pas de leurs cadavres pour contre-argumenter ou augmenter leur notoriété personelle et soulager leur conscience !
"curieuses sympathies entre un Soral, idéologue au Front National, et des éléments disparates issus de la banlieue"
Issus de la banlieues...ou du grand site oumma.com, malheureusement...Du temps où Soral n’était pas officiellement FN (il écrivait dans ses livres en tout cas). Voir le cas Dieudonné, reçu avec les honneurs par l’UOIF...et il y a quelques temps sur ce même site...
Mais il faut s’y habituer, chacun choisit ses alliés, pour le meilleur et pour le pire, et oumma n’est pas pire qu’un autre...(voir soutien aveugle du CRIF à Redeker)
Pierre Jourde emploie la même réthorique que BHL : quand on lui parle de Gaza, il parle du Darfour, de la Bosnie et de la Tchétchénie... Sans vouloir nier les drames humains qui se jouent un peu partout sur la planète, je dois admettre que le supplice des Palestiniens est singulier : un peuple humilié et baffoué depuis des décennies, chassé de ses terres et régulièrement bombardé, à qui l’on refuse jusqu’à même son humanité. Par ailleurs, l’agresseur est lui aussi singulier : Israël viole le droit international, les conventions de Genève et ne respecte pas les engagements qu’il a pris. Israël s’est lancé dans une campagne visant à détriure « l’âme palestinienne » et pour ce faire, tous les moyens sont bons : colonisation, blocus, enlèvements, meurtres de civils, judaïsation de Jerusalem,... Et ça fait 60 ans que ça dure !!!
Alors, ce discours qui consiste à occulter la tragédie palestinienne en évoquant d’autres drames humains (Darfour, Tibet, Inde,...) est complètement nul et non avenu. C’est du hors-sujet total et complet !!!
Je n’étais pas encore né.
Je suis un descendant de Juifs spoliés et expulsés sans bagage des pays arabes après la création de l’Etat d’Israël. Tout nous fut confisqué.
J’aimais parler avec mon grand-père, il me racontait des histoires parfois gaies, parfois tristes, je pensais alors que c’était des fables.
Je l’ai longuement veillé pendant son agonie. Un jour, il s’est redressé, il s’est assis dans le lit, tout joyeux, il m’a dit : "Tu sais Samuel, tout était mieux là-bas". Et il est mort. Je savais qu’il parlait de "sa" Syrie.
A part cela, votre dernier article m’a rendu un peu d’espoir.
S’il est vrai que le fait de n’être pas d’accord avec Israël n’a en rien un lien avec l’antisémitisme. Le centrisme que la communauté "Musulmano-Magrébine" a sur le conflit "Israélo-palestinien" fait pensé à un problème psychiatrique collectif du fait que tellement l’intérêt y ait important qu’on se demande si ils ont autre choses dans la vie.
Cordialement
analyse tres pertinente - merci pour votre contribution !
@Samuel oublie le decret Cremieux, et la collaboration de beaucoup de juifs avec l’occupant,ce qui empoisonna l’harmonie entre juifs et musulmans.Je crois surtout que ce sont les algeriens musulmans qui furent depossedes de leurs pays, des meilleures terres, des plus belles maisons mises a disposition pour des colons qui etaient pour la plupart espagnols ou italiens !
Pétri de bonnes intentions, le décret s’avère porteur de semences empoisonnées. Il consacre en Algérie la rupture entre les colonisés (exclusivement musulmans) et les colonisateurs, qui viennent d’Europe et auxquels s’assimilent désormais les juifs.
L’antisémitisme (ou plutôt la judéophobie, puisque les Arabes sont aussi des Sémites, ce que beaucoup oublient en passant)est un fait historique européen plutôt qu’arabe. Par ailleurs, l’histoire des pays arabes est trop complexe pour la simplifier d’un trait de plume, par exemple, le décret Crémieux pris sous la colonisation française en Algérie a fait des Juifs des citoyens français à part entière, alors que les musulmans ne l’ont jamais été. Adolphe Crémieux, qui était juif, était surtout soucieux de sa propre communauté, et n’a jamais défendu les musulmans. Par ailleurs, tout le monde parle des Tibétains en Chine, et jamais des Ouïgours, minorité musulmane tout autant persécutée par le pouvoir chinois.
Rappelons enfin que tous les massacres nous font réagir, que ce soit en Bosnie, au Kosovo, au Darfour ou au Congo. Nous manifestons notre solidarité à ces populations régulièrement par des dons.
Et je voudrais poser une question : qui s’est soucié des trois lycéens d’origine maghrébine sauvagement agressés par des partisans de la Ligue de Défense juive devant le Lycée Janson de Sailly à Paris ? Qui condamne l’arabophobie et l’islamophobie croissantes en Israël, qui ne se cachent plus, qui s’affichent même comme programme électoral (plus vous tuez de Palestiniens, plus vous récoltez de voix) ? Qui sait aujourd’hui que le sionisme est basé sur des théories racistes d’apartheid, appliquées par l’état d’Israël depuis plus de 60 ans ? Que les groupes sionistes Stern et Hagana ont utilisé le terrorisme et les massacres pour chasser les Palestiniens de leurs terres ? Qu’Israël,né dans la terreur et la violence, ne peut survivre que dans la violence et la terreur (occupation de 20 ans et guerre au Liban en 2006, colonisation continue et accélérée dans les territoires occupés). Je ne suis certainement pas antisémite, ni judéophobe, mais je ne peux que constater qu’Israël ne veut pas la paix, étant maintenant le plus fort, mais s’étendre toujours plus et grignoter toujours plus de terres palestiniennes. Et les bombes au phosphore, à l’uranium appauvri ? Les armes expérimentales, type DIME ? La liste est hélas trop longue, et vous êtes assez grands pour la compléter vous-même.
à Ollya
Mon intention n’était pas de justifier une quelconque colonisation. Je voulais me rappeler - éventuellement vous rappeler - que l’Histoire est complexe. Et que l’amour de mon grand-père pour son vieux pays d’origine ne s’est jamais estompé. Quand ses amis l’appelaient l’Arabe, ses yeux s’illuminaient, il en était ravi. J’aurais dû enregistrer ses souvenirs, ses anecdotes, ses querelles... Trop tard.
La leçon est intéressante, voire pertinente, mais l’auteur y laisse passer une énorme "connerie" dont on se demande de quelle lumière elle éclaire son analyse : Faurisson n’est pas, n’a jamais été "historien". C’est un ancien prof de lettre et un négationniste. Sa méthode va au contraire à l’inverse de toutes les règles de la pratique du métier d’historien. Un tel lapsus (hélas commun) est lamentable...
Les inconditionnels défenseurs de l’Etat (raciste) d’Israël ne savent plus quoi inventer pour discréditer leurs opposants !!! Ainsi, des roquettes artisanales deviennent, dans la bouche de ces messieurs-dames, des missiles : d’un ridicule consternant !
pendant les bombardements de gaza .shimon pérès a dit sur al jazeera :"nous aimons les les arabes et nous n’avons n’avons rien contre les musulmans " ;
OUF j’étais rassuré car que serait-il passé si monsieur pris nobel nous detéstait.
Trés touchant votre témoignage concernant votre grand père. Moi j’en ai un autre quand mon grand père assistat impuissant aux massacres de deux de ses frères à Guelma en 1945. Massacres orchestrés par les colons européens et juifs avec le soutien du gouvernement en place.
Et vous savez pourquoi ce massacre ? Parce que les "indigènes" partis pour libérer la France du joug nazi, demandaient seulement de vivre en hommes libres.
Vous avez raison, l’histoire est bien complexe.
Des hommes donnent leurs vies pour sauver d’autres hommes de la barbarie nazi, dont les premières victimes furent des juifs pour se retrouver ensuite massacrer par des juifs...quelle bizarerie de l’histoire ne trouvez vous pas ?
A abdelhadi vous avez raison mais je crois que Mr prix nobel a oublié de dire "qu’ils aiment les arabes mais encore plus la terre de ces mêmes arabes !"
@ada : la liste a été complétée justement et officiellement par Avigdor Lieberman, européen juif-converti de Moldavie et chef du parti "Israël est notre maison" (20% au dernier vote !!!) quand il prone lors de l’attaque sur Gaza « la méthode utilisée par les Américains en 1945 pour mettre fin à la guerre au Japon » (cf l’article "Elections en Israël : une situation inquiétante" du MRAP sur oumma.com du 10/02/2008). Ainsi donc à travers ce dérappage médiatique, l’état sioniste reconnait enfin officielement qu’il possède un puissant arsenal nucléaire.
L’évèque Willamson n’a pas été réhabilité
Vous le savez très bien. Dans un souci de clore un schisme qui durait depuis 20 ans, le Pape a levé les excommunications à la suite d’ordinations illégales par Mgr Lefebvre de quatre évèques.
Le but de cette manoeuvre était que son "oeuvre" lui survive, sentant ses jours comptés.
Il semblerait que les successeurs de Mgr Lefevbre aient voulu rentrer dans le rangs selon certaines conditions. Il ne saurait être question de justifier le négationnisme qui n’a rien à voir dans cette affaire purement religieuse. Il s’agit d’une manipulation et si vous me passez l’expression d’un couillon de religieux qui n’a aucune autorité en la matière.
Comme d’habitude les "intellectuels" hyper-mediatiques" sont pris d’une cecite volontaire des qu’il s’agit de critiques, memes justifiees, d’Israel. Les massacres du ghetto de Gaza les laisse imperturbables dans leur dialectque connue de tous. Seuls leurs fans y croient. Pour les nombreux autres, les faits sont tetus : A Gaza, il y a eu des massacres, des crimes de guerre, 1500 victimes dont des enfants et des femmes. Point !Passons, sur les ravages actuels et futurs des armes utilisees, comme l’uranium appauvri ou le phosphore blanc.
@Samuel
Ton grand-père était sans doute fier quand on l’appelait l’Arabe et c’est sans doute parce que les Arabes l’ont “adopté”.La meilleure preuve que les juifs vivaient en harmonie avec les musulmans,c’est que par exemple en Algérie,les synagogues cotoyaient les mosquées dans les quartiers populaires alors que l’on trouvait pas un seul lieu de culte juif dans les quartiers européens.Le décret Crémieux consacra le “divorce”, peut-être voyait-tl d’un mauvais oeil l’entente des cousins ?
Je ne crois pas a l’affirmation : "importer le conflit". Aujourd’hui, nous vivons dans un monde ouvert, globalise.L’information et les conflits se deroulent "en live". Nous sommes tous obliges de les "porter sur nos epaules".Nous reagissons de maniere globale. Cela n’a pas grand chose avec complaisance inter-ethnique. Les gens reagissent quand quelque chose d’inique et insensee se passe dans le monde. Qui peut demeurer insensible face a un genocide en live ?
@ Samuel, ollya et Amazone,
Samuel rappelle que Juifs et Musulmans ont eu une très longue histoire commune.L’article en parle : c’est en terre d’Islam que la situation des juifs était la moins dure, par rapport aux buchers de l’Inquisition espagnole, aux pogroms de l’ Europe catholique et aux chambres à gaz des Allemands européens.
Le problème, c’est que les Européens nous ont fait payer , à nous, arabo-musulmans, toutes leurs turpitudes, en donnant une terre arabe : La Palestine, aux Juifs d’Europe et d’ailleurs, sans consulter les véritables propriétaires de cette terre : c’est illégitime, illégal et immoral.
Et aujourd’hui, on nous taxe d’antisémites, et de racistes, quand nous reconnaissons le droit des Palestiniens à résister et à combattre pour récupérer leur pays colonisé.
Ce n’est pas être antisémite que de dire que le Hamas, élu démocratiquement a le droit de résister , avec les armes à l’occupation de son pays.
Très bel article qui fait preuve de finesse.
On ne peut mieux servir la paix que par la volonté de se montrer intelligent.