En Tunisie, un collectif regroupant 60 associations a donné le ton lundi 27 mars, en conférence de presse, de la grande campagne nationale et internationale qui se prépare en faveur du droit d’épouser des non-musulmans pour les Tunisiennes musulmanes.
Plaidant pour l’égalité hommes-femmes en la matière (seuls les Tunisiens musulmans étant libres de se marier avec des non-musulmanes), ce collectif, dont les forces vives sont issues de la société civile, exhorte à abroger une circulaire du 5 novembre 1973 interdisant à la gent féminine de contracter une union maritale qui est jugée licite pour les hommes.
« Il est aujourd’hui inadmissible qu’une simple circulaire, de valeur juridique quasiment nulle (…), commande la vie de milliers de Tunisiennes », a martelé Sana Ben Achour, juriste et présidente de l’association Beity.
Jugée discriminatoire, anticonstitutionnelle et contrevenant au code de statut personnel, l’annulation de cette circulaire, émise par le ministère de la Justice sous l’ère Bourguiba, est un préalable indispensable aux yeux de ces associations tunisiennes qui en appellent au soutien des démocrates du monde entier pour mener à bien leur combat.
Pour Wahid Ferchichi, de l’Association tunisienne de défense des libertés individuelles (Adli), il est problématique que la circulaire identifie ces Tunisiennes comme étant musulmanes a priori, alors qu’ « aucun certificat ne prouve la religion » en Tunisie
« La constitution tunisienne garantit l’égalité des citoyennes et des citoyens en droits et en devoirs, la liberté de croyance, de conscience et d’exercice des cultes. Cette circulaire est contraire au code de statut personnel qui ne prévoit aucun empêchement explicite du mariage sur des bases religieuses, de cultes et de croyances. Elle remet en cause un droit fondamental de tout être humain : le libre choix du conjoint », s’insurge Ghayda Thabet, chargée de communication de l’Association tunisienne de soutien des minorités (ATSM), qui réitère l’appel qu’elle avait lancé en août 2016 contre la circulaire qui fâche.
Le collectif, qui monte au créneau aujourd’hui, espère obtenir gain de cause d’ici au mois de novembre 2017. Il mise sur le lancement d’une grande action de sensibilisation à cette problématique ancienne, et ô combien épineuse, auprès de l’opinion publique et du gouvernement, afin d’aboutir à la levée d’une interdiction que d’aucuns considèrent être une « aberration », niant « les droits constitutionnels des femmes tunisiennes ».
Tunisie : des associations appellent à ce que les femmes tunisiennes puissent épouser des non-musulmans

