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Radicale critique du recours exclusif au calcul pour déterminer les temps des actes cultuels

Le mois de Ramadan approche, réjouissons-nous : le prochain sujet de discorde parmi les musulmans est tout trouvé !

Après que nous nous soyons divisés sur Tariq Ramadan et sur la licéité des élections, penchons-nous sur le débat du moment : des «calculateurs» et des «observateurs», vers qui se tourner ?
Si nous voulons ne jamais répondre efficacement, il suffit que nous nous référions à leurs argumentaires respectifs. Car en effet, et à moins que leurs défenseurs ne soient idiots, toute thèse se doit d’être cohérente, au moins en apparence. Par suite, si, pour enfin nous décider, nous réduisons la réflexion à une simple confrontation des divers arguments, nous n’aurons guère avancé puisque nous ne ferons que confronter deux systèmes cohérents. Opposer, quant au même point, les positions des Malikites à celles des Hanafites, cui bono ? Les deux présenteront tout un ensemble de justifications érigeant leurs avis comme seuls valides. Ici, ceux qui s’aventureront à un choix ne le feront que sur des considérations infondées. Mais n’est-ce pas ainsi que naît l’erreur ?

«Leurs devanciers eurent également recours à la perfidie. Aussi Dieu sapa-t-Il les fondements de leur édifice, dont le toit s’écroula sur leurs têtes, causant leur perte sans qu’ils l’aient pressentie.» (Cor. 16:26)

Il n’est que deux attitudes possibles envers le Coran : soit nous sommes bas-de-plafond et nous ne voyons que la lettre (les salafis font de ce domaine un véritable champ d’expertise) soit nous cherchons à nous imprégner de l’Esprit de la lettre. Il serait donc dommage que, à la façon des premiers, nous nous limitions à croire que Dieu ne soit qu’un démolisseur ; et pourtant, c’est bien tout ce qu’en retira ibn Kathîr, peut-être le commentateur du Coran le plus popularisé de ces derniers temps. Quant à moi, je vois là que Dieu considère les fondements, les principes, les causes, les origines ; qu’il suffit et qu’il faut s’en prendre à eux pour détruire tout édifice, qu’il soit physique ou conceptuel. Du reste, c’est précisément parce que cette façon de procéder ne se retrouve plus parmi nous que nous en venons à diverger sur des sujets qui pourtant pourraient très aisément se résoudre. Ceci parce que si nous nous mettons à répondre aux questions posées par ceux-là mêmes qui excogitent des thèses, nous conviendrons sûrement avec eux puisque leurs questions sont construites de sorte que notre pensée soit pré-formatée à répondre en un sens précis. Et quand bien même nous n’adhérerions pas, si nous n’en avons contredit les principes, encore une fois : quelle utilité ? Mais qu’il me soit permis de présenter deux exemples afin d’expliciter mon propos.

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Supposons que nous nous mettions à fumer et que nous contractions subséquemment un cancer du poumon ; peu importe les médicaments prescrits : en conservant la cause, l’effet persistera nécessairement, n’est-il pas ?

En second exemple, prenons la finance islamique, sujet sur lequel je rédigeai un essai il y a quelques années. Pour justifier la prétendue marge de ces banquiers qui n’est autre que de l’usure (riba), une question rhétorique nous est souvent posée : « Les banques islamiques sont-elles des organismes à but non lucratif, puisque sans intérêts (riba) ? » À quoi l’on nous répond un non ; qu’elles ont des frais ; qu’elles nous facturent un service, à savoir la jouissance des biens de ce monde à crédit tout en gardant bonne conscience grâce à l’estampille halal ; qu’il y a des barbus d’oulémas certifiant par leur signature que tout est béni par le Seigneur ; que tout cela nécessite un investissement qu’il faille adéquatement rémunérer. (L’essai en question est libre d’accès sur Internet.)

Comprenons que si nous ne quittons pas le cadre mental qui nous est imposé, nous ne pourrons produire de critique radicale, c’est-à-dire efficace.
Appliquons la méthode au sujet de discorde du moment. Je prie le lecteur de lire la suite en conservant en mémoire les versets suivants.

En vérité, le nombre des mois est de douze, auprès de Dieu, ainsi que c’est écrit dans Son Livre depuis le jour où Il a créé les Cieux et la Terre. (Cor. 9:36)

Le report d’un mois sacré à une autre date n’est qu’un surcroît d’impiété et ne contribue qu’à égarer davantage les négateurs. Ils le déclarent profane une année, puis l’année suivante ils le déclarent sacré, prétextant qu’ils veulent être en accord avec le nombre de mois que Dieu déclare sacrés. Ils ne se rendent pas compte qu’ils déclarent licite ce que Dieu a interdit ! Et c’est ainsi que leurs méfaits leur apparaissent pleins d’attraits ; mais Dieu ne guide point les négateurs ! (Cor. 9:37)
Ainsi, pour Dieu, il n’est que douze mois ; de plus, le report des fêtes est impiété manifeste. Comme nous le disions, ce qui importe n’est pas l’analyse à la superficie mais bien les principes, les fondements. Pour y parvenir, nous devons parler d’histoire.
Dans bien des endroits dans le monde, la Lune est l’astre dont l’observation permet d’appréhender l’écoulement du temps de façon bien plus tangible que le Soleil ne le permet. Cela n’a pas fait exception pour la communauté de Moïse, puisque la Vérité est universelle. Ainsi, pour que nous connaissions l’écoulement du temps, il fallait donc l’observer et il n’y avait que deux manières : si nous étions un musulman lambda, nous employions nos yeux pour ce faire ; si nous étions un musulman de l’Élite, nous employions notre coeur à cet effet. ‘Abd al-‘Azîz al-Dabbâgh exposait d’ailleurs que le saint n’a même pas la nécessité de sortir de chez lui pour savoir si le mois de Ramadan a commencé : il le ressent, parce que Dieu le lui fait savoir de la façon qu’Il lui sied.
Mais la dégénérescence et le Faux se mirent à prévaloir ; et bien que de nouveaux Prophètes vinrent, ils n’étaient que peu suivis. Le Faux se maintint donc, réduisant par là la possibilité que des individus pussent accéder à l’Élite des musulmans. Plus personne donc ne se mit à l’observer avec le coeur et ceux qui n’avaient que leur sens externe comme mode d’appréhension du Monde se voyaient gênés par la présence de nuages et autres éléments perturbateurs. Ainsi se fit la nécessité du Calendrier. Loin d’être un progrès, il proroge la dégénérescence et marque plus profondément encore la césure entre nous et la Réalité (Dieu) : “N’observez plus ! nous, les humains, sommes si intelligents que nous pouvons déterminer le mouvement des astres et de la Lune par notre seul intellect ! Vivez déconnectés du Tout et fiez-vous au calendrier que certains rédigent, cela suffit !”
Cette époque voit donc apparaître les oulémas ou rabbins. En effet, lorsque le Vrai prévalait, tout Humain, homme ou femme, pouvait avoir l’information de lui-même. Le Calendrier brise tout cela et pose la spécialisation : certains savent et d’autres, non —ces derniers devant se placer sous la sujétion des premiers, avec toutes les conséquences néfastes que cela induit (mais j’y reviendrai sûrement en un article futur).
Mais la Lune n’est pas notre création. Dieu dit qu’elle est selon un “calcul” (Cor. 55:5). Toutefois, qui nous dit que ce “calcul” (terme proposé par de nombreuses traductions coraniques) est un calcul accessible à l’Humain ? Dieu l’a-t-Il dit ou plutôt l’extrapole-t-on afin de justifier nos désirs ?
Revenons-en donc aux juifs. Nous pouvons parler de juifs seulement à partir du moment où la communauté de Moïse, qui était musulmane, abandonna un ou des enseignements fondamentaux du Seigneur. L’instauration du Calendrier en est un, à mon sens (mais que Dieu me pardonne en cas que je me trompe ici). Les juifs savaient que la Lune était un excellent indicateur du temps : toutefois, en la réduisant à un modèle mathématique, ils virent qu’il y avait discordance nette entre le calcul et la réalité. La solution qu’ils excogitèrent fut donc l’instauration de mois additionnels. N’est-ce pas raisonnable et intelligent ? « Pour que NOTRE MODÈLE MATHÉMATIQUE fonctionne, il faut que nous PLIIONS le VRAI à notre MODÈLE ». En effet, quel intérêt à plier les modèles afin qu’ils collent au Vrai ?! N’est-ce pas arriéré ?
Ainsi, et encore aujourd’hui, sept années sur les dix-neuf d’un cycle métonique comptent treize mois. Si donc nous opérons une translation du calendrier juif sur le nôtre, le mois de Ramadan ne tomberait pas toujours lors du neuvième mois lunaire réel. Remarquons que, encore de nos jours, les juifs s’enorgueillissent d’avoir élaboré ce système et louent la sagesse de leurs rabbins ; davantage : ce fait viendrait encore mieux asseoir la sainteté du Judaïsme et prouverait qu’ils sont la Lumière des Nations. Hélas pour eux, c’est précisément ce que Dieu condamne avec la plus grande fermeté (cf. Cor. 9:37).
Abusés par notre prétendue intelligence et nos outils modernes, ayant davantage foi en le Progrès qu’en Dieu, postulant que la vie du Coeur est l’apanage des seuls arriérés (c’est-à-dire de ceux n’ayant ni satellites ni antidépresseurs), nous croyons que nous pouvons tout faire et en venons même à considérer nos méfaits comme actions méritoires ainsi que Satan, le plus grand des rationalistes, ardemment le souhaite. «Quiconque reste insensible à l’appel de Dieu, Nous lui susciterons un démon qui deviendra son compagnon inséparable. Les démons ont, en effet, pour habitude de détourner les hommes du droit chemin, lors même que ces derniers s’estiment être bien guidés » (Cor. 43:36-37). Ailleurs, il est dit que le Coran apporte bien des réponses aux Fils d’Israël (cf. Cor. 27:76) : en voilà donc une preuve.
Que Dieu nous guide, donc !
En ouvrant la porte du calcul, nous devrions suivre les juifs et instaurer ce treizième mois. Fort heureusement, Dieu nous prévint de faire ainsi puisqu’Il dit clairement en le Coran que l’année ne comporte que douze mois. Et il faut supposer que si Il ne l’avait fait, nous aurions très sûrement suivi l’exemple des juifs.
Et quand bien même nous n’en viendrons à cette manifeste hérésie, il n’empêche qu’il s’agit toujours d’un modèle mathématique que nous excogitons ; que ce modèle n’est pas le Vrai, quand bien même le décalage ne serait que d’une milliseconde ou moins ; que la Lune n’obéit pas aux Humains mais bien à Dieu l’Unique ; que la Volonté de Dieu, Qui est la Vérité et la Réalité, n’est ni calculable ni modélisable ni mathématisable ni conceptualisable en dépit des activités ambitieuses de certains.
Comprenons que ceux qui en appellent au calcul conçoivent la Lune tel un objet mathématique, ce qu’elle n’est pourtant pas et qu’elle ne cesse de démontrer aux téméraires : en réalité, ils ne font que tracer des carrés dans un cercle en espérant vainement parvenir à en couvrir la superficie, tout en nous priant de croire qu’ils y sont parvenus.
D’ailleurs, est-ce un hasard si, en 2013, les rationalistes-calculateurs déclarèrent que le Ramadan débuterait le 9 juillet et qu’ils en vinrent à le reporter au lendemain ? Eh quoi ?! si nous disons vrai, changeons-nous de version ? Et si nous reportons, n’est-ce pas là péché abominable (cf. Cor. 9:37) ? Allons-nous y voir un authentique avertissement de Dieu ou allons-nous créer des commissions d’éthique, des coopérations transnationales, de nouveaux algorithmes et autres diversions pour ne jamais nous poser les vraies questions ?
Mais j’entends déjà diverses objections : que (I) les horaires de prières sont déjà l’objet de calculs, que (II) nous nous référons bien au calendrier grégorien qui est issu de calculs, que (III) la faible marge d’erreur ne cause point de problème, que (IV) l’on souhaite unifier la Oumma, et autres éléments délirants de diversion comme le supposé besoin des masses que de réserver des billets à l’avance afin de payer moins cher (!!).
Sur le premier moyen (I). Concernant la ville de Toulouse, le calcul érigé en panégyrique du Progrès nous propose comme horaires pour la prière de Fajr ce qui suit : 5:03 ; 5:14 ; 5:07 ; 5:34 (respectivement : Cadastre Général d’Egypte, Ligue du Monde Islamique, Umm al-Qurâ, ISNA). Soulignons que chacune de ces institutions est composée d’un grand nombre d’oulémas diplômés qui, bien que faisant usage de la Mathématique, se contredisent encore et toujours. Imaginons la situation cocasse qui verrait un imam américain se rendre à Toulouse. S’il prie en groupe, selon l’institution à laquelle il appartient pourtant, il aura prié en avance, ce qui rend sa prière caduque. Et s’il ne prie que selon l’horaire de son institution, il n’est pas dit que la mosquée applique les mêmes horaires. Ainsi, ceux qui pensent que le calcul relativement à ces sujets puisse être fédérateur se trompent fortement. Et à moins d’une harmonisation quant aux angles à considérer et à d’autres paramètres encore, la divergence se poursuivra. Mais si harmonisation il y a, il faudra nécessairement que certaines institutions en viennent à changer radicalement leurs façons de calculer : d’ailleurs, pour la Ville rose, l’écart entre les horaires du Cadastre égyptien et de l’ISNA est supérieur à trente minutes. Si donc changement se produit, ce sera aveu clair de fausseté et d’incompétence pour certaines de ces institutions qui pourtant prétendaient appliquer la Loi éternelle de Dieu. (À moins, bien entendu, que Dieu, c’est-à-dire la Vérité, ne soit pas unique mais multiple ?)
Sur le deuxième moyen (II). C’est à croire que le calendrier grégorien détermine les fêtes religieuses musulmanes. Car si c’était le cas, nous devrions nous y intéresser. Mais mon sujet étant bien défini en le titre, ne nous y attardons donc pas.
Sur le troisième moyen (III). Nous en revenons à ce qui était dit précédemment : parce que la Volonté de Dieu, Qui régente la Lune, ne peut être ni adéquatement connue, conceptualisée ou modélisée, il faut que nos excogitations ne fassent qu’approximer les phénomènes lunaires. Or une approximation ne peut servir de Vérité, ainsi que nous le constatâmes lors du Ramadan 2013 et comme nous le verrons bien des années encore car la Volonté de Dieu n’est pas un objet de l’entendement humain. Dixit Dieu : «La plupart d’entre eux s’en tiennent à du vraisemblable. Mais le vraisemblable ne saurait en rien tenir lieu de Vérité. Dieu est parfaitement au courant de leur manière d’agir.» (Cor. 10:36)
Sur le quatrième moyen (IV). Il est évident que les appels à unifier la Oumma ne peuvent jamais rencontrer d’opposants. Mais il importe que ces appels reposent sur des bases solides.
Que je m’explique. Supposons qu’une harmonisation se fasse et que toutes les institutions donnent les mêmes horaires de prières et le même calendrier lunaire : le réel changement consistera seulement en la réduction d’une multiplicité de modèles inopérants à un seul sans que le problème que nous exposions n’ait été en aucune manière résolu, puisque le meilleur des modèles demeure encore une pâle et médiocre représentation de la Réalité. Bien que notre première preuve suffise amplement, nous pouvons en proposer une autre en considérant le principal instrument dont font usage les calculateurs, à savoir la seconde (unité fondamentale du Système International). Qu’est-ce que la seconde ? Elle fut d’abord définie comme le 1/86400ème du jour solaire moyen ; mais parce que le jour solaire varie, cette définition ne put se maintenir. On en vint à excogiter que la seconde soit le 1/31556925,9747 de l’année tropique 1900 (puisque les durées des années tropiques varient). Nous décourageâmes-nous ? Que nenni ! La seconde est désormais «la durée de 9192631770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux hyperfins F=3 et F=4 de l’état fondamental 6S½ de l’atome de césium-133.» (Il est d’ailleurs prévu une révision de ladite définition en fin d’année 2018.) On le voit bien, une définition qui change n’est pas une définition et devrait nous interroger quant à la réalité du concept défini. Mais surtout, nous voyons que pour définir la seconde, on a d’abord eu une idée d’elle pour enfin élaborer une expérience avec des outils suffisamment stables afin que les Humains s’en contentassent. Pour simplifier, les spécialistes du vraisemblable avaient un chronomètre ; ils placèrent un atome de césium-133 dans des conditions telles qu’il se devait d’osciller ; enfin, ils comptèrent le nombre d’oscillations jusqu’à ce que le chronomètre affichât 1 seconde. D’ailleurs, toute officielle que soit cette définition, elle n’en est pas moins imprécise puisque le CNRS note que : «la stabilité aussi bien que l’exactitude du Temps Atomique International sont estimées à 2•10-14, c’est-à-dire 1 seconde pour 1 500 000 ans.» Les «vraisemblabilistes» allégueront en vain que ce nombre soit si faible que nous pouvons allègrement le négliger : à titre de comparaison, 0,1 nanogramme de toxine botulique administré à un homme de 80 kilogrammes peut le tuer et pourtant, le rapport est très proche de l’erreur de ces horloges atomiques (10 fois supérieur seulement). «Ce qui est même méprisable n’est pas toujours à mépriser», avertissait le cardinal de Retz.
« C’est Lui qui fait éclore l’aurore, qui fait de la nuit une phase de repos ; du Soleil et de la Lune, une mesure du temps. Tel est l’arrêt du Tout-Puissant, l’Omniscient. » (Cor. 6:96) En réalité, le Soleil et la Lune sont les uniques moyens adéquats d’appréhension de l’écoulement du temps. Et ce n’est pas en vain que Dieu les rendit «décalés» (ainsi que nous aimons à le dire), puisque l’année solaire compte environ onze jours de plus que la lunaire. À cause de cela, la seule solution pour que nous accomplissions convenablement nos actes de culte est que nous nous «reconnections» tous, femme comme homme, à la Nature, au Tout, en un mot, à Dieu. Les juifs s’y refusèrent et les voilà égarés. Veut-on que nous suivions le même chemin ? Car c’est à cela que nous conduisent les partisans du Calcul.
Bref, il s’agit que nos cœurs nous guident à l’action. D’ailleurs, si nos cœurs se font purs, n’est-ce pas là que se «loge» Dieu, ainsi que le prétend un hadith qudsi ? Et qui donc est le véritable Guide et Soutien sinon Dieu ? Et en cas que nous parvenions à cet état de Connaissance, ne serons-nous pas effectivement unis ? Ceux qui veulent occulter ce fait en proposant des ersatz (calcul, etc.) ne se méprennent-ils pas gravement ? Allons-nous enfin le saisir ?
Car en soumettant le Tout au calcul, nous nous éloignons de ce Tout auquel pourtant nous appartenons. Est-ce toutefois à dire que nous devions nous débarrasser des GPS, téléphones, ordinateurs ? Non : en effet, je ne m’intéresse qu’à l’emploi exclusif du calcul afin de fixer les temps des actes cultuels. Ces outils, bien qu’issus d’une approximation du Réel, ont une efficace indéniable. Qui n’utilise pas d’ordinateurs, de téléphones, etc. ? Moi-même, ne rédigé-je point cet article sur un ordinateur ? Puisse mon propos être bien compris : mon problème n’est pas la technologie mais que les approximations du Réel se confondent avec le Réel ainsi que le veulent les vraisemblabilistes, sans même qu’ils ne songent à en considérer les implications philosophiques. Les mouvements des astres sont continus : nos outils (seconde, …) rendent ce continu discontinu. Appliquer les dimensions du Discontinu sur le Continu pour en venir à les confondre, n’est-ce pas là le comble de la folie ? C’est un peu comme si nous exigions d’un homme qu’il se dote d’un appareil génital féminin fonctionnel, quand bien même sa biologie rendrait la chose impossible.
Si donc nous voulons que les musulmans conviennent, veillons à bien nous inspirer de l’exemple de Muhammad (pbsl) : N’est-ce pas Lui qui t’a déjà prêté Son assistance, ainsi que celle des croyants dont Il a uni les cœurs que toi, tu n’aurais jamais pu unir, même si tu avais dépensé tous les trésors de la Terre? Seul Dieu a réalisé cette union, car Il est Puissant et Sage (Cor. 8:62-63). Nulle richesse, nul calcul, nulle technologie : Dieu seul fait l’Union véritable de l’homme et de la femme ; Lui seul est Ce par Quoi les musulmans sont unis. Et parce que Dieu est la Vérité, si donc les musulmans sont désunis, c’est que… (je laisse la conclusion à la discrétion de chacun).
Il faut que je conclue. En dépit des apparences, les littéralistes ne diffèrent nullement des calculateurs-vraisemblabilistes puisque ceux-là s’en tiennent très généralement à quelques hadiths quand ceux-ci ne font qu’en opposer d’autres. S’en tenir au hadith selon lequel le Prophète aurait dit que nous devions recourir à l’observation est aisément contredit : il suffit d’en produire un autre qui semble indiquer que les musulmans étaient à l’époque illettrés, ce qui justifierait de nos jours le recours au calcul que nous maîtrisons désormais. En effet, la cause n’étant plus, l’effet se doit de ne plus être, ainsi que la logique l’exige. Et c’est précisément parce que les littéralistes ne comprennent ni ne comprendront jamais l’Esprit de la lettre que les mouvement vraisemblabiliste continue à faire de plus en plus d’adeptes. Car il ne s’agit pas d’observer pour observer mais plutôt de remarquer que l’injonction du Prophète cache un véritable savoir qu’il faille embrasser et expliciter sans quoi nous demeurerons incompris. Et c’est faute de l’avoir compris que nous assistons à cette ridicule bataille de hadiths, à ce que certains campent sur leurs positions et, en fin de compte, que nous n’avancions guère.
Pourquoi ceux qui prétendent nous régenter ne le voient-ils pas ? Serait-ce qu’ils veulent nous éblouir par les multiples citations qu’ils se lancent et qui justifieraient par là leur ascendant sur nous, pauvres ignares, puisque nous n’avons pas leur érudition ? Mais l’érudition n’a pourtant jamais été la sagesse. L’on nous cite l’imam al-Subkî comme si, dès que l’on prononce le nom à consonance arabe d’un ouléma contemporain de l’Âge d’Or de la Oumma, il faut que nous soyons nous-mêmes convenablement impressionnés et que nous prenions une attitude intérieure révérencielle ! Tout est fait pour qu’au grand jamais les véritables problèmes ne soient posés alors que c’est un préalable nécessaire à la Connaissance du Vrai. Pourquoi donc éveiller vos cœurs à la Nature, au Tout, en bref, à Dieu ? Nous sommes là, avec nos calendriers et horaires ! Ne vous montrez donc pas primitifs ! Mais comprenons surtout ceci : c’est parce qu’un grand nombre d’oulémas sont surtout des prescripteurs psittacistes que la fracture perdure parmi nous et qu’ils en viennent à excogiter tout un attirail de propositions vaseuses sans que jamais ils ne se remettent radicalement en question, alors que c’est là le remède à nombre de nos problèmes. Peut-être que surgiraient enfin des individus réceptacles de cette Lumière qui irriguait les Envoyés et qu’ils nous transmettraient afin que nous cheminions vers le Vrai.
Mais la faute est aussi nôtre, nous qui, contrairement à ces premiers, n’avons pas sur le front l’Accréditation de l’Université islamique (ijâza). Car si nous ne nous confortions pas en notre passivité endémique, ces gens-là ne pourraient exister ou tout du moins, ils ne pourraient instaurer les cadres mentaux qui ne nous mènent qu’à la perpétuation du Faux. C’est parce que nous vivons couchés et volontairement ignares que certains s’érigent en directeurs de conscience, exigeant de nous que nous pensions par procuration, cependant que Dieu donna à chaque femme et à chaque homme un cœur pour connaître le Vrai sans médiation. Et puis, une ijâza est-elle synonyme de Vérité ? Que l’on jette donc un regard sur les infinies contradictions qui opposent les détenteurs d’ijâzas ! Rappelons-nous que Dieu réalisa l’Union des cœurs et non des intellects (cf. Cor. 8:62-63). Osera-t-on croire qu’il s’agissait d’un hasard ?
En synthèse, le spectacle de la critique ne doit jamais être confondu avec la critique du spectacle. Le spectacle de la critique n’est autre que le carnaval de mises en garde, d’anathèmes, de fatwas contradictoires, de conférences et de livres portant sur des sujets hautement périphériques : c’est tout l’ensemble qui maintient le Faux, la césure et la sujétion ; quant à la critique du spectacle, elle consiste à enfin percer le voile qui couvre nos cœurs et qui fait écran au Vrai : elle la compréhension radicale que le carnaval mis en scène par certains opérateurs —conscients ou non— est le pire des maux nous affectant.
J’adresse mes félicitations et prières sincères à ceux qui eurent le courage de lire jusqu’au bout, qu’ils soient de mon avis ou non : obligé étais-je que de développer ce qui ne l’a probablement jamais été afin que, et autant que Dieu le permettra, nous parvenions à nous  éloigner du Faux omniprésent que prorogent ceux qui étaient censés le désigner et l’abattre. SOLI DEO GRATIA.

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