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Le waqf : l’institution sociale qui finançait écoles et hôpitaux

Il fut un temps où l’hôpital, l’école, la fontaine publique ou l’aide aux plus pauvres ne dépendaient pas exclusivement de l’État. Dans une grande partie du monde musulman, une institution discrète mais essentielle irriguait la société : le waqf.

Qu’est-ce qu’un waqf ?

Le mot waqf désigne, en droit musulman, un bien qu’une personne décide d’affecter durablement à une œuvre religieuse, sociale ou d’intérêt général. Il peut s’agir d’une terre, d’une maison, d’un commerce, d’un verger ou de tout autre patrimoine produisant des revenus. Le principe est simple : le bien lui-même est préservé, tandis que les revenus qu’il génère servent une cause déterminée.

Une école, un hôpital, une mosquée, une bibliothèque, l’entretien d’une route, l’aide aux pauvres ou l’accueil des voyageurs pouvaient ainsi être financés pendant des décennies, voire des siècles. Le waqf n’était donc pas seulement une forme de charité. C’était une manière d’organiser la solidarité dans la durée.

Quand le patrimoine finançait la société

À travers les siècles, le waqf a permis de financer une part importante de la vie sociale dans de nombreuses sociétés musulmanes. Des établissements d’enseignement pouvaient fonctionner grâce aux revenus de commerces ou de terres agricoles. Des médecins étaient rémunérés par des fondations. Certains hôpitaux accueillaient les malades sans leur demander de payer leurs soins. Des bibliothèques, des bains publics, des fontaines ou des infrastructures urbaines reposaient également sur ce système.

Derrière ces réalisations se trouvait une idée puissante : la richesse ne trouvait pas son accomplissement dans la seule accumulation, mais dans sa capacité à devenir utile aux autres.

Plus qu’un don : une institution

C’est là toute l’originalité du waqf. L’aumône répond généralement à un besoin immédiat. Elle nourrit, soigne ou soulage à un instant donné. Le waqf, lui, cherche à construire quelque chose qui dure. Un propriétaire ne donnait pas seulement une somme d’argent. Il immobilisait une partie de son patrimoine afin que celle-ci produise continuellement des ressources au service de la collectivité.

Le waqf créait ainsi un espace singulier entre le pouvoir politique et la fortune privée : un espace où des individus pouvaient transformer leur patrimoine en institution sociale durable.

Une idée étonnamment moderne

C’est sans doute ce qui rend cette institution si contemporaine malgré son ancienneté.

Nos sociétés redécouvrent aujourd’hui, sous d’autres noms, les fondations philanthropiques, l’investissement à impact, l’entrepreneuriat social ou les fonds consacrés à l’intérêt général. Pourtant, bien avant que ces concepts ne deviennent familiers dans le vocabulaire économique contemporain, le waqf posait déjà une question fondamentale :

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Comment faire de la propriété privée un instrument d’utilité collective sans nécessairement la confier à l’État ?

Il serait évidemment naïf d’idéaliser son histoire. Comme toute institution, le waqf a connu ses dérives, ses rigidités, ses détournements et parfois sa confiscation par les pouvoirs politiques. Mais son importance historique demeure considérable.

Organiser la générosité plutôt que simplement donner

Et surtout, son esprit mérite aujourd’hui d’être interrogé à nouveau.

Dans un monde musulman où les besoins en matière d’éducation, de santé, de logement, de recherche ou d’accompagnement social restent immenses, la question n’est peut-être pas seulement de savoir comment donner davantage. Elle est de savoir comment organiser durablement la générosité.

Nos sociétés comptent des entrepreneurs prospères, des familles disposant d’un patrimoine important, des investisseurs et une diaspora économiquement puissante. Pourtant, combien de fortunes sont véritablement transformées en institutions capables de survivre à leurs fondateurs ?

Faire de la réussite individuelle une œuvre collective

Le waqf rappelait précisément cela : la réussite individuelle pouvait devenir une architecture collective. Un immeuble pouvait financer une école pendant plusieurs générations.

Une terre pouvait assurer le fonctionnement d’un hôpital. Un commerce pouvait contribuer chaque jour à nourrir des familles démunies. Cette institution portait au fond une conception particulière de la richesse : posséder n’était pas nécessairement une fin. Le patrimoine pouvait devenir un outil de transmission, de solidarité et de construction collective. La véritable richesse n’était alors peut-être pas seulement ce que l’on possédait. Mais ce que l’on décidait de laisser derrière soi.

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