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Qassem Soleimani, le Giap du Moyen-Orient

Inconnu des bonimenteurs médiatiques, méconnu d’une large fraction des crypto-spécialistes de la communauté du renseignement, connu et reconnu des connaisseurs, respecté ou redouté selon le positionnement de ses interlocuteurs, il est le cauchemar des Israéliens, le croquemitaine de l’Occident, l’enfant chéri des laissés pour compte de la société consumériste et de la civilisation des loisirs, le porte étendard des contestataires de l’ordre israélo-américain.

A rebours du transfuge socialiste Bernard Kouchner, à rebours de son rival Bandar Ben Sultan, le cappo di tutti capi de la nébuleuse islamiste qui inondera la planète de ses djihadistes erratiques sans tirer le moindre coup de feu contre Israël, son ennemi supposé, ce fils d’un père paysan juif de Kerman est triplement farsi, en tant que chiite, en tant que révolutionnaire, en tant que combattant pour la libération de la Palestine.

Commandant de l’ombre (1), sa rigueur, sa discrétion et son efficacité l’imposent comme le Giap du Moyen- Orient, du nom du vainqueur des Français, en 1955, le général Vo N’Guyen Giap à Diên Biên Phú (2), première défaite militaire majeure d’une puissance atomique de la sphère occidentale, membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, face aux peuples basanés, «la seule bataille rangée et perdue par un armée européenne durant toute l’histoire des décolonisations», selon l’expression de l’historien Jean Pierre Rioux.

Lui, Qassem Soleimani,  chef de la prestigieuse «Brigade de Jérusalem» des Pasdarans, dont la transcription en arabe claque comme baïonnettes aux vents, «Faylaq Al Qods Lil harath As Saouri Al Irani». Faylaq Al Qods, «Jerusalem brigade» et non «Jobhat an Nosra» ou «Jound As Sham», voire  Ansar Eddine» ou les horribles borborygmes de Boko Haram ou de Da’ech, comme pour rappeler la permanence de la revendication iranienne et chiite dans le combat pour la libération de la Palestine.

Du vaste polygone de tir permanent du Moyen- Orient, Qassem Soleimani émerge comme le grand vainqueur de la confrontation régionale du printemps arabe, le verrou de l’Irak, malgré les coups de butoirs sanglants et les attentats répétitifs des takifiristes contre la communauté chiite depuis dix ans, malgré toutes les tentatives de déstabilisation menée par les Etats-Unis et Israël depuis le Kurdistan irakien, malgré la guerre psychologique menée par les monarchies arabes contre le «péril chiite».

Lui, l’allié indéfectible de la frange résistante de la population libanaise, le sauveur de la Syrie, celui qui tiendra tête à la coalition islamo-atlantiste dans les mémorables batailles de Syrie durant trois ans:  De Bab Amro, en Février 2012, à Al Qoussayr, en Mai 2013, et à Yabroud, au printemps 2014.

Bab Amro, qui se devait d’être «le Stalingrad du Moyen-Orient», selon les assurances de l’ancien Premier ministre du Qatar Hamad Ben Jassem à la diplomatie française, qui sera, par les abus de la brigade Al-Farouk du commandant dissident Abdel Kader Tlass, le Trafalgar de la stratégie franco turque. Une défaite cuisante de l’opposition off-shore mercenaire du Qatar, doublée deux ans plus tard d’une défaite aussi retentissante à Homs. Vouée à devenir la «capitale de la révolution», la ville pliera, elle, sous la pression des assauts syriens. Ses djihadistes évacués sous bonne escorte, le 7 Mai 2014, le jour même du 3eme tour du scrutin présidentiel libanais, implosant la candidature à la magistrature suprême libanaise de Samir Geagea, l’homme lige des Israéliens et des Américains au Liban.

Sur la défensive au début du printemps arabe, avec un bloc atlantiste le vent en poupe, et des alliés en difficulté en Syrie et au Liban (le hezbollah), Qassem Soleimani a réussi à opérer un retournement en faveur de son camp en portant la menace sur le flanc sud de l’Arabie saoudite, son espace vital, le Yémen, où ses sympathisants houthistes (chiites) ont obtenu, à la mi octobre 2014, la tête du chef de file du camp saoudien, le premier ministre Mohamad Ba Soundah, aux termes de violents combats dans le périmètre de défense de Sana’a, la capitale, le jour même de la rencontre à New York entre les ministres des affaires étrangères d’Iran et d’Arabie saoudite Jawad Zarif et Saoud Al Faysal.

Jihad Moughniyeh, assistant de Qassem Soleimani, et le missile Fateh 110 à Hezbollah

Luxe de détail, soucieux sans doute d’assurer la relève d’un commandement de qualité, Qassem Soleimani s’était doté depuis la guerre de Syrie, en 2011, d’un assistant de choix en la personne de Jihad Moughniyeh, fils d’Imad Moughnyieh, Hajj Radwane, le fondateur de la branche militaire du Hezbollah, tué dans un attentat à Damas, en 2008, dont la progéniture  fait désormais office d’agent de liaison avec la formation de son père.

No passaran: Par deux fois, rompant son mutisme habituel, il fixera la ligne rouge de la stratégie occidentale. En Syrie, en septembre 2013, alors que le croassement de la bulle médiatique occidentale prédisait un bombardement massif du bloc atlantiste des centres de pouvoir de Damas avec la caution des pétromonarchies du Golfe, en guise de représailles contre l’usage supposé d’armes chimiques par le régime de Bachar Al Assad,  Qassem Soleimani met le holà, avisant qu’un bombardement de la Syrie embraserait le Moyen-orient.

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A Gaza, en juillet 2014, alors qu’une conjuration s’appliquait à désarmer les Palestiniens en vue de leur finlandisation, le sphinx iranien rompait à nouveau le silence pour rendre  son verdict: Pas question de désarmer ni le Hamas ni le Jihad Islamique, citant nommément ces deux formations, en hommage implicite à ses alliés Mohamad Deif, le chef de la branche militaire du Hamas, et Ramadan Challah, le chef du djihad islamique, comme pour signifier la fin de l’ostracisme dont était l’objet le Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans, déconsidéré par son alignement sectaire sur le Qatar, l’autre pôle du salafisme du monde arabe.

No Passaran, le mot d’ordre tonné à deux reprises a entraîné un rétropédalage en douceur du camp atlantiste et de ses supplétifs arabes, d’une manière d’autant plus accélérée  que dans l’épreuve de force, les Pasdaran ont livré subrepticement au Hezbollah gardiens des missiles à moyenne portée Fateh 110, plaçant l’Etat major israélien à Tel Aviv à portée des tirs de la milice chiite. Disposant d’un rayon d’action de 350 km, propulsé par du carburant solide, à une vitesse de mach 3,5 soit 4.500 km/heure, Fateh 110 a entrainé un bouleversement des rapports de force sur le front nord de la confrontation israélo-arabe.

Récidiviste en Irak, comme en auparavant en Syrie, l’homme procédera à un déploiement furtif de ses hommes autour du sanctuaire chiite de la ville sunnite de Samarra brisant net la marche de Da’ech sur Bagdad. Il récidivera en pleine négociation de Vienne sur le nucléaire iranien, le 22 novembre 2014, freinant l’offensive de Da’ech contre Ramadi, clé de la région sunnite d’Al Anabr qui aurait permis le déferlement djihadiste vers l’Arabie saoudite.

Il savourera alors avec une particulière délectation l’appel de Laurent Fabius à l’Iran de se joindre à la coalition occidentale dans le combat contre Da’ech, c’est à dire contre le monstre engendré par le bloc atlantiste et les pétromonarchies pour combattre précisément l’Iran, via son allié syrien dans une guerre de substitution. Cet appel lancé par une des personnalités européennes les plus en pointe contre l’Iran a retenti comme un désaveu de la diplomatie française dans la guerre de Syrie, un constat d’impuissance et, dans le cas de Laurent Fabius, une reddition sans condition à la prépondérance de l’Iran dans la gestion des affaires de la zone.

Notes:

 

(1)Qassem Soleimani: Le commandant de l’ombre

(2) Diên Biên Phú : La bataille dura 170 jours, du 20 novembre 1953 au Mai 1954, les 57 derniers étant évidemment les plus effroyables. Au gré des mois, le camp de Diên Biên Phú reçut ainsi les effectifs équivalents à quelque 17 bataillons soit plus de 15 700 hommes dont plus de 5 000 légionnaires. Les troupes au sol furent appuyées par 227 avions de combat et bénéficièrent des rotations logistiques d’une centaine d’avions de transport.

 

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