A 78 ans, Bernie Sanders, l’incontournable sénateur du Vermont, a toujours bon pied bon œil. Dire qu’il n’est pas prêt à raccrocher les gants est un euphémisme, tant il aimerait pouvoir se mesurer à nouveau à Donald Trump, son ennemi juré, lors d’un round supplémentaire…
Ce vieux briscard de la politique américaine, qui peut se targuer d’avoir incarné le renouveau, empreint d’humanisme, lors de la dernière campagne présidentielle de 2016, et de jouir d’une cote de popularité toujours aussi forte auprès de la jeunesse et des couches populaires, se prépare à remonter sur le ring pour affronter l’incendiaire de Washington. Un adversaire inféodé au lobby pro-sioniste, dont il représente l’exacte antithèse.
Alors qu’il fourbit ses armes et ses arguments pour remporter la course à l’investiture du Parti démocrate, un préalable indispensable, ce fils d’immigrés juifs, qui plaide depuis longtemps en faveur de la « solution pacifique à deux Etats » dans ce qui est communément appelé le « conflit israélo-palestinien », a opéré un rapprochement notable avec d’éminentes personnalités musulmanes.
Très apprécié de l’ensemble de la communauté musulmane américaine, Bernie Sanders a en effet nommé Faiz Shakir, l’ancien rédacteur en chef de ThinkProgress, au poste stratégique de directeur de campagne, le faisant ainsi doublement entrer dans les annales de l’élection suprême : à la fois en tant que premier musulman et premier pakistanais à se voir confier une mission d’une aussi haute importance auprès de l’un des acteurs majeurs de la politique US.

Soutenu par Ako Abdul-Samad, le représentant de l’Iowa au Congrès et président de l’Association islamique afro-américaine, le sénateur du Vermont a été l’un des deux seuls prétendants à la présidentielle à avoir assisté, en septembre 2019, à l’un des plus grands rassemblements d’Américains musulmans Outre-Atlantique : la Convention annuelle de la Société islamique d’Amérique du Nord (ISNA).
Vendredi soir dernier, devant plus de 5 500 sympathisants tout entiers acquis à sa cause, au cœur de l’Etat du Texas où il rassemble autour de sa candidature un nombre croissant de voix, Bernie Sanders a cédé la parole à un hôte de marque : le très respecté et populaire imam Omar Suleiman, président de l’Institut Yaqeen de recherche islamique, basé à Irving, dans le comté de Dallas.
Considéré comme un formidable bâtisseur de ponts entre les religions, et connu pour ne pas mâcher ses mots contre Donald Trump, dont il condamne vigoureusement la démagogie de caniveau et l’instrumentalisation de l’islamophobie, sans craindre de s’attirer ses foudres sur Twitter, l’imam Suleiman est ressorti enchanté de ce meeting politique en tout point enthousiasmant.
« Ce fut une magnifique soirée avec le sénateur Bernie Sanders, dont j’apprécie énormément la sincérité et nombre des prises de position. Plusieurs questions cruciales ont été abordées, dont certaines me touchant plus particulièrement, car ayant trait aux musulmans américains », a-t-il déclaré, ajoutant : « Ce n’est pas encore une approbation ferme et définitive de sa candidature, mais sa personnalité rassembleuse, sa capacité d’écoute, l’authenticité de son engagement et sa volonté de favoriser la concorde nationale plaident incontestablement en sa faveur ».
« Mon administration, si j’accédais aux plus hautes responsabilités, constituerait un véritable bouclier pour les droits de l’Homme, les protégeant de la haine et du racisme sous toutes ses formes. La valeur américaine de la justice et la valeur islamique de la justice ne font qu’un », clamait Bernie Sanders en 2017, tout en s’insurgeant contre le « décret anti-musulmans » marqué du sceau de l’infamie : celui de l’ère Trump.