Située en plein cœur de la région du Rif, Al Hoceima est le théâtre de grandes manifestations protestataires qui, depuis dimanche 28 mai, ont fait tache d’huile dans plusieurs villes du royaume de l’Atlas, dont Marrackech, Casablanca, Fès, Oujda, appelant, sans faiblir, à la libération de Nasser Zefzafi (photo ci-dessus), le leader de la fronde nord-marocaine interpellé lundi par les forces de l’ordre.
Alors que la grogne est montée d’un cran tout au long d’un week-end houleux, marqué par l’arrestation d’une trentaine d’activistes et émaillé de heurts avec la police marocaine, les milliers de manifestants en colère ont dénoncé le tournant sécuritaire pris pour mettre fin au mouvement citoyen Hirak. Ce mouvement, actif depuis six mois, est né de la contestation populaire que la mort atroce du poissonnier Mouhcine Fikri, broyé par une benne à ordures, a déclenchée en décembre dernier. Le malheureux homme contestait la saisie et la destruction de sa marchandise avant que cela ne tourne au drame.
Aux cris de « Nous sommes tous Zefzafi », « Dignité pour le Rif » ou encore « Halte à la militarisation », et sous des banderoles à l’effigie de l’insurgé charismatique du Rif marocain qui s’est attiré les foudres des autorités pour avoir récemment interrompu un prêche dans une mosquée d’Al Hoceima, des milliers de personnes ont envahi à nouveau les rues de la ville, proclamant « Libérez les prisonniers, ou mettez nous tous en prison ! », tout en interpellant durement ceux qui les gouvernent, au risque d’être accusés de crime de lèse-majesté : « Êtes-vous un gouvernement ou une bande de corrompus ? ».
Pour Nezha, une jeune fille de 20 ans d’origine berbère, la stigmatisation insupportable de sa communauté est institutionnalisée. « Avec le gouvernement, il n’y a rien qui marche, toujours les mêmes problèmes, toujours la pauvreté, tu n’as pas le choix. On est toujours rejetés », déplore-t-elle vivement, tandis que Adeal, la quarantaine, un acteur associatif dans le milieu culturel, considère que témoigner de sa solidarité est essentiel « non seulement à l’égard des Rifains, mais à l’égard de tous les Marocains ». « Il s’agit de services publics, d’éducation, de santé, de justice. On ne comprend pas qu’il y ait des injustices sociales, alors que nous ne sommes pas un pays si pauvre que cela », a-t-il insisté.
Aux yeux de Omar, un activiste proche du 20-Février, le mouvement contestataire qui a fleuri lors des « printemps arabes », les événements d’Al Hoceïma sont tragiquement révélateurs. « Ce qui se passe dans la région du Rif est d’une gravité exceptionnelle vu le degré de militarisation de la région et le retour de l’arbitraire », pointe-t-il du doigt, avant de renchérir : « On est plus au moment des promesses du roi pendant l’année 2011 d’un avenir meilleur radieux, etc. D’où le besoin de solidarité, de monter des résistance”.
Maroc : la contestation populaire ne faiblit pas à Al Hoceima et dans d’autres villes du royaume

