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Le port du burkini autorisé à Grenoble, non sans déchaîner les passions…

Si, depuis les heures incendiaires de l’été 2016, il y a bien une combinaison aquatique qui n’en finit pas de faire des vagues en France, et pas seulement sur son littoral, jusqu’à provoquer un tsunami de réactions républicaines outrées et outrancières, c’est sans conteste le burkini…

Empoignée, tel le port du voile dans l’espace public, comme l’épouvantail des plages et des piscines, la fameuse parure de bain respectant la pudeur musulmane revient, depuis six ans, sous les feux de l’actualité brûlante, dès les premiers rayons de soleil. Un bien redoutable privilège.

La saison estivale ne bat pas encore son plein, les esprits ne se sont pas encore échauffés sous la chaleur accablante des mois de juillet ou d’août, et pourtant, à Grenoble, le burkini refait précocement parler de lui… S’il suscite toujours autant de remous, la décision courageuse de l’autoriser dans les bassins municipaux, prise avec l’assentiment plein et entier du maire écologiste, Eric Piolle, déchaîne, elle, les passions… politiciennes !

Eric Piolle, maire de Grenoble

Lundi 16 mai fut un jour à marquer d’une pierre blanche pour les Grenobloises, adeptes du maillot intégral. Par 29 voix pour, 27 voix contre et deux abstentions, la délibération portant sur la modification du règlement des piscines a été adoptée hier, en conseil municipal, dans la cité phare de l’Isère, à l’issue de joutes oratoires enflammées.

A l’instar des piscines municipales de Rennes où le port du burkini est permis, les piscines gérées par la ville de Grenoble ouvriront leurs portes aux baigneuses en maillot intégral ou bien seins nus durant l’été, à compter du 1er juin. La juxtaposition des deux offrira sans nul doute un contraste saisissant… 

A moins que d’ici là, après avoir été diabolisé et criminalisé, comme ce fut le cas aux heures les plus chaudes de l’été 2016, notamment à Cannes et à Nice, le burkini ne fasse l’objet d’un bras de fer judiciaire, et ne finisse par boire la tasse à Grenoble. 

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En effet, la préfecture de l’Isère a annoncé sa ferme intention de saisir le tribunal administratif, « conformément aux instructions reçues du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin »

« Cette délibération, dont l’objectif manifeste est de céder à des revendications communautaristes à visées religieuses, paraît contrevenir au principe de laïcité posé par la loi de 1905 ainsi qu’aux dispositions de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République », pouvait-on lire dans son communiqué officiel. 

Stoïque dans la tempête, le maire de Grenoble, Eric Piolle, pour qui « la laïcité se joue ailleurs que dans les piscines », campe sur ses positions qui font du respect de la liberté individuelle une priorité.

Se défendant de « céder à des revendications communautaristes à visées religieuses », l’édile  justifie l’autorisation du port du burkini sur ses terres, ou plutôt dans ses bassins, en ces termes : que « chacun puisse se rafraîchir vêtu.e ou dévêtu.e comme il ou elle veut, tant que la loi est respectée. Oui, les seins des femmes pourront être libérés, comme ceux des hommes (…) Vous voulez venir les seins nus, venez les seins nus. Vous voulez venir avec un maillot couvrant pour vous protéger du soleil ou pour une raison religieuse, vous pouvez le faire aussi ».

A l’autre bout du monde, depuis ses ateliers de Sydney qui fabriquent des burkinis à grande échelle, on n’ose imaginer ce que doit ressentir la styliste australienne d’origine libanaise, Aheda Zanetti… Sans doute de l’effarement devant l’hystérie à la française autour de la parure de bain qu’elle a conçue il y a déjà dix-sept ans, en 2005, et dont le succès international ne se dément pas, tant auprès des femmes musulmanes que non musulmanes. 

La créatrice du burkini, Aheda Zanetti

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