Dans une Inde passée aux mains du parti ultranationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP), et dont l’homme fort, Narendra Modi, se fait l’impitoyable persécuteur de la minorité musulmane, les mariages interconfessionnels, déjà passablement honnis, représentent des défis extrêmement périlleux.
Ces alliances dangereuses, considérées comme contre nature, demeurent rares et sont toujours source d’âpres conflits familiaux et sociétaux, que la violente répression politique qui s’abat actuellement sur les musulmans exacerbe comme jamais.

Mais à Chhattisgarh, l’un des trois récents Etats indiens créés le 1er novembre 2000, la justice ferait-elle preuve d’une clémence inhabituelle envers un couple de jeunes mariés ayant bravé l’opprobre général ?
La Cour suprême locale, saisie d’une affaire au fort retentissement, relative à l’union scellée entre une jeune femme hindoue et un jeune homme musulman, lequel s’est converti à l’hindouisme afin d’être accepté par sa belle-famille, semble vouloir faire montre de magnanimité.
En effet, face aux parents très remontés de l’épouse, qui contestent vigoureusement la sincérité de la conversion de leur gendre, l’accusant de s’être livré à un « simulacre », et passent outre la volonté clairement exprimée par leur fille de vivre auprès de son mari, la plus haute instance juridictionnelle fédérale a rendu mercredi un premier arbitrage en faveur des époux.
Se disant soucieux avant tout de « l’avenir de la jeune femme », le juge Arun Mishra a déclaré solennellement : « Nous ne sommes pas contre le mariage interreligieux ou inter-caste, et en l’occurrence nous ne sommes pas opposés au mariage entre une hindoue et un musulman ». Il a également insisté sur le fait que l’homme se devait d’être un « mari fidèle, protecteur et aimant ».
A ces mots, l’avocat du père de la jeune femme a redoublé de virulence, clamant que la conversion de l’époux n’était qu’un leurre. « Et si le mari quitte sa femme ? Nous ne sommes pas contre le mariage interreligieux ou inter-caste. De tels mariages devraient être encouragés, mais il faut reconnaître qu’ils sont souvent voués à l’échec, en raison de certains maris peu fiables qui abandonnent leur femme du jour au lendemain », a-t-il lancé.
Avant de statuer définitivement, la Cour suprême de Chhattisgarh a exigé du conjoint, né musulman, qu’il rédige une déclaration sous serment attestant de sa bonne foi, de sa conversion à l’hindouisme et de son changement de nom effectué dans un temple Arya Samaj.