A peine avait-elle fait son entrée sous les ors du Capitole, alternant élégamment entre le port d’un turban et d’un hijab, que Ilhan Omar, l’une des deux premières américaines de confession musulmane élues à la Chambre des représentants, s’attirait les foudres des ultras de tous poils. Ces suprémacistes blancs, furieusement islamophobes, que l’Amérique de Trump a chauffés à blanc et remis en ordre de bataille.
Accusée de vouloir « imposer la loi de la Charia » au Congrès ou encore d’être un cheval de Troie de l’islamisme radical propulsé dans le temple législatif, la représentante des sans-voix du Minnesota, après avoir été couverte d’éloges par ses pairs démocrates, fut odieusement calomniée en décembre dernier.

Elle avait alors préféré en rire, tournant subtilement en dérision les prémices d’une campagne de diabolisation qui allait monter crescendo, jusqu’à ce 21 mars 2019 où un appel téléphonique glaçant lui fit perdre tout sens de l’humour…
Au bout du fil, un homme d’âge mûr éructait de rage, lançant à sa secrétaire qui avait décroché l’appareil : « Travaillez-vous pour les Frères musulmans ? Pourquoi collaborez-vous avec une terroriste ? Dites à Ilhan Omar que je vais lui mettre une balle dans la tête ».
Aussitôt signalée à la police du Capitole, cette menace de mort proférée au téléphone a fait craindre le pire à la première parlementaire voilée des Etats-Unis.
Son mystérieux détracteur, ivre de haine au point de menacer d’attenter à sa vie, n’allait pas rester longtemps un inconnu. Interpellé chez lui, au saut du lit, Patrick Carlineo Jr, 55 ans, un fervent partisan de l’incendiaire de la Maison Blanche, reconnaîtra les faits sans difficulté.
Bien que sous le coup d’une plainte pénale pour avoir « menacé d’agression et d’assassinat un élu américain », et encourant une peine de 10 ans d’emprisonnement ou une amende de 250 000 $, ou bien les deux à la fois, ce dernier a assumé crânement son haut fait d’armes, criant à qui voulait l’entendre qu’il « aime son président et déteste les musulmans radicaux qui se sont infiltrés au sein de la classe politique ».
Combative, vertébrée par de fortes convictions et guère impressionnable, Ilhan Omar a été pour la première fois saisie de peur devant un racisme anti-musulmans à son paroxysme, conduisant aux pires extrémités.
En début d’année, sans pour autant se laisser intimider et revenir sur ses prises de position courageuses concernant Israël et l’insupportable allégeance des Etats-Unis, elle avait été déjà fortement déstabilisée en apprenant qu’elle était devenue la bête noire d’un ultra-nationaliste redoutable, Christopher Paul, lieutenant des garde-côtes américains de son état, et figurait, à ce titre peu enviable, sur sa « liste noire » des personnalités à abattre. Et comme si cela ne suffisait pas, sa page Facebook et son courriel du Congrès furent inondés de commentaires racistes ignominieux pendant plusieurs semaines.
Tout comme la très engagée Rashida Tlaib, sa coreligionnaire d’origine palestinienne et collègue démocrate au Congrès, sortie victorieuse des élections de mi-mandat dans le Michigan, Ilhan Omar avait à cœur de démarrer son mandat sur les chapeaux de roue, fidèle à ses promesses de campagne.
Même préparée à affronter l’adversité la plus farouche, l’ancienne réfugiée somalienne entrée par la grande porte dans l’histoire de la politique américaine n’imaginait pas, toutefois, qu’elle serait dans le viseur d’islamophobes déterminés à nuire, purs produits de l’Amérique de Trump.
A voir ou à revoir, notre vidéo sur l’entrée au Congrès d’Ilhan Omar et Rashida Tlaib
Etats-Unis : Ilhan Omar, la représentante du Minnesota au Congrès, menacée de mort par un islamophobe
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