Des voix syrienne et saoudienne au parlement israélien légitiment un régime d'apartheid en pleine guerre à Gaza, soulevant des questions éthiques sur la paix.
Pourquoi lire cet article :
- Analyse des discours de paix en contexte de génocide.
- Réflexion sur la normalisation avec un État colonial.
Le 9 juillet 2025, le parlement israélien a accueilli deux invités arabes inhabituels : Shadi Martini, militant syrien en exil, et Abdulaziz Alkhamis, journaliste saoudien. Leur venue visait à promouvoir une vision de « paix régionale », dans le cadre d’un nouveau « lobby pour un arrangement de sécurité ». Une initiative qui s’inscrit dans la logique des Accords d’Abraham, et qui prétend jeter les bases d’une normalisation entre Israël et certains régimes arabes. Mais derrière les sourires diplomatiques et les discours sur la « coexistence », se profile une entreprise de légitimation de l’impensable : celle d’un régime d’apartheid engagé dans un génocide à Gaza.
Un discours “de paix” en plein génocide
Selon les propos rapportés par le Times of Israel, Shadi Martini aurait évoqué une récente rencontre avec le nouveau président syrien Ahmed al-Sharaa, lequel aurait qualifié une éventuelle paix avec Israël d’« opportunité unique, qui ne se présente qu’une fois tous les cent ans ». Mais comment parler de paix avec un État qui, sous nos yeux, mène une guerre d’extermination contre une population civile ?
Depuis octobre 2023, le ministère de la Santé à Gaza fait état de plus de 57 000 morts dans la bande de Gaza. Mais une étude indépendante récente estime que le véritable bilan humain, en incluant les morts violentes (bombardements, tirs, exécutions) et non violentes (faim, soif, blessures non soignées, effondrement des hôpitaux), dépasse désormais les 100 000 victimes. C’est une hécatombe d’une ampleur inédite, que l’on ne peut qualifier autrement que par son nom : un génocide.
Hôpitaux détruits, écoles visées, camps de réfugiés pulvérisés, coupures d’eau et de nourriture systématiques : les faits sont là, documentés par des ONG internationales, des journalistes indépendants et des institutions juridiques. La Cour internationale de justice elle-même a reconnu, à travers des mesures conservatoires, la plausibilité de l’acte de génocide.
Dans ce contexte, l’enthousiasme de certaines figures arabes pour un rapprochement avec Israël relève non seulement de l’aveuglement, mais de la complicité morale. Toujours selon le Times of Israel, le journaliste saoudien Abdulaziz Alkhamis aurait, lui, appelé Israël à « s’engager pour la coexistence ». Une rhétorique diplomatique aussi creuse que cynique. Peut-on sérieusement évoquer la coexistence avec un État qui colonise, expulse, nie les droits nationaux d’un peuple et organise méthodiquement sa destruction physique, sociale et politique ? Ce langage de façade ne sert qu’à blanchir les crimes en cours et à préparer les opinions à accepter l’inacceptable : une paix sans justice, sans mémoire, sans reconnaissance des droits des Palestiniens. Une paix des élites, négociée loin des peuples et contre leur volonté.
Ce qu’il faut dire, haut et fort : on ne négocie pas la paix avec un État qui mène un génocide. On ne normalise pas avec un pouvoir colonial. La paix véritable, la seule qui mérite ce nom, ne peut naître que sur les ruines du système d’apartheid, avec la reconnaissance pleine et entière des droits du peuple palestinien : droit à l’autodétermination, droit au retour, fin de l’occupation et démantèlement des colonies. Tant que ces conditions ne seront pas remplies, tous les discours sur la « paix régionale » ne seront que des leurres diplomatiques. Et ceux qui y participent — consciemment ou non — devront répondre à l’Histoire, et aux peuples qu’ils prétendent représenter.



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