Au lendemain du premier tour de la présidentielle tunisienne, mémorable à plus d’un titre, sur lequel le vent de la démocratie a soufflé, à travers notamment des joutes oratoires télévisées inédites à faire pâlir d’envie les pays voisins, deux faits marquants ressortent : la forte abstention (seulement 45,02% de Tunisiens sur les 7 millions convoqués aux urnes ont rempli leur devoir électoral contre 64% en 2014) et l’incertitude qui plane encore sur les résultats officiels.
En effet, même si deux candidats portant la casaque « anti-système » semblent, ce lundi 16 septembre, caracoler en tête de la course au pouvoir suprême – les outsiders Kaïs Saïed, un expert en droit constitutionnel, et Nabil Karoui, le magnat de la télévision embastillé depuis un mois – l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), chargée de veiller au bon déroulement du scrutin national, statuera au plus tard demain, mardi 17 septembre.

Interviewé par l’AFP, le politologue Hamza Meddeb a analysé ce premier tour qui, si les chiffres officiels le confirment, aura décidément réservé bien des surprises. La présence au second tour d’un candidat mis derrière les verrous étant de loin la plus renversante…
« C’est le signe d’une désaffection très profonde vis-à-vis d’une classe politique qui n’a pas répondu aux attentes économiques et sociales », a commenté ce dernier. A ses yeux, ces premières estimations en faveur des « outsiders » traduiraient « le dégoût de la classe politique ».
Si d’aucuns se réjouissent du calme apparent et rassurant qui a régné lors du premier tour d’un scrutin lourd d’enjeux, le Premier ministre Youssef Chahed, d’ores et déjà annoncé comme l’un des grands perdants de l’élection, a fait part de son inquiétude devant la faible participation qu’il estime « mauvaise pour la transition démocratique ». Se projetant sans tarder vers l’étape suivante, ô combien essentielle pour l’avenir du pays, il appelle de ses voeux l’union des Démocrates pour les législatives.
En ce dimanche 15 septembre, les appels vibrants à se rendre vers les isoloirs lancés, une heure avant la fermeture des bureaux de vote, particulièrement à l’adresse de la jeunesse tunisienne, par Nabil Baffoun, le président de l’Isie, n’ont manifestement pas eu la résonance escomptée.
Le deuxième tour décisif de la présidentielle tunisienne verra-t-il s’affronter en octobre les deux rivaux que tout oppose : à savoir le discret et « hyperconservateur » Kaïs Saïed, 61 ans, lequel, bien que dépourvu d’une machine de guerre partisane, totaliserait près de 19% des suffrages, au très médiatique Nabil Karoui, 56 ans, l’homme d’affaires considéré comme le « populiste » des deux, qui réaliserait le tour de force de recueillir 15% des voix depuis la prison où il croupit ?
Les heures qui viennent trancheront la question de manière irréfutable, de même qu’elles décideront ou non de la remise en liberté de Nabil Karoui.
Une nouvelle âpre bataille, faite de tractations et exhortant les électeurs à ne pas bouder les urnes, devrait s’engager dès lors, alors qu’un autre défi de taille se dresse déjà sur la route des partis politiques tunisiens : les législatives prévues le 6 octobre prochain.
Selon les premières estimations, les deux candidats « anti-système » devanceraient largement les candidats considérés comme appartenant au système : Abdelfattah Mourou, issu du parti islamo-conservateur Ennahda, serait crédité de 11 % des suffrages, suivi d’Abdelkrim Zbidi (9,4 %) et de Youssef Chahed (7,5 %), respectivement ministre de la Défense et chef de gouvernement.