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Mosquée Brest : le président du CRCM Bretagne décrit “une communauté musulmane sous le choc” et appelle au “bien vivre-ensemble”

Au lendemain de l’agression par balles survenue à Brest, devant la mosquée Sounnah, qui a pris pour cible l’imam Rachid El Jay et un fidèle, et alors que les premiers éléments d’information sont largement relayés et commentés sur les réseaux sociaux, Oumma a souhaité recueillir le sentiment d’une figure musulmane incontournable à l’échelle locale : Mohamed-Iqbal Zaïdouni, président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Bretagne.
Habitué à être sur tous les fronts, cet homme de dialogue multi-casquettes, tout à la fois prédicateur, aumônier de prison et conférencier, qui s’emploie à déconstruire les islamalgames ravageurs et se fait le chantre de la devise républicaine « Liberté, Egalité et Fraternité » qu’il a gravée au fond de son cœur, se dit bouleversé par ce qu’il qualifie « d’attaque islamophobe caractérisée ».
Il est à noter que le procureur de la République de Brest, Jean-Philippe Récappé, écarte pour l’instant la thèse de l’attentat – « Les éléments recueillis à l’heure qu’il est ne permettent pas de considérer qu’il s’agit d’un attentat » – et confirme le suicide du tireur – « tout laisse à penser qu’il se soit suicidé » – non sans avoir révélé une information pour le moins stupéfiante : « Il avait envoyé un courrier à l’imam de Lille qui lui-même l’avait retransmis à l’imam de Brest, mais la police n’était pas au courant », a-t-il indiqué ce matin.
Submergé par l’émotion au fil de notre entretien, Mohamed-Iqbal Zaïdouni nous a fait part de sa réaction la voix tremblante, quelques instants avant de se rendre à la mosquée pour y diriger la grande prière collective du vendredi. Une prière qui s’est élevée vers le Très-Haut avec une intensité particulière, à l’heure où toutes les pensées vont vers les deux victimes de cet acte criminel odieux et où une peur irrépressible gagne les rangs de la communauté musulmane, en Bretagne et partout en France.

A la question de savoir s’il avait eu connaissance du fameux courrier adressé par l’agresseur de Rachid El Jay, Mohamed-Iqbal Zaïdouni nous a répondu en nous invitant à la « plus grande prudence ».
« Au moment où nous parlons, c’est un choc immense que nous ressentons ici. Il faut manier les informations avec prudence et discernement, je sais que les réseaux sociaux ne fonctionnent qu’à coups de buzz, mais il ne faut pas tomber dans ce travers. Tout ce que je peux dire avec certitude, c’est que Rachid El Jay ne semblait pas du tout inquiet, et ne m’a jamais dit qu’il était l’objet de menaces. Il avait été menacé par Daesh, il y a deux ans de cela, mais en dehors de ça, rien à ma connaissance. Je me suis entretenu avec lui hier matin au téléphone, rien dans sa voix ne trahissait une quelconque anxiété. Aussi, ai-je été abasourdi d’apprendre qu’on lui avait tiré dessus dans l’après-midi ».
Concernant les motivations du défunt agresseur présumé, dont l’identité n’a toujours pas été divulguée, Mohamed-Iqbal Zaïdouni s’en remet à la justice et aux forces de l’ordre pour éclaircir toutes les zones d’ombre. « Je sais qu’il s’est fait passer pour un journaliste, désireux d’interviewer Rachid, d’où sa demande de faire une photo devant la mosquée. Et, en fait d’appareil photographique, il a sorti une arme et a tiré sur nos deux malheureux frères qui se sont fait piéger », nous a-t-il confié, consterné.
« Je suis convaincu que le tireur est de la région, à cause de sa voiture notamment », a-t-il ajouté, renchérissant : « Je sais pertinemment que Rachid était controversé, moi-même, je n’étais pas d’accord avec certains de ses points de vue ou interprétations du Coran, mais il avait beaucoup évolué et de manière très positive. Il avait suivi une formation d’imam mise en place sous le ministre Cazeneuve ».
Alors que la tragédie de Christchurch est à nouveau sur toutes les lèvres et tourmente les esprits, Mohamed-Iqbal Zaïdouni, qui en avait été très affecté, frémit à l’idée que l’attaque d’hier aurait pu connaître une issue tragique. « Rachid El Jay a été opéré avec succès. Le pronostic vital de nos deux frères n’est pas engagé, Hamdoulillah », a-t-il souligné en poussant un soupir de soulagement.
En proie à une profonde tristesse mêlée d’indignation, le président du CRCM de Bretagne a exprimé l’ambivalence de ses sentiments. Appelant avec force ses coreligionnaires à « ne pas céder aux provocations, à rester fidèles aux valeurs humanistes de l’islam, à privilégier le bien vivre-ensemble, à prier pour leur communauté et l’avenir de leurs enfants dans une France des droits de l’homme solidaire et fraternelle », il a également tiré la sonnette d’alarme sur les graves conséquences de l’exacerbation de l’islamophobie.
« Personne ne saurait remettre en cause la liberté d’expression, mais on ne devrait pas la sacraliser au point de permettre que l’islam soit constamment dénigré et diabolisé. C’est d’abord et surtout la vie humaine qui doit être sacralisée ! », a-t-il clamé, avant d’avoir une pensée émue pour toutes les victimes innocentes du terrorisme aveugle, à Christchurch, Paris, sans oublier le martyre subi par le père Hamel.
Et de poursuivre : « Sans jouer la carte de la victimisation, je tiens quand même à dire haut et fort que la communauté musulmane souffre en silence depuis trop longtemps. Nous avons peur pour notre communauté, nous avons peur pour nos femmes, pour nos enfants. Nous voulons être des citoyens à part entière, et pas des citoyens à part constamment stigmatisés et livrés à la vindicte ! Nous attendons de l’Etat qu’il reconnaisse et protège tous ses enfants, sans exclusive ».
Mohamed-Iqbal Zaïdouni conclura notre entretien par un vibrant rappel historique. Il s’est effondré en larmes à l’évocation poignante de ses deux oncles marocains qui, à 18 et 20 ans, à l’âge de tous les possibles, sont morts pour la France, au cours du cataclysme de la Seconde Guerre mondiale.
« Je pense aujourd’hui à tous nos valeureux combattants oubliés, issus des colonies françaises, qui sont tombés au front pour la France, pendant les deux guerres mondiales. Il est essentiel de rappeler à nos concitoyens français que des musulmans, nos pères, grands-pères et aïeux, ont lutté pour la liberté et la souveraineté de la France au péril de leur vie, aux heures les plus sombres de son histoire récente ».
 
Propos recueillis par la rédaction Oumma

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