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“Mon fils va entrer au Paradis”. Le cri déchirant de Khalid Chouhbi lors de la Marche blanche en mémoire de son fils Sabri

Sur les tréteaux qui avaient été dressés hier, jeudi 21 mai, à Argenteuil (Val-d’Oise), le cri de douleur d’un père, dévasté par la mort violente de son fils, s’est élevé dans le ciel bleu, déchirant le cœur des milliers de personnes qui s’étaient rassemblées pour l’écouter, au terme de la Marche blanche poignante organisée en mémoire d’un être lumineux qui s’est éteint trop tôt : le jeune Sabri, 18 ans, tué dans un accident de moto, dans la nuit de samedi à dimanche, à proximité d’une voiture de police.
La voix étranglée par les sanglots et le visage marqué par la souffrance, Khalid Chouhbi, ce père courage, a toutefois trouvé la force de monter sur scène. Debout, derrière la bannière « Lumière(s) pour Sabri » qui l’habillait et le portrait de son enfant souriant qui y était accroché, il a rendu un hommage bouleversant à la chair de sa chair, non sans s’être excusé de ne pas maîtriser parfaitement le français, alors que son chagrin incommensurable est indescriptible… même en puisant dans l’infinie richesse de la langue de Molière.

Khalid Chouhbi

 Le défunt jeune Sabri

« Je vous remercie beaucoup, beaucoup, pour vos soutiens, pour tout ce que vous avez fait pour mon fils Sabri que j’ai perdu, il avait 18 ans, pour le trajet que vous avez fait. Je vous aime de tout mon cœur, Sabri vous aime ! », s’est-il exclamé devant une assistance émue aux larmes, qui l’a applaudi avec chaleur. Les yeux levés vers le firmament et l’index pointé vers le Très-Haut, il a déclaré submergé par l’émotion : « Il y a beaucoup, beaucoup de chagrin. Mon fils était mon copain, il était mon ami, et là il est parti et je suis seul. Mais Hamdulillah, mon fils, il est là, il va entrer au Paradis, il est aimé par Dieu, c’est sûr ».
La fin tragique du jeune Sabri, qui survient à l’issue d’une période de confinement de tous les dangers dans les quartiers populaires, émaillée de dérives policières alarmantes et de leur banalisation non moins effrayante, endeuille les derniers instants du mois béni de Ramadan, tout en faisant planer, une fois encore, l’ombre de la suspicion sur la version officielle des faits.
Le destin brisé de cet adolescent sans histoire, à la stature imposante (il mesurait 1m90), passionné de moto et de Taekwondo, et unanimement décrit comme « gentil, souriant, une bonne personne », a non seulement anéanti toute une famille, mais aussi les habitants d’Argenteuil, parmi lesquels nombre de jeunes, inconsolables, pleurent aujourd’hui la perte d’un ami formidable. Tous frémissent à l’idée qu’un tel drame aurait pu leur arriver ou à l’un de leurs proches.

Alors qu’une enquête a été diligentée dimanche par le parquet de Pontoise pour déterminer les circonstances du décès du regretté jeune garçon, ils sont nombreux à ne pas prendre pour argent comptant les premières conclusions judiciaires, jugées pour le moins hâtives par les avocates de la famille de Sabri, Mes Lucie Simon et Camille Vannier.
Après seulement deux jours d’enquête, le parquet estime déjà que le conducteur de la moto, non casqué, « se serait déporté sur le trottoir pour continuer son chemin », avant de percuter l’un des poteaux sur ce trottoir lui-même « étroit et semé d’obstacles ». Ce à quoi, les avocates de la famille de la victime rétorquent : « Il reste des zones d’ombre. On peut émettre des hypothèses : il y a pu avoir une course-poursuite avant, ils (les policiers de la BAC) ont pu lui barrer la route, voire plus, essayer de l’interpeller. L’enquête doit aborder toutes les possibilités ».
Elles ont annoncé qu’une plainte sera déposée prochainement par les parents cruellement éprouvés de Sabri, qui exigent légitimement toute la « Lumière » pour leur fils.

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