Pour un malheureux message écrit à la sauvette, à cet âge où, comme le disait l’illustre poète Arthur Rimbaud, “on n’est pas sérieux”, la jeune Ibtissem Mennel a été victime d’un acharnement médiatique d’une violence inouïe ! Qui, en effet, n’a pas le souvenir de cet incroyable déferlement, fait de condamnations, de procès inquisitoriaux, de dénonciations sans fin, qui s’est abattu sur la malheureuse !
Des voix sévères, implacables, exigeaient que Mennel soit exclue, séance tenante, de l’émission The Voice, tandis que d’autres, haineuses au possible, tentaient de démontrer, à une opinion désorientée, les prétendus liens de cette adolescente tantôt avec la « pieuvre islamiste », tantôt avec la Confrérie des Frères Musulmans. À l’instar du site Riposte-Laïque. Maintes fois condamnés pour incitation à la haine envers les musulmans, celui-ci a fustigé l’émission The Voice qui a eu l’outrecuidance de « sélectionner une islamiste » poussant l’audace jusqu’à chanter « en arabe » ! D’ailleurs, la chroniqueuse Isabelle Morini-Bosc, le 5 février 2018, dans l’émission Touche pas à mon Poste, s’étonna, à son tour, que, « par les temps qui courent », la jeune femme ait osé interpréter l’illustre chanson Hallelujah en arabe. Sans même s’en rendre compte, celle-ci a versé dans un sinistre amalgame consistant à associer l’arabe, une langue multimillénaire, à la violence terroriste contemporaine. Consternant.
Le journaliste Samuel Laurent, responsable des “Décodeurs” au journal Le Monde, avait pointé du doigt, à l’époque, le rôle de l’organisation prétendument de gauche et controversée, Le Printemps Républicain, dans cette terrible chasse aux sorcières. La composante de droite du spectre identitaire ne fut pas en reste. En témoignent le nombre de tribunes dénonçant la faillite de l’intégration, le danger de l’islamisme radical, la montée inexorable du communautarisme et Dieu sait quoi encore. Ainsi, et ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres, La France confrontée à l’islamisme… Dans cet article, publié dans le Blog du Figaro du 5 février 2018, son auteur, l’éditorialiste Ivan Rioufol, s’élève fébrilement contre ce voile symbole de l’inexorable « islamisation de la communauté musulmane européenne et plus spécifiquement française […] ». Et Très naturellement, sans la moindre gêne, le chroniqueur y parlera, peu avant de conclure, du terroriste Salah Abdeslam… Commencer par le récit d’une jeune étudiante de confession musulmane, Mennel, puis finir par les agissements sanguinaires et criminels d’un exalté impliqué dans les attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 131 victimes, c’est là un étrange glissement l’on en conviendra tous…
Éreintée, à bout, Mennel, de guerre lasse, n’aura d’autre choix que de jeter l’éponge. Grand Dieu comme on la comprend. Qui, au printemps de sa vie, peut effectivement endurer un tel harcèlement ! Qui !
Et l’on apprend, il y a peu, que l’écrivain Yann Moix, se présentant comme le pourfendeur de la haine anti-juive, a trempé sa plume, naguère, dans des médias cultivant un antisémitisme des plus féroces. Pis encore ! Il a été l’auteur de « textes négationnistes » comme le rappelait le journaliste Jean-Alphonse Richard, le 28 août dernier sur le site internet de RTL. Et là, contre toute attente, la machine médiatique s’est comme essoufflée ; et ce avant même d’avoir commencé à tirer ses premières slaves. Là où l’on s’attendait à un ouragan de commentaires incendiaires, de demandes de mise au ban, de tribunes plus explosives les unes que les autres, on a eu droit à quelques commentaires éparses ici et là et à des tribunes discrètes ; presque gênées. Certes, quelques voix ont bien dénoncé ces faits « regrettables » que d’aucuns se sont empressés de mettre sur le compte de “l’erreur de jeunesse”. C’est le cas de Monsieur Bernard Henri Levy qui, dans le journal Le Point, a publié ce dimanche 1er septembre une lettre ouverte prenant la défense de Yann Moix dont il « croit » le « repentir » sincère.
Loin de nous de douter de l’évolution positive de Yann Moix. Celui-ci, de toute évidence, a réussi à terrasser la « bête immonde » qui avait élu domicile dans son esprit tourmenté. C’est même à saluer. Non. Notre propos est tout autre. Il est un cri de rage contre cette injustice criante consistant à cloué au pilori, ici, une jeune musulmane dont on n’a pas pardonné un ou deux messages réprouvables, écrits à la va-vite, alors même qu’elle n’était encore qu’une adolescente et, là, à jeter délicatement un voile discret sur les textes atrocement racistes d’un littérateur aujourd’hui célèbre et puissant.
De toute évidence, la machine médiatique et une certaine presse semblent plus prompte à s’emballer lorsque l’individu qui a tenu des propos contestables est de culture ou de confession musulmane. Ces iniquités, qui en disent long sur le rapport crispé qu’une certaine France entretient avec l’altérité musulmane, doivent cesser. Ne sont-elles pas comme une flétrissure sur le dos de la République qui ne saurait tolérer que des citoyens soient plus brimés selon qu’ils soient de telle ou telle confession ? Car c’est bien de cela dont il s’agit, en définitif. Ajoutons qu’un tel traitement, marqué au coin de l’injustice, ne fait qu’alimenter le ressentiment d’une fraction de la population française. Celle-ci ne comprenant pas pourquoi, en effet, l’une, Mennel Ibtissem, a subi l’impitoyable courroux d’une partie de l’intelligentsia française tandis que l’autre, Yann Moix, a bénéficié d’une mansuétude somme toute bienveillante…
Comme l’a dit naguère le regretté Coluche :« Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres »
L’affaire Yann Moix ce révélateur d’injustice…

