Chantre du dialogue interreligieux au sein de l’association « Ensemble avec Marie », Gérard Testard parle d’or dans cette chronique sur Oumma, où il prône la paix et la fraternité face à la peur, et ses sinistres artisans. A l’heure où plane plus que jamais sur la France la menace de l’extrême droite, semeuse de haine et de division, son intervention, hautement spirituelle, prend une forte résonance.
Verbatim
Que la paix soit sur chacun d’entre vous. L’urgence de la paix est aujourd’hui une réalité face à des situations mondiales graves et explosives : guerres, conflits ethniques, terrorisme, conflits religieux interminables comme en Israël-Palestine. Des accords internationaux sont remis en cause, notamment avec l’Iran. Les inégalités sociales, les violences faites aux femmes et la crise climatique engendrent des migrations inévitables.
La guerre est la mère de toutes les pauvretés – aucun développement économique n’est possible en situation de conflit. Ce sont toujours les plus démunis qui souffrent le plus des violences.
L’Église a un texte intitulé “Paix sur la terre” qui affirme que “le croyant résiste aux tentations de la violence, aux intimidations et aux mensonges. Il vit la paix car il la reçoit de Dieu. Cette paix, dans le cœur du croyant ou d’une communauté, est contagieuse.” Le moine russe Séraphin de Sarov (mort en 1833) disait : “Acquiers la paix intérieure et des milliers auprès de toi trouveront le salut.”
La paix est identifiée au salut divin, c’est le nom même de Dieu. Pour les chrétiens, Jésus a dit “Je suis la paix” et saluait ses disciples par “La paix soit avec vous”. En 2016 à Assise, lors du 20e anniversaire de la prière interreligieuse initiée par Jean-Paul II, le Pape François a déclaré : “Seule la paix est sainte.”
Nous devons garder de grands rêves de paix, particulièrement les jeunes, plutôt que de céder au réalisme qui mène à l’inaction et au repli communautaire. C’est possible d’agir à son niveau – j’ai ainsi fondé Ephésia pour développer une culture de la rencontre avec l’autre, qu’il soit pauvre, d’une autre religion ou migrant. Cette démarche d’altérité évite les replis et génère un meilleur vivre-ensemble. C’est un enjeu sociétal majeur : il faut dépasser nos intérêts personnels pour aller vers l’autre et créer du nouveau.
À la culture de la peur, née de la méconnaissance mutuelle, nous devons opposer la culture de la rencontre. Le sentiment d’impuissance nous pousse au repli sur soi. La Bible elle-même évoque la peur et nous invite constamment à la dépasser. Jean-Paul II avait d’ailleurs commencé son pontificat par ces mots simples : “N’ayez pas peur.”
Prenons l’exemple de Marie, figure centrale de nos deux religions. Même elle, la plus parfaite des créatures, a connu la peur lors de l’Annonciation. Dans la Bible, l’ange Gabriel lui dit : “Sois sans crainte Marie, car tu as trouvé grâce aux yeux de Dieu.” Dans le Coran, la sourate 19 (Maryam) évoque aussi sa crainte face à sa conception virginale incompréhensible. Au verset 17, il est dit : “Nous lui avons envoyé notre esprit qui se présenta à elle sous la forme d’un homme parfait.” Après l’enfantement, dans sa détresse, c’est l’enfant lui-même qui la console.
La foi transforme la peur. Elle peut déplacer des montagnes, mais nous restons souvent à leur pied. Ne renonçons pas à lutter pour la paix, comme il est si souvent répété dans le Coran : “Que la paix soit sur lui. Que la paix soit sur toi.” Gardons nos cœurs ouverts à l’amour et à l’espoir, avec la foi comme moteur.
La paix n’est pas qu’une affaire politique, c’est un choix personnel qui engage notre cœur, notre vie et nos relations. Nos communautés doivent être des réservoirs de paix, car c’est en relation avec Dieu et en communauté qu’on acquiert la paix. Si nos religions peuvent engendrer la violence quand on s’y crispe, elles sont avant tout des sources de paix.
La paix est trop sérieuse pour être laissée aux seuls politiques et diplomates. C’est l’affaire de tous les croyants – chrétiens, musulmans et autres – et de chacun d’entre nous. C’est notre mission commune. Que la paix soit sur vous, que la paix soit avec vous.

