Indésirables en Chine où la main de fer de Pékin les persécute sans relâche depuis cinq ans, à coup de mesures liberticides qui bafouent leur liberté religieuse, criminalisent l’étude du Coran, mais aussi l’observation du jeûne du Ramadan, le port de la barbe et du voile, les Ouïghours – cette minorité musulmane de la province autonome du Xinjiang opprimée en silence, au nom d’une lutte anti-terroriste qui a bon dos – ne sont pas les bienvenus en Egypte, à la consternation générale.
Le rouleau compresseur chinois, qui s’évertue à broyer la résistance de 10 millions de fidèles, s’étendrait-il au-delà des frontières, jusque sur une terre musulmane dont on s’attendrait à ce qu’elle soit un lieu de refuge, voire un havre de paix, et non une jungle inhospitalière où la répression s’abat avec une violence insupportable ?
Tout porte à le croire si l’on en juge par les témoignages accablants diffusés sur les réseaux sociaux – certains ayant été effacés par crainte de représailles politiques – qui dénoncent une « traque d’envergure » menée par une police égyptienne redoublant de zèle, s’insurgeant contre des centaines de « rafles et arrestations arbitraires » qui ont pris dans leurs filets des étudiants ouïghours de la prestigieuse université Al-Azhar, jetés en prison au Caire, avant d’être renvoyés manu militari vers l’enfer chinois.
Si la dictature au pouvoir ne dit mot au sujet de cette chasse aux sorcières implacable, dont il y a plus de honte que de gloire à tirer, la toute-puissante Chine de Xi Jinping semble bien tirer les ficelles à distance, sans que la communauté internationale, toujours aussi pusillanime et cynique, ne s’en émeuve.
L’Egypte, placée sous le joug du despote Sissi, est donc très impliquée dans la « dernière étape d’un processus de répression mené depuis un an par la Chine », pourchassant et, au final, sacrifiant des musulmans ayant fui la tyrannie chinoise sur l’autel de ses intérêts économiques. Bras armé de Pékin sur leur propre territoire national, les autorités égyptiennes frappent d’autant plus fort sur les ressortissants ouïghours que de juteux contrats ont été scellés avec le précieux allié chinois.
Ce qui vaut bien de durcir le ton et de faire monter la répression d’un cran, comme l’observe avec effroi Abulaziz, un Ouïghour diplômé d’Al-Azhar depuis trois ans qui enseigne la théologie aux étudiants de sa communauté, lui-même victime de cette offensive haineuse exécutée pour le compte de Pékin.
« Mon père et mon frère ont été arrêtés. Cela fait quatre mois que je n’ai plus de nouvelles d’eux. Nous sommes traqués en Égypte, où nous sommes nombreux à venir étudier, c’est donc la dernière étape de ce processus de répression mené par la Chine, et auquel l’Égypte accepte visiblement de prendre part. Ce que nous avons vécu ces derniers jours au Caire est sans précédent, alors que notre vie a toujours été paisible en Égypte », déclarait-il le 3 juillet dernier, en songeant à déserter les lieux.
Derrière le paravent de la lutte contre le « terrorisme islamiste », Pékin n’en finit pas de déployer un impressionnant arsenal répressif contre ses boucs émissaires turcophones tout désignés du Xinjiang, au risque de « faire émerger » pour de bon l’engeance du mal qu’il « prétend combattre ».
Inquiet devant cette stratégie de la terreur orchestrée avec la complicité active de l’Egypte, Abdulaziz redoute plus que tout ses effets ravageurs à court et moyen terme : « Quand je discute avec les nouveaux étudiants ouïghours qui arrivent de Chine, je suis saisi par le discours radical que certains d’entre eux prônent désormais. Face à la répression dont ils sont victimes au quotidien au Xinjiang, la propagande de l’EI devient séduisante et elle parle à leur sentiment de colère et de révolte. En tant qu’enseignant, j’essaye de déconstruire ce discours qui est bien loin de l’essence de notre religion. Mais les autorités chinoises doivent comprendre qu’à force de réprimer les Ouïghours, elles vont finir par faire émerger le terrorisme islamiste qu’elles prétendent combattre ».
Azhar uyghur student's apartments after police raid
埃及艾滋哈尔大学维吾尔学生住处遭埃及警察突袭 pic.twitter.com/tD4jg4CzJc— Uyghur from E.T☪ (@Uyghurspeaker) July 6, 2017
Subhan Allah After Fajr Salaat I saw a news that yesterday around 50 #Uyghur students arrested in #Cairo because of Studying #Islam pic.twitter.com/5kMZ6rjpL3
— Abdugheni Sabit (@AbdugheniSabit) July 5, 2017

