Info ou intox ? Fallait-il voir derrière la photo de la chevelure pixelisée d’Angela Merkel, la chancelière allemande, la main invisible de la censure saoudienne qui n’aurait pas craint de flouter les cheveux de l’hôte de marque du roi Salman ben Abdelaziz Al-Saoud, ni de créer quelques remous diplomatiques au beau milieu d’une visite officielle, la première depuis 2010 ?

Devenue virale à la vitesse de la lumière, cette capture d’écran qui a fait beaucoup gloser sur les réseaux sociaux, certains assurant qu’elle était l’œuvre d’une émission de télévision saoudienne, tandis qu’une dénommée Sarah Abdallah, prétendument géopolitologue libanaise, confirmait sa véracité sur Twitter en affirmant « ce n’est pas une blague », a contraint ses auteurs à révéler le pot aux roses : c’était un détournement satirique de la prise de vue originale, sur laquelle Angela Merkel n’avait visiblement pas eu à souffrir du rigorisme religieux du royaume wahhabite…
Alors que le vrai du faux a fini par être démêlé, les responsables de la page Facebook « Khase News », qui ont voulu faire passer la monarchie absolue des Saoud pour plus rigide qu’elle n’est, ont confié au journal britannique iNews avoir usé de l’ironie afin de délivrer un message à caractère politique.
« La photo critique le fait qu’en Arabie saoudite, il est interdit à une femme de montrer ses cheveux. Pourtant, quand un puissant comme Merkel vient, le régime ne trouve rien à redire à ce sujet », a fustigé le porte-parole.
De son côté, Angela Merkel, dont pas un cheveu ne dépassait de sa coupe soignée, s’est félicitée, dimanche, des « améliorations notables de la situation des femmes saoudiennes », déclarant à Arab News : « J’ai l’impression que le pays a amorcé une phase importante de changements et que beaucoup plus de choses semblent possibles qu’auparavant ». Au cours de ses échanges manifestement fructueux avec le roi Salman, la chancelière allemande a scellé un accord visant à créer un fonds de 200 millions de dollars qui seront alloués spécifiquement à l’autonomisation des femmes.