En proie à des flammes ravageuses, qui aurait pu imaginer qu’à l’horreur d’incendies meurtriers qui, depuis le 8 août, embrasent la région de Kabylie, viendrait s’ajouter celle, absolue, insoutenable, d’esprits qui s’embrasent, au point de commettre un lynchage atroce, d’un autre âge et d’une injustice si cruelle ?
Un lynchage abominable qui, sous le ciel incandescent de la wilaya de Tizi Ouzou, a brutalement plongé la commune de Larbaâ Nath Irathen, théâtre du drame, dans les ténèbres de la barbarie moyenâgeuse. Un lynchage qui hantera longtemps les mémoires dans une Algérie fortement commotionnée, depuis ce mercredi 11 août funeste.
« Je suis arrivé hier […]. Je suis venu soutenir mes frères. Ils m’ont donné une leçon de solidarité, de courage et de force ». Ces belles paroles qui, rétrospectivement, prennent une résonance bouleversante, ont été prononcées face caméra par le supplicié Djamel Bensmaïl, 34 ans, ce bienfaiteur venu secourir la population en détresse de Larbaâ Nath Irathen, quelques heures avant de connaître une fin tragique. Celle du martyr qu’il est désormais devenu.
Au micro de la chaîne Aures TV, il indiquait être arrivé dans le courant de la nuit, tout en insistant sur le fait que les habitants de la région ne disposaient pas d’eau potable, ni de gaz, et encore moins d’électricité ou encore de réseau téléphonique.
Victime d’un terrible déchaînement de violence, roué de coups, lynché, avant d’être brûlé vif par des individus mués en meute sauvage, le jeune volontaire algérien, altruiste et plein d’allant, était originaire de Miliana où il était connu en tant qu’artiste. Il a subi un sort d’autant plus effroyable qu’il est foncièrement inique, puisqu’il n’avait rien du pyromane pour lequel des hommes, emportés par une fureur collective inextinguible, l’ont pris.
Comment un tel scénario d’épouvante a-t-il pu se produire ? Une enquête a été immédiatement diligentée par le parquet de la ville qui pleure aujourd’hui le défunt Djamel Bensmaïl, au cœur d’une Algérie sous le choc.
Bien que douloureusement éprouvé, son père, admirable de courage et de dignité, a lancé un appel poignant à l’unité, à la sagesse, à la fraternité.

