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Calculs astronomiques ou vision locale ?

La question de privilégier les calculs astronomiques en France plutôt que la vision locale du croissant lunaire soulève des enjeux scientifiques et communautaires.POURQUOI LIRE :
  • Comprendre les limites de la visibilité du croissant lunaire en France.
  • Découvrir les divergences parmi les juristes musulmans sur cette question.
  • Explorer l'importance des calculs astronomiques dans l'organisation du calendrier lunaire.

Question

Pourquoi privilégier les calculs astronomiques en France plutôt que la vision locale, qui demeure possible, notamment avec l’aide d’instruments d’observation ?

Réponse

La vision locale du croissant lunaire pour déterminer le début des mois lunaires en France n’a pas été retenue. Ce choix repose sur plusieurs raisons scientifiques, juridiques et communautaires.

1. Les limites de la visibilité du croissant en France

Les cartes internationales de visibilité du croissant lunaire montrent que la France ne se situe pas dans une zone de visibilité favorable et régulière. Ces cartes sont notamment publiées par plusieurs centres internationaux d’astronomie.

Très souvent, la visibilité y est impossible (zone rouge) ou non observable (zone blanche). Par exemple, pour l’année hégirienne actuelle 1447, il n’y a que deux mois sur douze durant lesquels l’observation du nouveau croissant est théoriquement possible depuis la France. Dans un cas, elle n’est possible qu’à l’aide d’un télescope. Dans l’autre, elle peut être réalisée soit au télescope, soit à l’œil nu, mais par un observateur expérimenté.

Or le ciel français étant fréquemment couvert par les nuages, l’observation effective devient encore plus difficile. Les conditions météorologiques peuvent également empêcher l’observation du croissant lunaire. En présence de nuages ou de brouillard, le croissant peut être présent mais rester invisible. Dans ce cas, la communauté peut compléter le mois à trente jours alors que le nouveau mois a déjà commencé.

Dans la pratique, le nouveau croissant n’est donc pas observable depuis la France environ dix fois sur douze. Cela conduirait à compléter la plupart des mois à trente jours.

Une méthode destinée à organiser la vie religieuse de millions de fidèles doit être stable et fiable. Dans le contexte géographique et climatique de la France, la vision locale ne peut pas remplir ce rôle de manière régulière.

2. La divergence des savants sur la question

Les juristes musulmans ont divergé sur la question de savoir si la vision du croissant doit être locale ou peut être valable pour l’ensemble de la communauté.

Une partie importante des savants a considéré que la vision confirmée dans une région peut être valable pour l’ensemble des musulmans lorsque l’information est transmise de manière fiable. D’autres savants ont défendu la prise en compte des différences d’horizons.

Cette divergence est connue dans la tradition juridique islamique. Le choix adopté par le Conseil Théologique Musulman de France (CTMF) s’inscrit dans l’un des avis reconnus du fiqh.

3. Le caractère général du hadith prophétique et le rôle des calculs

Le Prophète ﷺ a dit :

« Jeûnez à sa vision et rompez à sa vision. »
(Rapporté par Bukhari et Muslim)

Ce texte est formulé de manière générale et s’adresse à l’ensemble de la communauté musulmane. Il n’établit pas de distinction entre les frontières politiques ou géographiques. Cette généralité a conduit de nombreux savants à considérer que la vision confirmée dans une région peut être prise en compte par d’autres régions.

Le recours aux calculs astronomiques ne vise pas à remplacer la vision mentionnée dans les textes. Les calculs permettent de connaître avec précision les conditions d’apparition du croissant et d’organiser le calendrier de manière fiable.

Le Prophète ﷺ a également dit :

« Nous sommes une communauté qui ne sait ni écrire ni calculer. Le mois est ainsi (29 jours) et ainsi (30 jours). »
(Rapporté par Bukhari et Muslim)

Ce hadith montre que la détermination du mois reposait alors sur un moyen simple et accessible à tous, à savoir l’observation puisque la majorité ne savait pas calculer. Aujourd’hui, les calculs astronomiques sont devenus accessibles et permettent de connaître avec précision les mouvements de la lune.

Leur utilisation ne change pas le principe de la détermination du mois lunaire mais constitue un moyen plus précis d’appliquer ce principe.

4. Les calculs astronomiques comme modélisation de l’observation

Les calculs astronomiques reposent sur l’observation précise des mouvements du soleil et de la lune. Ils permettent de reproduire avec grande précision les conditions d’observation des phénomènes célestes.

Les musulmans utilisent déjà les calculs astronomiques pour déterminer les horaires de prière fondés sur la position du soleil. Personne ne considère que ces calculs ont remplacé l’observation du soleil. Ils en reproduisent simplement les conditions avec précision.

De la même manière, les calculs astronomiques peuvent être utilisés pour connaître les conditions d’apparition du croissant lunaire.

5. Les calculs comme bienfait divin

Le Coran rappelle l’ordre précis établi par Allah dans l’univers :

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« Le soleil et la lune évoluent selon un calcul minutieux. »
(Coran, 55:5)

Les savants expliquent que la sourate Ar-Rahmân énumère les bienfaits d’Allah envers l’humanité. Ainsi, le calcul qui régit les mouvements du soleil et de la lune fait partie de ces bienfaits.

Allah a enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas et lui a permis de découvrir les lois qui organisent l’univers :

« Il a enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas. »
(Coran, 96:5)

Dès lors, interdire aux musulmans l’utilisation des calculs astronomiques liés à la lune reviendrait à les priver d’un bienfait divin. Les calculs permettent en effet de connaître avec précision les mouvements des astres et d’organiser le calendrier lunaire de manière fiable.

6. La recherche de l’unité de la communauté

La multiplicité des débuts de Ramadan selon les pays entraîne aujourd’hui une division visible au sein de la communauté musulmane. Pourtant, les textes coraniques et prophétiques insistent fortement sur l’importance de l’unité.

Dans le passé, les moyens de communication étant limités, les visions locales pouvaient se comprendre. Aujourd’hui, la communication instantanée permet de partager l’information à l’échelle du monde. Une organisation commune du calendrier devient donc possible et souhaitable.

7. La décision du congrès international d’Istanbul de 2016

En 2016, un congrès international organisé à Istanbul a réuni environ 170 savants, juristes et spécialistes venus de nombreux pays du monde musulman.

Ils ont adopté le principe d’un calendrier hégirien mondial unifié, fondé sur des critères astronomiques précis, afin de renforcer l’unité des musulmans.

Le Conseil Théologique Musulman de France (CTMF) s’inscrit dans cette démarche et s’appuie sur les conclusions de ce congrès.

Conclusion

La vision locale en France présente plusieurs limites. Elle est difficilement réalisable dans la plupart des cas en raison des conditions astronomiques et climatiques. Elle empêche également l’utilisation d’un bienfait divin qu’est le calcul astronomique de grande précision et elle favorise la multiplication des débuts du mois de Ramadan.

Pour ces raisons, le recours aux calculs astronomiques apparaît aujourd’hui comme une solution plus fiable pour organiser le calendrier lunaire et préserver l’unité de la communauté.

Les calculs astronomiques présentent l’avantage d’être :

  • précis

  • indépendants des conditions météorologiques

  • facilement utilisables pour organiser la vie religieuse de la communauté

Refuser aujourd’hui les calculs astronomiques pour déterminer les mois lunaires reviendrait à refuser les calculs utilisés quotidiennement pour connaître les horaires de prière.

L’objectif n’est pas d’opposer la science à la tradition, mais d’utiliser les connaissances qu’Allah a mises à la disposition de l’humanité pour mieux organiser la vie religieuse de la communauté.

Paris, le 21 Ramadan 1447H – 10 mars 2026

Dr. Mohamed Najah
Vice-président du CTMF
Fondateur de l’Institut Najah en ligne des sciences islamiques
Docteur en Sciences Physiques

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