Yves Calvi contre les clichés, tout contre

Paradoxe. Le Prix "Stop aux clichés", attribué au meilleur journaliste luttant contre les préjugés relatif

par

vendredi 19 novembre 2010

Yves Calvi contre les clichés, tout contre

Paradoxe. Le Prix "Stop aux clichés", attribué au meilleur journaliste luttant contre les préjugés relatifs aux jeunes, a été décerné mercredi à l’émission "C dans l’air" et à son animateur Yves Calvi. Quatre mois plus tôt, une autre "distinction", peu flatteuse celle-ci, s’était produite : l’émission était condamnée par la justice pour provocation à la haine envers les Roms à la suite d’un débat diffusé en 2005 durant lequel Yves Calvi, finalement relaxé pour sa part, évoquait des "voleurs de poules". Saisi par plusieurs associations, le CSA avait également épinglé les producteurs de "C dans l’air", estimant que "ce programme constituait une incitation à la haine raciale". Cela n’empêcha pas Yves Calvi de réinviter plusieurs fois par la suite l’un des co-accusés, le criminologue Xavier Raufer, cet ancien militant d’extrême droite qui ne s’est pas fait attendre pour commettre une nouvelle saillie à caractère discriminatoire. En août dernier, ce spécialiste de la délinquance indiqua, sans la moindre preuve documentée, qu’il y avait un "pic de braquages" au Maghreb pendant les vacances scolaires en France. L’explication, selon lui ? La présence de jeunes Français d’origine maghrébine dans le pays de de leurs parents à l’occasion de ces vacances. En clair : cette catégorie de la population, précisément ciblée, aurait tellement la délinquance dans la peau qu’elle ne peut s’empêcher de commettre des menus larcins, même en vacances "au bled".

C’est le même expert, bon client régulier de son "cher" Yves Calvi, qui avait tenté d’alerter l’opinion publique, dans la même émission, sur la pseudo-prolifération des "armes de guerre" en banlieue.

La banlieue, ce territoire effrayant qu’il faut mater : en 2005, lors des révoltes populaires, Yves Calvi sommait avec condescendance Samir Mihi, éducateur sportif, de "calmer" les jeunes banlieusards, présentés, en filigrane, comme des sauvageons errant dans les rues.

Le style rugueux d’Yves Calvi, qui fait son charme pour certains, est rarement présent lors d’interviews avec des ministres ou d’éminents faiseurs d’opinion. Les clichés régulièrement véhiculés dans son émission, inaugurée le 17 septembre 2001 sur France 5, à l’encontre de l’islam ou des banlieues, grâce notamment au sujet-marronnier du terrorisme, n’ont pas semblé déranger les organisateurs du Prix, qui ont préféré saluer son attention aux problèmes de la jeunesse. Pourquoi s’en faire, après tout ? L’animateur multicartes Yves Calvi, ni jeuniste ni raciste, se contente simplement de surfer, avec le talent d’un bateleur de foire, sur les phobies, réelles ou fantasmées, que l’actualité politique met en exergue. A 51 ans, le journaliste, croisement improbable de Jean-Michel Apathie et Eric Zemmour, est parti pour occuper durablement l’espace médiatique. A sa place, dans l’air du temps.

Publicité

commentaires