Y-a t- il un projet de loi « anti-voile » en Belgique ?

Droit de réponse à la proposition de résolution visant à garantir l’égalité des hommes et des femmes e

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jeudi 8 janvier 2004

Y-a t- il un projet de loi  « anti-voile » en Belgique ?

Droit de réponse à la proposition de résolution visant à garantir l’égalité des hommes et des femmes et la neutralité de l’Etat dans l’enseignement public obligatoire et dans les administrations publiques en interdisant le port de signes ostensibles d’appartenance religieuse.

Nous, citoyennes belges musulmanes, réaffirmons notre attachement aux principes fondamentaux de la liberté de conscience, de l’égalité des hommes et des femmes et de la neutralité de l’Etat ; nous souscrivons au principe de la neutralité et de l’égalité de l’enseignement public ; nous affirmons de même le rôle de l’école comme lieu d’éveil de la conscience critique ; et nous reconnaissons que, comme toute liberté publique, la manifestation de la liberté de conscience peut être limitée en cas de trouble à l’ordre public.

Avec le projet de résolution visant à interdire tout port de signes dits « ostensibles », Alain Destexhe et Anne-Marie Lizin se posent en défenseurs des espaces publics que sont l’école et les administrations. Qui ne serait pas inquiet face aux dangers qui les guettent et les menacent ? Ainsi, selon la proposition de résolution, le port du foulard islamique mettrait à mal l’égalité homme-femme. Force est de rappeler que les problèmes d’égalité sont présents dans tous les interstices de la sphère sociétale et qu’ils ne relèvent nullement d’un monopole religieux. Pour n’évoquer que l’exemple de la représentativité politique, le déséquilibre entre les hommes et les femmes à la Chambre des représentants est significatif. Mais, au-delà des diverses représentations que convoque ce concept d’égalité homme-femme, une interrogation sur les modèles de liberté vers lesquels tendrait le projet de résolution serait bénéfique, tant il est vrai qu’il n’existe pas une définition de la liberté et de l’émancipation. Il est donc impératif de se dégager de tout schéma réducteur.

Mais la réelle question est de savoir jusqu’où chacun est prêt à effectuer un retour réflexif sur ses représentations. L’écoute attentive et honnête des nouvelles résonances pluriculturelles de notre société pourrait aider les partenaires du débat à concrétiser une authentique considération de « l’autre ». La maturité intellectuelle et la prise de distance par rapport aux enjeux d’une société, en perpétuelle mutation, passent indubitablement et de façon primordiale par cette remise en question. Ce procédé d’intelligence place la réflexion au cœur de toutes les préoccupations et envisage d’aplanir, par exemple, la hantise de certains réflexes historiques qui, de par une image hautement dépréciative de l’Islam, ont imprégné de manière prégnante et au fil des siècles, l’inconscient collectif européen, relayé pour certains par le traitement médiatique.

La neutralité de l’Etat et l’ordre public sont invoqués dans le projet de résolution. Pourtant, la référence au concept capital de « l’ordre public », dans une perspective aussi démesurée, ne revient qu’à forcer la psychose et à jouer le jeu des extrêmes, qu’ils soient idéologiques ou politiques. En outre, que suppose la « neutralité » de l’Etat évoquée par A.-M. Lizin et A. Destexhe pour interdire les signes qualifiés d’« ostensibles » ? Deux écoles s’opposent quant à l’interprétation de ce concept. Il signifie, d’une part, l’interdiction d’afficher un quelconque signe religieux dans les écoles et dans les administrations publiques : cette définition correspond à une conception d’une neutralité active. D’autre part, cette neutralité renvoie par d’autres aspects à la liberté de culte et de conscience et au respect de la différence. La marge d’interprétation en ce qui concerne l’exigence de l’une ou l’autre neutralité dans les écoles et les administrations publiques ne se présente-t-elle pas comme foncièrement subjective ? La neutralité, finalement, n’est-ce pas l’absence d’ingérence de l’Etat à l’appartenance du citoyen à une croyance ?

Comment ne pas souligner le paradoxe du résultat probable de la mise en application de ce projet ? Tout en soulignant la volonté de promouvoir l’émancipation des jeunes filles visées par le projet de résolution, de leur fournir une éducation à l’esprit critique, un enseignement qui leur garantirait une formation leur permettant d’accéder à une certaine indépendance, on les exclut de l’école au nom de ce même principe de liberté et de conscience qui nous anime tous !

En dehors du sens réel du port du foulard, les deux sénateurs se lancent dans une interprétation embastillée d’une lecture univoque qui ne se traduit qu’à travers une logique de soumission. La signification profonde du port du foulard n’est pas un simple signe, il s’agit véritablement de l’expression d’une certaine forme de pudeur et d’une dignité pour ces jeunes filles, selon les références musulmanes. Qui est en droit de contraindre une jeune femme à retirer son foulard à partir du moment où c’est un choix réalisé librement ? Il est temps que les mentalités changent et qu’un dialogue authentique et concret s’instaure pour, enfin, évacuer clichés et stéréotypes puisés dans les profondeurs d’un orient imaginaire.

En définitive, seule la réelle reconnaissance d’une citoyenneté plurielle, où l’idée de Dieu n’est pas évacuée, pourra garantir des espaces de dialogue et la possibilité de dépassionner les débats. L’enjeu ultime, aujourd’hui, réside dans la construction d’une société belge où l’Islam ne serait plus une religion étrangère.

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