Une civilisation musulmane universelle

PRESENTATION DU LIVRE UNE CIVILISATION MUSULMANE UNIVERSELLE «  Être capable d’élargir chaque jour le

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lundi 10 novembre 2008

PRESENTATION DU LIVRE

UNE CIVILISATION MUSULMANE UNIVERSELLE

«  Être capable d’élargir chaque jour le cercle de ses préoccupations et de ses activités, c’est cela évoluer. Or, que voit-on ? Des humains préoccupés surtout par leurs intérêts personnels, et un peu par ceux de leur famille, de leur pays, ce qui entraîne tellement de malentendus. Beaucoup diront qu’il n’y a pas de plus grand idéal que de travailler pour son pays.

Non, parce que leur pays ne représente pas la totalité. Si chacun se met à travailler uniquement pour son pays, cela ne peut qu’entraîner des conflits avec les autres pays. Quand on se concentre exclusivement sur une partie d’un tout, on entre nécessairement en conflit avec les autres parties de ce tout. La paix dans le monde exige qu’on envisage les choses du point de vue le plus vaste, le plus universel. Pour évoluer, il faut introduire dans sa tête un point de vue toujours plus large, ouvrir son cœur à un nombre toujours plus grand de créatures, et mettre toute sa volonté à la réalisation d’une famille universelle. »

(Omraam Mikhaël Aïvanhov)

1. Présentation globale du livre

« Une civilisation Musulmane Universelle » met en évidence les valeurs fondamentales propices à la progression des sociétés vers l’idéal d’une civilisation universelle. Sachant d’avance que l’idéal est rarement atteint ; néanmoins, en le définissant, il constitue positivement un cap fixe pour indiquer l’orientation optimale à prendre.

En tirant les enseignements utiles du passé, il convient de se remémorer que certaines civilisations du Moyen Age, celles d’avant et celles d’après, avaient la certitude d’avoir atteint le summum du progrès. Or, des siècles plus tard, après assimilation de l’évolution des savoirs, de telles convictions furent abandonnées. Aujourd’hui encore, quelques nations croient détenir la référence universelle en la matière. Ultérieurement, de nouveau, cette position orgueilleuse sera remise en cause et deviendra à son tour dépassée, et ainsi de suite.

Comme cas concret de l’évolution des mentalités par rapport à certains dogmes figés, il convient de prendre exemple sur le développement dynamique du domaine scientifique. De ce point de vue, antérieurement au XXe siècle, les physiciens avaient la certitude que tous les phénomènes naturels pouvaient être entièrement expliqués par les théories proposées par Newton-Galilée-Kepler. Néanmoins, plus tard, des scientifiques comme Maxwell, Lorentz, Poincaré et Einstein mirent à nu ses contradictions dans le cas particulier des hautes vitesses de particules. Pour dénouer le paradoxe, Einstein découvrit la théorie de la relativité générale dans laquelle le temps devait devenir variable comme quatrième dimension pour tenir compte des vitesses proches de celle de la lumière.

Les mentalités scientifiques classiques furent alors mises alors à rude épreuve. Quand ses partisans avaient reproché à Einstein de vouloir abroger le référentiel de ses prédécesseurs, il affirma, au contraire, que le nouveau repère de la relativité en est une extension évolutive : « C’est le plus beau sort d’une théorie physique que d’ouvrir la voie à une théorie plus vaste dans laquelle elle continue à vivre comme cas particulier. » Dans une perspective anticipative aujourd’hui, la théorie quantique révolutionne tous les référentiels antérieurs en avançant que l’interprétation des réalités dépend de conditions spécifiques et le point de vue de chaque observateur. Ce qui implique que le repère en temps réel d’interprétation de tout phénomène à suivre doit rester évolutif en fonction du développement des connaissances et des expériences.

Dans le but d’adapter ce processus dynamique et évolutif au contexte des civilisations, le principe en est illustré par l’expérience d’un dessinateur placé à l’intérieur d’un ascenseur. De son promontoire mobile, montant indéfiniment vers d’interminables étages sans fin, il dessine périodiquement le territoire qu’il observe à chaque hauteur symbolique. Au fur et à mesure, les cartes successives dessinées diffèrent les unes des autres. Positivement, à chaque hauteur franchie, le dessinateur améliore évolutivement les cartes précédentes pour actualiser au mieux l’interprétation du territoire. Ce processus demeurera sans fin, car, quelle que soit la hauteur atteinte, la carte dessinée ne sera jamais identique au vrai territoire ; ce dernier est absolu, tandis que la carte est relative. De façon allégorique, le territoire représente toute vérité, tandis que la carte, son interprétation relative.

L’adaptation de cette métaphore au concept de civilisation conduit à l’analogie des éléments suivants : « Acteurs majeurs de la société »/(dessinateur), amendant périodiquement/(redessinant) le repère d’interprétation/(la carte) d’une civilisation universelle/(du territoire) en fonction du temps/(de la hauteur). Autrement dit, à l’instar de la carte de représentation du territoire, un système de référence évolutif est indispensable en tant qu’indicateur d’accompagnement et d’orientation dans la voie d’une civilisation universelle. Ce faisant, toutes les activités et l’identité des membres de la civilisation, repérée adroitement en fonction du temps, peuvent s’améliorer pour devenir progressivement cohérentes et maîtrisables.

En appliquant ce concept au contexte de la civilisation musulmane, cette dernière est en mesure de se transformer pour devenir brillamment évolutive et stimuler dynamiquement le processus d’améliorations successives vers une civilisation musulmane universelle.

Toujours est-il que, sachant qu’une vérité ne peut en contredire une autre, les mentalités doivent progressivement et irréversiblement changer pour parvenir à combiner harmonieusement entre la vérité de la Révélation, celle de la Raison, celle du Patrimoine universel de l’humanité et par extension, celle de toute source fiable.

2. Le premier tome : « Civilisation musulmane : Des origines à son avenir »

Sur la base de l’analyse du retour d’expérience de la civilisation musulmane, il met en évidence aussi bien ses points faibles que ses points forts. L’identification de ces points constitue une condition préalable et une étape essentielle au renouveau de la civilisation musulmane. Progressivement, grâce aux planifications psychosociologiques appropriées, les points faibles peuvent être atténués ou éliminés et les points forts maximisés. De ce point de vue, le présent deviendra le meilleur pont entre le passé et le futur.

3. Le deuxième tome : « Renouveau Corps et Ame »

« Une nation est une âme » (Renan)

Ce tome met en évidence l’interdépendance entre l’âme collective d’une civilisation et celles de ses individus. En effet, en référence à la Révélation, l’évolution d’une civilisation dépend étroitement de celle de ses individus ; et sans le moindre doute, sa transformation n’est possible que si chaque individu se transforme conformément à la Parole divine : « Dieu ne change l’état d’un peuple que s’ils changent ce qu’il y a en eux-mêmes » Coran (13,11)

Dans une perspective comparative, les rapports entre rationalisme et spiritualisme sont analysés en référence au retour d’expérience ; et ce, depuis les moatazilites, rationalistes de l’Islam, jusqu’aux rationalistes contemporains du processus de la mondialisation. L’une des conclusions est que sans le garde-fou d’une spiritualité objective, le rationalisme risque de dériver et de stimuler les instincts primaires humains dans des voies négatives. Rabelais, un érudit de la Renaissance, rappelle une sagesse universelle : « Science, sans conscience, n’est que ruine de l’âme »

4. Le troisième tome : « La Révélation, la Raison et la Science »

Le fondement de ce tome s’inspire de la démarche d’Abou Al-Walid Ibn Rochd (Averroës), qui, huit siècles auparavant, énonça le célèbre principe de la double vérité, exprimant qu’une vérité authentique ne peut jamais, logiquement, en contredire une autre. De ce point de vue, une civilisation est d’autant plus brillante qu’elle arrive à s’enrichir harmonieusement du dynamisme créatif des interactions mutuelles de toutes les vérités.

S’agissant des contradictions apparentes entre différentes vérités, ce tome met en évidence, entre autres, l’exemple de l’Eglise, du Moyen âge à la Renaissance, qui commit l’erreur de ne considérer comme vérité unique que celle issue de l’interprétation de théologiens, posée comme dogme irréformable, non sujet à critique ; et ce, quels que soient les apports d’autres sources de vérité, dont la rationalité, qui peuvent remettre en cause certaines interprétations.

Selon l’un des mythes fondateurs de la civilisation grecque, Prométhée, une divinité parmi d’autres, aurait créé les Hommes avec de la terre glaise. Ayant dérobé le feu aux dieux pour le donner aux Hommes, il est puni en étant enchaîné au sommet du Caucase où un aigle dévore son foie qui repousse sans cesse. La confusion du symbolisme de ce mythe avec l’allégorie de l’arbre de la connaissance du bien et du mal de la Bible a rendu le personnage rationaliste comparable à Prométhée, bravant l’interdit pour prodiguer la lumière de la vérité de la Raison aux autres Hommes.

Durant la période du XIIIe au XVIIe siècle, réalisant que son système de référence devenait progressivement remis en cause par les rationalistes, l’Eglise réagit violemment en écrasant tous les mouvements scientifiques naissants à travers la terreur de l’Inquisition. Quand le philosophe Giordano Bruno, disciple de Copernic, démontra, de manière philosophique, la pertinence d’un Univers différent et contradictoire avec « l’univers » posé initialement comme dogme par l’Eglise, l’inquisition en fit un célèbre bouc émissaire. Accusé d’hérésie, il fut brûlé vif le 17 février 1600 à Rome. De même, après avoir prouvé que la terre tourne autour du soleil, Galilée dut renier cette vérité de la Raison pour échapper au bûcher.

Plus tard, quand le rapport de force pencha définitivement en faveur du courant rationaliste, ce dernier réagit à son tour à la position intransigeante de l’Eglise en rejetant carrément les vérités de la Foi. De plus en plus puissant, il éleva uniquement la vérité de la Raison critique positive et des philosophies associées au rang suprême. Au milieu du XVIIe siècle, la création d’académies des sciences permit de diffuser rapidement les idées des plus grands savants.

Dès le XVIIIe siècle, des scientifiques comme René Descartes ou Isaac Newton firent impression en révélant des mystères spectaculaires de la nature. Des philosophes, comme Auguste Comte ou Ernest Renan, eurent la conviction que tout pouvait s’expliquer par la Raison. A l’instar de la statue de la liberté illuminant symboliquement l’océan, hissant au plus haut la torche de Prométhée allumée, le savant, se substituant aux dignitaires de l’Eglise, montrait désormais la voie de l’océan universel de toute vérité.

S’agissant de la civilisation musulmane, dès le commencement et durant cinq siècles environ, la Foi et les sciences firent bon ménage ensemble dans un contexte ouvert et porteur. Il est significatif de noter que le premier verset coranique révélé recommande avec insistance de lire. Dans le but d’appuyer clairement et sans équivoque la Foi par les sciences, le terme traduisant les savoirs (Al ‘ilm) revient plus de 800 fois dans le Coran.

Le philosophe Ernest Renan rend le témoignage suivant concernant l’harmonie de l’Islam avec les sciences : « Cette Civilisation musulmane, maintenant si abaissée, a été autrefois très brillante. Elle a eu des savants et des philosophes. Elle a été, pendant des siècles, la maîtresse de l’occident chrétien. Pourquoi ce qui a été ne serait-il pas encore ? Voilà le point précis sur lequel je voudrais faire porter le débat. Y-a-t’il eu réellement une science musulmane, ou du moins une science admise par l’Islam, tolérée par l’Islam ? Il y a dans les faits qu’on allègue une très réelle part de vérité. Oui ; de l’an 775 à peu prés, jusque vers le milieu du XIIIe siècle, c’est-à-dire pendant cinq cent ans environ, il y a eu dans les pays musulmans des savants, des penseurs très distingués. On peut même dire que, pendant ce temps le monde musulman a été supérieur, pour la culture intellectuelle, au monde chrétien. »

Toutefois, à l’apogée de la civilisation musulmane, la cohérence entre la vérité de la Révélation et celle de la Raison suscita également de profondes polémiques. Deux savants : Al Gazali et Ibn Rochd, symbolisèrent deux courants majeurs de la pensée musulmane.

Selon ces savants, il ne peut y avoir de contradiction entre la vérité de la Révélation et celle de la Raison. Or, si des contradictions semblent exister, elles ne peuvent provenir que d’« erreurs d’interprétation » ou des textes religieux ou de la science !

Au fil du temps, les disciplines rationalistes eurent des succès retentissants en Occident et devinrent le moyen principal de sa Renaissance et de sa modernité. Quant au monde musulman, en négligeant les conclusions de réflexions d’un tournant décisif de son avenir - symbolisé par les réflexions d’Al Gazali et d’Ibn Rochd, il se désorganisa peu à peu, régressa au regard de ses siècles de lumière et devint progressivement une proie facile de convoitises de la part de ses voisins occidentaux, devenus puissants, grâce à la vérité de la Raison.

Après l’analyse des causes principales du déclin du monde musulman et le retour d’expérience de la civilisation contemporaine, le livre approfondit des solutions dans une voie dynamique d’une civilisation universelle.

5. Le quatrième tome : « Les Lois universelles »

Ce tome établit une analogie entre les lois physiques universelles, à la base du fonctionnement de l’univers et les lois sociales universelles dont la mise en œuvre assure, autrement, le fonctionnement stable et durable des civilisations. En confrontant les vérités de la Révélation coranique à celles de l’Astrophysique, il aboutit à la conclusion que « La Création » restera toujours la norme universelle et le meilleur exemple pour l’être humain, dans tous les domaines de son existence, disposant alors du meilleur exemple, notamment pour administrer toute organisation humaine. Autrement dit, sachant que l’univers dure depuis des milliards d’années, le cycle de vie d’une civilisation est d’autant plus élevé qu’elle se conforme aux lois universelles. Et inversement, les civilisations déclinent et la durée de leur cycle de vie devient d’autant plus réduite qu’elles s’y opposent.

En référence aux valeurs divines et sataniques, comme bornes entre lesquelles l’être humain est éprouvé, il débouche, positivement, sur une double conclusion :

1. d’une part, l’être humain doit sans cesse se remettre en cause, corriger ses erreurs, éviter les mauvaises habitudes et s’améliorer dans ce processus jusqu’à la meilleure transformation possible ;

2. et d’autre part, la civilisation doit surmonter ses erreurs répétitives, éduquer continuellement ses membres, affaiblir son courant humain négatif et le substituer progressivement par le positif et améliorer ses activités afin d’évoluer vers l’idéal d’une civilisation universelle.

S’agissant du dialogue interreligieux et de la diversité des civilisations, à l’instar d’invariants universels de La Création qui ne changent pas avec le changement de galaxies, il existe aussi des invariants sociologiques, qui ne changent pas avec le changement de civilisations, lesquels, en tant que valeurs communes à toute l’humanité, peuvent constituer une intersection entre civilisations conformément aux paroles divines : « Telle est l’ancienne règle de Dieu et tu ne trouveras jamais de changement à la règle de Dieu. » Coran(48,23)

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Auteur d'ouvrages s'interessant particulierement à l'avenir de la civilisation musulmane dans la persective de son passé. Tajeddine Bennani est notamment l’auteur en 1993, du livre 'Trait d'union' qui traite de la renaissance musulmane au travers de contes.

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