Si tout ou presque – et souvent n’importe quoi – s’est dit et écrit depuis quelques mois sur le « voile intégral » (appelé aussi niqab ou plus improprement burqa) et sur les quelques centaines de femmes qui le portent en France, rien ou presque ne peut en être dit sérieusement en l’absence d’enquêtes sociologiques rigoureuses, fondées notamment sur des entretiens avec un nombre conséquent de ces femmes. Il suffit en revanche d’une heure de peine, de quelques observations, d’un peu de mémoire et d’un peu de réflexion pour entrevoir le caractère singulièrement paradoxal de la gigantesque campagne « anti -burqa ».

Des paradoxes, en vérité, il y en a beaucoup. Nombre
d’entre eux ont déjà été relevés par quelques observateurs et
observatrices avisé-e-s [
class="spip_note" title="[1] Cf. notamment Collectif des Féministes Pour
l'Égalité, « 577 (...)">1], et comme le soulignait un ami lors d’un
récent débat public, ces paradoxes sont pour l’essentiel les mêmes que
ceux qui ont rythmé
class="spip_in">la précédente « guerre du voile » – celle qui ciblait le foulard des collégiennes et des lycéennes et qui avait
abouti, le 15 mars 2004, à une loi d’interdiction renvoyant quelques
centaines d’adolescentes dans les oubliettes du système scolaire, et
quelques centaines d’autres à l’humiliation d’un dévoilement
forcé [
title="[2] Cf. Collectif Une École Pour Tou-te-s, « Éléments d'un futur
(...)">2]. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut en répertorier
quelques-uns.
Premier paradoxe
Parmi les plus zélés des partisans d’une interdiction
du « voile intégral » figure la quasi-totalité des champions
de la liberté d’expression, qui éditorialisaient et
pétitionnaient bruyamment en octobre 2005, afin de manifester leur
« soutien sans réserve » à Robert Redeker, auteur d’une
tribune violemment islamophobe [
class="spip_note" title="[3] Parmi les intellectuels médiatiques qui
pont pétitionné dans Le Monde (...)">3].
Il est paradoxal, plus précisément, que la célèbre
formule voltairienne « Je désapprouve ce que vous
dites mais je suis prêt à mourir pour que vous ayez le droit de le
dire », répétée à l’envi et jusqu’à la nausée pour soutenir le
droit de Robert Redeker d’insulter les musulmans [
name="nh4" id="nh4" class="spip_note" title="[4] La tribune de Robert
Redeker spécifiait bien que « tout musulman » (...)">4] et d’inciter
à la haine et à la discrimination [
id="nh5" class="spip_note" title="[5] La tribune de Robert Redeker
accusait « l'Islam » de vouloir (...)">5], ou le droit de
class="spip">Charlie Hebdo à publier des caricatures tout aussi
racistes [
title="[6] Sur le caractère raciste de plusieurs « caricatures de
Mahomet » (...)">6], ait perdu tout à-propos face au hijab
comme face au niqab. Il est paradoxal qu’aux femmes
qui les portent, nos brillants voltairiens n’aient pas dit :
« Je désapprouve votre voile et ce qu’il signifie (à mes yeux),
mais je suis prêt à mourir pour que vous ayez le droit de le
porter » – mais plutôt quelque chose de ce genre : « Je
désapprouve votre voile et ce qu’il signifie, et je suis donc prêt à
mourir pour que vous n’ayez pas le droit de le
porter ».
Second paradoxe
Un argument implacable permet de dissiper ce premier
paradoxe en écartant d’un revers de manche tout scrupule touchant à la
liberté individuelle : le « voile intégral » est une
atteinte « intégrale » à « la dignité de la femme »,
et sa prohibition s’impose justement pour libérer
la femme. Ce voile est même comparé au symbole même de la
non-liberté : dans nombre de réquisitoires, c’est une
« prison ». Le paradoxe, c’est que, dès lors qu’une femme
n’est pas prête à enlever ce voile [
id="nh7" class="spip_note" title="[7] Et c'est bien ce qui est ressorti
des quelques interviews de « (...)">7], une loi qui lui interdit la
traversée de « l’espace public », et lui impose par conséquent
une radicale limitation de sa liberté de circulation,
ressemble davantage à une prison qu’un vêtement intégralement couvrant.
Troisième paradoxe
L’argumentaire prohibitionniste repose sur le postulat
que le voile « partiel » – et a fortiori
le voile « intégral » – constitue(nt) une atteinte radicale et
inacceptable à « la dignité de la femme » qui le porte, et
pourtant ces voiles font, pour la majorité de ces femmes, l’objet d’un
choix, lequel choix est par ailleurs – lorsqu’il ne
se porte pas sur ces voiles – reconnu comme la manifestation par
excellence de la dignité humaine.
Quatrième paradoxe
Le paradoxe précédent est généralement évacué d’un
revers de manche par le rappel entendu ou agacé qu’il est connu et même
banal que l’homme – ou la femme – se dévoie souvent dans la
« servitude volontaire », mais un nouveau paradoxe apparaît
aussitôt : si la servitude volontaire est un phénomène tellement
class="spip">commun, comment expliquer que seule
la servitude volontaire des « voilées » fasse l’objet d’une
réprobation absolue, et que nul-le ne s’indigne et ne songe à légiférer
contre le masochisme et la soumission volontaire aux conjoint-e-s, aux
ami-e-s, aux groupes de pair-e-s, à l’entreprise ou à l’organisation
syndicale ou politique ?
Cinquième paradoxe
Cette « servitude volontaire », qui apparaît
comme un entre-deux ou une combinaison complexe de liberté et de
non-liberté, est présentée sous l’angle exclusif de
la non-liberté quand les femmes voilées s’autorisent de leur
« libre choix » pour revendiquer le droit à la parole publique
et le bénéfice des conventions internationales protégeant la
« liberté religieuse » [
id="nh8" class="spip_note" title="[8] On leur répond alors, incrédule,
que leur choix n'en est pas un, (...)">8], mais c’est au contraire
sous l’angle tout aussi exclusif de la liberté que
la même « servitude volontaire » est appréhendée lorsqu’est
envisagée et justifiée la répression par la loi : pour être
légitimement punies, les femmes voilées doivent être
reconnues coupables, donc responsables,
donc libres de leurs agissements [
href="#nb9" name="nh9" id="nh9" class="spip_note" title="[9] On leur
explique alors que ce n'est pas la République qui les (...)">9].
Sixième paradoxe
Ce dernier paradoxe peut être énoncé plus
simplement : la femme qui porte un voile « partiel » est
déclarée partiellement atteinte dans sa dignité – et celle qui porte un
« voile intégral » atteinte intégralement – mais on en
conclut, en dépit de la logique la plus élémentaire, qu’elle doit malgré
cela, ou plutôt en plus de cela – et même
pire : à cause de cela – être stigmatisée,
interpellée et sanctionnée.
Septième paradoxe
Cette logique innovante de la punition des victimes est
elle même appliquée de manière paradoxale puisqu’elle s’impose face aux
femmes (plus ou moins) voilées mais pas face aux autres femmes
considérées comme atteintes dans leur dignité – comme l’a fait
apparaître par l’absurde Jacques Rancière dans un
texte parodique, en proposant ce que personne ne songe à
proposer : qu’on inflige de substantielles amendes aux femmes
indiscutablement atteintes dans leur dignité que sont les victimes de
viol [
title="[10] Cf. Jacques Rancière, « Modeste proposition pour le bien des
victimes (...)">10].
Huitième paradoxe
Le « voile intégral » fait en réalité l’objet
d’une double lecture : il est tantôt le lieu de la plus radicale
impuissance (une « prison »), tantôt l’instrument de la
toute-puissance (une sorte d’ « anneau de Gygès » [
href="#nb11" name="nh11" id="nh11" class="spip_note" title="[11] Gygès
est un personnage légendaire évoqué par le personnage de Glaucon (...)">11]
assurant à la femme qui le porte le pouvoir quasi-divin de
class="spip">voir sans être vue). La « femme en burqa
est en somme tantôt une pitoyable Captive, tantôt un terrifiant
class="spip">Big Brother, parfois dans un même
discours.
Neuvième paradoxe
L’existence de cette double lecture ne fait naître aucun
doute et aucun souci de relativisation chez les experts autoproclamés
qui font respectivement de « la burqa » le
lieu de l’impuissance absolue (une « prison ») ou
l’instrument de la toute puissance (un « anneau de Gygès »).
Dixième paradoxe
Cette double lecture ne débouche pas davantage sur une
vision nuancée, faisant de la « femme en
class="spip">burqa » un être hybride ou médian,
partagé entre un enfermement douloureux et une invisibilité grisante
voire excitante. Et pour cause : faire ainsi de la « femme en
class="spip">burqa » un être ambivalent, ni tout-puissant ni
totalement impuissant, ce serait déjà lui restituer un peu de ce que
tous cherchent à tout prix à lui retirer : son humanité.
Onzième paradoxe
Un autre argument est venu à l’occasion se greffer
sur la trame principale de l’atteinte-à-la-dignité-des-femmes :
voir le visage de son prochain serait une condition sine
qua non de toute vie en société, parce qu’il est essentiel, pour
entrer en relation avec autrui, de voir son sourire – mais cette
centralité ontologique et anthropologique du sourire, théorisée
conjointement par le député UMP Jean-François Copé et l’essayiste
Élisabeth Badinter, n’avait au cours des siècles passés attiré
l’attention d’aucun anthropologue et d’aucun législateur.
Douzième paradoxe
Si l’on résume ce qui précède, on nous dit d’une part
qu’il faut à tout prix défendre la dignité de la femme et d’autre part
qu’une femme commet un crime contre l’humanité lorsqu’elle soustrait à
notre regard son visage et son sourire – alors qu’un des acquis de la
réflexion féministe est la remise en cause du modèle de la
class="spip">femme-objet, qui se doit de s’offrir au regard de
l’homme et d’être imperturbablement avenante et souriante.
Treizième paradoxe
C’est donc au nom de la dignité de la femme que l’on
s’en prend aux femmes (plus ou moins) voilées, mais bizarrement, les
plus en pointe dans ce combat « féministe » sont des hommes,
et pas n’importe lesquels : André Gérin,
href="http://lmsi.net/spip.php?article952" class="spip_in">Éric Raoult,
Jean-François Copé, François Fillon,
href="http://lmsi.net/spip.php?article1027" class="spip_in">Éric Besson,
Alain
Finkielkraut,
class="spip_in">Éric Zemmour et quelques autres dont le
moins qu’on puisse dire est qu’ils ne se sont jamais illustrés dans
un quelconque combat féministe, que ce soit avant ou après la chasse au
voile, que ce soit contre l’inégalité salariale, la violence conjugale,
le partage inégal des tâches ménagères, les remises en cause du droit à
l’avortement ou la discrimination sexiste à l’embauche, dans l’emploi
ou dans la représentation politique.

Quatorzième paradoxe
C’est, au cas où vous l’auriez oublié, au nom de
l’égalité homme-femme, principe organisateur majeur de notre république,
qu’une loi réprimant des femmes risque d’être votée par un parlement
masculin à 80%, sous la présidence d’un homme, à l’initiative d’un
gouvernement dirigé par un homme et monopolisé par des hommes, sur la
recommandation d’une commission parlementaire dirigée par deux hommes.
Quinzième paradoxe
Le président de la république qui proclame qu’au nom de
la dignité de la femme « la burqa n’est pas la
bienvenue sur le territoire de la république française » est
une caricature de petite frappe machiste, qui prend plaisir à exhiber
son ex-top model d’épouse comme un trophée, qui le
justifie en expliquant que « les Français vont
devoir s’y faire, il y a à l’Élysée un homme qui en a et qui s’en
sert », et qui impose même à ladite épouse
href="http://www.youtube.com/watch?v=l5QmFueaRuc" class="spip_out">un
fort dégradant strip-tease au cours d’une de ses allocutions officielles.

Seizième paradoxe
Les nombreuses militantes féministes qui, à défaut de
les soutenir activement, acceptent ces chasses au
voile [
title="[12] En ne s'y opposant pas, et en refusant tout soutien aux
femmes (...)">12], au motif que « le voile est malgré tout un
signe d’oppression », ont elles aussi une posture paradoxale :
d’un côté elles refusent toute alliance ou compagnonnage, fût-ce sur
des causes communes (les salaires, les retraites,
les discriminations racistes, les sans-papiers, la cause palestinienne,
le mouvement anti-guerre…) avec un
href="http://lmsi.net/spip.php?article448" class="spip_in">Tariq Ramadan
ou une Ilham
Moussaïd [
class="spip_note" title="[13] Sur la suspicion extravagante dont a fait
l'objet Ilham (...)">13], au motif que leur islamité leur paraît
« problématique » d’un point de vue laïque et/ou féministe,
mais cette hyperexigence et cette hypervigilance poussées jusqu’au
procès d’intention disparaissent quand il s’agit de se positionner
« contre le voile », fût-ce aux côtés d’acteurs politiques
comme François Fillon, Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy ou Alain
Finkielkraut, qu’elles identifient pourtant sans hésitation comme des
class="spip">ennemis politiques sur tous leurs autres fronts de
lutte, aussi bien franco-français qu’internationaux – et en premier lieu
sur tous leurs combats authentiquement féministes.
Dix-septième paradoxe
Parmi les rares femmes qui militent
véritablement pour une interdiction de la burqa, on
trouve Sihem Habchi et son association
href="http://lmsi.net/spip.php?article99" class="spip_out">Ni Putes Ni
Soumises, dont l’inféodation aux manœuvres électoralistes du PS puis
de l’UMP ont fini par apparaître au grand jour et par dégoûter
l’essentiel du mouvement féministe [
id="nh14" class="spip_note" title="[14] Cf. par exemple, Stéphanie
Marteau et Pascale Tournier, « Ni putes ni (...)">14].
Dix-huitième paradoxe
Parmi les rares femmes qui montent en
première ligne pour exiger l’interdiction du « voile
intégral » se détachent également deux personnalités, l’une –
Élisabeth Lévy [
class="spip_note" title="[15] Directrice du « très conservateur » –
c'est un euphémisme (...)">15] – ouvertement antiféministe, et
l’autre – Élisabeth Badinter – plus ambivalente mais très largement
considérée dans le champ féministe comme une adversaire, porteuse d’un
antiféminisme insidieux (consistant notamment à nier l’étendue et la
gravité des violences conjugales faites aux femmes [
name="nh16" id="nh16" class="spip_note" title="[16] Cf. sur ce point
Magdalena Rosende, Céline Perrin, Patricia Roux et (...)">16]).
Cette dernière est par ailleurs actionnaire de référence (à hauteur de
10%) et présidente du conseil de surveillance du groupe Publicis, dont
le moins qu’on puisse dire est qu’il ne diffuse pas dans ses affiches et
ses spots publicitaires une image des femmes
spécialement égalitaire et émancipée [
id="nh17" class="spip_note" title="[17] On doit par exemple à Publicis,
en 2002, cette campagne pour les (...)">17].
Dix-neuvième paradoxe
Le « voile partiel » et plus encore le
« voile intégral » sont érigés en symboles et en instruments
class="spip">par excellence de « l’oppression des
femmes », au mépris de ce que peuvent en dire les femmes qui
choisissent de le porter, alors qu’aucun jugement aussi expéditif et
décontextualisé n’a jamais été prononcé pour aucun autre vêtement
féminin : malgré les nombreuses et intéressantes réflexions
critiques initiées par des auteures féministes sur le
« sexage » et l’enfermement des corps par les normes
plastiques et vestimentaires [
class="spip_note" title="[18] Cf. notamment Naomi Wolf, The Beauty
Myth. How images of beauty are (...)">18], personne n’a jamais
soutenu que le string, la minijupe, le rouge à
lèvres ou le décolleté étaient par nature – et donc
class="spip">en toute occasion – des « signes d’oppression de
la femme ». Tout le monde admet facilement que ces vêtements
changent de signification suivant les contextes et les motivations pour
lesquelles ils sont portés, qu’ils peuvent être des marqueurs sexués
assignant les femmes à un rôle de simple objet, n’existant que par le
regard et le désir masculins, mais qu’ils peuvent aussi être
class="spip">re-signifiés autrement par les femmes qui choisissent
de les porter : plaisir de séduire, valorisation de soi,
émancipation par rapport à une éducation puritaine, instrument de
contre-pouvoir face aux hommes... Bizarrement, ce nécessaire détour par
le contexte et la motivation de l’intéressée ne vaut pas pour le voile.
Et personne en tout cas n’a jamais soutenu qu’il fallait « bannir
de l’espace public » les fashion-victims
(« victimes de la mode »), qui en se « sapant », en
se maquillant ou en se décolletant « trop »,
« aliènent » leur subjectivité au « culte de la
beauté ».
Vingtième paradoxe
Sihem Habchi justifie la répression des femmes voilées
en les accusant de propager une vision rétrograde et malsaine de la
femme et de son corps, fondée sur la honte : « Pourquoi
aurais-je honte ? Je n’ai jamais compris ce que j’avais de
honteux » a-t-elle déclaré devant la commission Gérin-Raoult en
tombant théâtralement sa veste pour faire apparaître ses épaules nues.
L’argument part du principe tout à fait juste qu’il est hautement
contestable d’imposer des normes de pudeur plus exigeantes aux femmes
qu’aux hommes, mais le paradoxe réside dans le fait que ni chez Sihem
Habchi, ni parmi son auditoire de la commission Gérin-Raoult, ni dans
l’ensemble du monde politique et médiatique, ni vraiment dans la société
française, ce principe n’est appliqué à d’autres qu’aux musulman-e-s.

Pour preuve, Sihem Habchi n’est pas allée jusqu’à
montrer ses seins à André Gérin et Éric Raoult – et on la comprend,
personne à sa place n’aurait spécialement eu envie de le faire – et elle
n’a jamais remis en cause la très occidentale mais très discutable
dissymétrie qui veut qu’un homme peut sans grand dommage se promener ou
se baigner torse nu, par exemple dans une piscine publique, alors qu’il
en va tout autrement pour une femme.
Ce paradoxe avait déjà été soulevé implicitement par
l’animateur Frédéric Taddéi face à une prohibitionniste anti-voile,
Wassila Tamzali, qui n’avait trouvé à lui opposer que cette très
tautologique réponse : « Oui, mais moi je couvre ma poitrine,
mais je ne couvre pas mes cheveux. »
Vingt-et-unième paradoxe
Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui stigmatisent la
conception qu’ont les femmes (plus ou moins) voilées de la pudeur – en
leur reprochant de faire peser sur l’ensemble des femmes la
responsabilité de la concupiscence masculine et des formes violentes
qu’elle peut prendre – et qui mènent simultanément une hallucinante
croisade puritaine contre les lycéennes qui portent un string
apparent, en accusant ces dernières d’être… responsables de la
concupiscence masculine et des formes violentes qu’elle peut
prendre ! Ainsi, le ministre Xavier Darcos déclarait en 2003, dans
une même émission, d’une part qu’il était légitime d’exclure des élèves
portant un foulard, et d’autre part que les autres lycéennes devaient
prendre garde de ne pas provoquer par leurs strings
apparents « la convoitise de leurs condisciples
masculins » [
class="spip_note" title="[19] Cf. Pierre Tevanian, « Voile et string :
même combat ? (...)">19]. Et plus explicitement encore, Ségolène
Royal, qui s’était illustrée en 1999 en justifiant l’exclusion alors
illégale de deux collégiennes voilées [
id="nh20" class="spip_note" title="[20] Cf. Pierre Tevanian, « de Creil à
Flers. Anatomie d'un scandale (...)">20], s’en prenait elle aussi
aux strings apparents en expliquant qu’il ne
« fallait pas s’étonner qu’il y ait du harcèlement et des
viols ».
Vingt-deuxième paradoxe
Bizarrement, les seules qui pourraient de manière
apparemment cohérente s’en prendre au voile « partiel » ou
« intégral » au motif que leur port obéit à une conception
inégalitaire de la pudeur masculine et féminine, ne le font pas. Il
s’agit d’un groupe féministe dont le moins qu’on puisse dire est qu’il
ne bénéficie pas du même engouement médiatique et politique que les Ni
Putes Ni Soumises :
class="spip_out">Les TumulTueuses. Ces dernières auraient en effet
pu stigmatiser le(s) voile(s) de manière apparemment conséquente dans la
mesure où elles n’oublient pas de dénoncer la dissymétrie tout à fait
occidentale et républicaine qui existe entre la tranquillité de l’homme
class="spip">topless et l’intranquillité de la femme
class="spip">topless – faite de réprobation, de fascination,
d’érotisation, de sarcasme et de harcèlement, voire de tout cela en même
temps [
title="[21] Les TumulTueuses ont organisé à plusieurs reprises des «
actions (...)">21]. Mais justement – et ce paradoxe-là n’est
qu’apparent – les TumulTueuses font aussi partie des
rares militant-e-s qui prennent fait et cause pour les femmes voilées,
contre les prétentions émancipatrices de l’État pénal.
Leur logique est en fait d’une simplicité confondante,
même si elle est rendue largement inaudible par l’amas de paradoxes qui
forme l’actuel consensus : c’est aux femmes et à
personne d’autre – et surtout pas l’État, et surtout pas
class="spip">cet État-là, profondément patriarcal – de
class="spip">disposer librement de leur corps, en cachant ce
qu’elles ont envie de cacher et en montrant ce qu’elles ont envie de
montrer, et en faisant elles-mêmes le choix de
contester, transgresser ou respecter les normes de
pudeur en vigueur dans leur environnement.
Vingt-troisième paradoxe
Si quelques militantes féministes interrogent ainsi
l’inégalité de traitement entre hommes et femmes topless,
il ne vient à l’idée de personne – et c’est heureux – de forcer Sihem
Habchi à montrer ses seins, en lui demandant : « Pourquoi
aurais-tu honte de (cette partie-là de) ton corps ? ». Il est
admis de tou-te-s qu’il est absurde d’imposer par la loi la subversion
d’une norme admise et respectée, et odieux de stigmatiser et réprimer
les femmes qui demeurent attachées auxdites normes – du moins,
répétons-le, cela apparaît-il absurde et odieux tant qu’il s’agit de
normes « occidentales » [
id="nh22" class="spip_note" title="[22] C'est ce que rappelle, là encore
par l'absurde, une (...)">22] Le paradoxe, c’est que le caractère
absurde et odieux de cette « émancipation à la schlague » se
dissipe comme par magie dès que la norme visée est minoritaire et
« non-occidentale ».
Vingt-quatrième paradoxe
Le voile, c’est entendu, porte atteinte à
la-dignité-de-la-femme, et ce décret rarement étayé l’est malgré tout
parfois, soit comme le fait Sihem Habchi en associant aux voiles la
« honte de son corps », soit en invoquant leur inconfort
physique : le crâne de la « partiellement voilée » est
« comprimé », « engoncé » dans son voile et
impitoyablement soumis à la chaleur estivale, tandis que le corps de la
« voilée intégrale » est intégralement « enfermé »
et « enténébré ». Le paradoxe, c’est d’une part qu’on ne juge
pas nécessaire de demander confirmation de ce diagnostic auprès des
principales intéressées, et d’autre part que cette admirable compassion
pour l’inconfort vestimentaire des femmes disparaît comme par
enchantement lorsqu’on croise une femme en jupe ou en talons hauts –
bref : lorsque l’inconfort est « d’origine
occidentale ».
Vingt-cinquième paradoxe
Le refus habchien de la « honte de son
corps » disparaît tout aussi subrepticement face à la
class="spip">tyrannie de la minceur, qui étend pourtant son emprise
sur un nombre bien plus élevé de femmes que l’injonction au voilement,
et qui produit des hontes, des aliénations et des souffrances plus
patentes. Là encore, personne – en tout cas dans la cohorte des
chasseurs de voile – ne songe à pétitionner, auditionner, éditorialiser
et légiférer pour éradiquer le mal par la force d’une loi de prohibition
– et personne ne s’étonne que personne n’y songe. Ni le président ni un
quelconque responsable politique ne déclame que « les régimes
minceur ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la république
française ». Nul ne songe à interdire les coupe-faim ou les
substitut-repas, et pas davantage les innombrables livres et
« magazines féminins » qui diffusent à grande échelle et à
haute intensité le culte de la minceur – et encore moins à infliger une
sévère amende aux femmes surprises en leur possession.
Vingt-sixième paradoxe
Les ardents contempteurs de la « honte de son
corps » véhiculée par « la burqa »
sont tout aussi aveugles ou amnésiques face aux ravages psychiques et
parfois physiques, là encore plus patents et sans doute plus massifs,
que peuvent causer la tyrannie des gros seins et le
cortège de prothèses siliconées qui en découle. Aucun responsable
politique ne déclame que « le silicone n’est pas le bienvenu sur le
territoire de la république française », aucune responsable
associative ne décrète hors-la-loi la honte de ses petits seins, et nul
ne songe à pétitionner et légiférer pour illégaliser (ou même simplement
réglementer) ce juteux marché – et encore moins pour verbaliser les
femmes prises en flagrant délit de siliconage.
Vingt-septième paradoxe
Nos ardents contempteurs de la « honte de son
corps » sont tout aussi aveugles ou amnésiques face aux ravages
psychiques et parfois physiques, plus patents et plus massifs, une fois
de plus, que peuvent causer la tyrannie de la jeunesse
et le cortège de liftings et de crèmes anti-rides
qui l’accompagne. Nul ne songe à pétitionner et légiférer pour
illégaliser ou réglementer ce juteux marché – et encore moins pour
verbaliser les femmes prises en flagrant délit de lifting.
Aucune responsable associative ne songe à dénoncer l’inégalité
flagrante entre les « hommes mûrs », dont les rides et les
tempes grisonantes font tout le « charme », et les
« femmes âgées », aimablement qualifiées de « vieilles
peaux ». Nul-le ne diabolise en tout cas la honte de son âge, et
aucun responsable politique ne déclame que « le Botox n’est pas le
bienvenu sur le territoire de la république française » .
Vingt-huitième paradoxe
Nos ardents contempteurs de la « honte de son
corps » sont tout aussi aveugles ou amnésiques face aux ravages
psychiques et physiques plus patents et plus massifs que peut causer,
plus largement,
class="spip_in">la tyrannie de la beauté – et
l’industrie de la chirurgie esthétique qui la promeut. Nul ne songe à
pétitionner et légiférer pour illégaliser ou réglementer ce juteux
marché – et encore moins pour verbaliser les femmes surprises avec des
bandelettes suspectes sur le nez. Nul-le ne fait remarquer non plus que
les canons esthétiques sont beaucoup plus stricts pour les femmes que
pour les hommes.
Vingt-neuvième paradoxe
Nos ardents contempteurs de la « honte de son
corps » sont enfin tout aussi aveugles ou amnésiques face aux
ravages psychiques et parfois physiques, toujours plus patents et plus
massifs, que peuvent causer la tyrannie de la blancheur
et le cortège de crèmes éclaircissantes qui l’accompagne. Nul ne songe à
pétitionner et légiférer pour illégaliser ou réglementer ce juteux
marché – et encore moins pour verbaliser les femmes prises en flagrant
délit de blanchissement. Aucune responsable associative ne décrète
hors-la-loi la honte de sa couleur, et aucun responsable politique ne
déclame que « le blanchissement n’est pas le bienvenu sur le
territoire de la république française » .
Et pour cause ! De même que les jupes, les talons
hauts, les régimes minceur et les gros seins sont non seulement
autorisés mais plus profondément bienvenus sur le
territoire de notre république sexiste, et même imposés
par le Gotha médiatique et politique pour accéder au rang de femme
digne de considération, de même ce « Niqab
légitime » qu’est le masque de blancheur est fondamentalement
class="spip">bienvenu sur le territoire de notre république raciste,
et même imposé par le même Gotha pour accéder au rang de
class="spip">black beauty ou de beurette digne
de considération [
class="spip_note" title="[23] Cf. notamment Hassina Mechaï, « Dati et
Amara : icônes de la diversité (...)">23].
Du moins faut-il se soumettre, si l’on veut éviter la
chimie, à un
class="spip_in">blanchissement spirituel, culturel,
idéologique, condition sine qua non d’une
« bonne intégration » au corps politique et médiatique
dominant : il faut, comme le militant UMP
href="http://www.melty.fr/brice-hortefeux-le-derapage-actu23835.html"
class="spip_out">Amine Benalia-Brouch (le souriant souffre-douleur
de Brice Hortefeux et Jean-François Copé), faire savoir qu’on
class="spip">« boit de la bière et mange du cochon », ou
comme Fadela Amara confier à heure de grande écoute que son plat préféré
est le petit salé aux lentilles – ou bien, comme Rachida Dati,
s’habiller chez les plus grands couturiers de la « tradition
française » (Dior, Chanel, etc). Il faut enfin, par dessus tout,
clamer sur toutes les ondes son « amour de la France », de ses
« Lumières » et de son rôle de « Phare » pour le
reste du monde. Il faut, comme Sihem Habchi devant la commission
Gérin-Raoult, affirmer que la France est « le seul
pays qui pourra apporter la lumière sur le problème de la burqa » [
href="#nb24" name="nh24" id="nh24" class="spip_note" title="[24] Quant à
celles qui auraient eu le mauvais goût d'avoir et de (...)">24]
Au niqab hideux, ostensible et
inacceptable ne s’oppose donc pas seulement la beauté naturelle et
décomplexée du visage découvert mais également un niqab
seyant, bienséant et tout ce qu’il y a de plus légitime :
class="spip">la face blanchie – de la même manière qu’au
class="spip">hijab (à peine moins) hideux, ostensible et
inacceptable s’opposent non seulement la tête nue et les cheveux au vent
mais aussi un hijab seyant, bienséant et
légitime : celui qui recouvre les cheveux non pas d’un morceau de
tissu mais d’un vigoureux défrisage, d’un magnifique brushing
et pourquoi pas d’une bonne couche de blond platine.

Trentième paradoxe
Si l’on résume les vingt-neuf paradoxes précédents, ce
ne sont ni la servitude volontaire ni l’aliénation ni l’enfermement ni
l’incommodité physique ni la honte de soi ni le masquage du visage ni la
dissimulation des cheveux qui posent problème – puisque tout cela est
parfaitement toléré, voire encouragé, lorsqu’on reste dans un cadre
« blanc et occidental ». Ce qui pose problème est, justement,
le caractère « non-blanc » et « non-occidental » du
class="spip">hijab ou du niqab. Comment dès
lors ne pas conclure sur un mot que, très paradoxalement,
nous n’avons pas encore prononcé, un gros mot paradoxalement absent
dans le « débat » officiel sur « la burqa » ?
Un mot tout aussi interdit que le voile. Un mot qui pourtant résume
assez bien cet amas de paradoxes, ce lâchage tous azimuts dans le
class="spip">deux poids deux mesures et ce blanco-centrisme. Un mot
qui est bel et bien le dernier mot de toute cette
histoire : le mot racisme.
[
title="Notes 1">1] Cf. notamment Collectif des Féministes Pour
l’Égalité, « 577
députés et 367 burqas : où est le problème ? » ;
Leila Belkacem,
class="spip_in">« Laïcité, avez vous-dit ? » et
href="http://lmsi.net/spip.php?article1045" class="spip_in">« Burqa
quand tu nous tiens » ; Laurent Lévy,
href="http://lmsi.net/spip.php?article1046" class="spip_in">« Visage
nu et citoyenneté ».
[
title="Notes 2">2] Cf. Collectif Une École Pour Tou-te-s,
href="http://lmsi.net/spip.php?article527" class="spip_in">« Éléments
d’un futur livre noir ».
[
title="Notes 3">3] Parmi les intellectuels médiatiques qui pont
pétitionné dans Le Monde pour un soutien « sans
réserve » à Robert Redeker, beaucoup ont été de véritables
militants de la prohibition du voile, souvent depuis la première
heure : Philippe Val, André Glucksmann, Alain Finkielkraut,
Pierre-André Taguieff, Elisabeth Badinter, Corinne Lepage, Catherine
Kintzler et Elisabeth Roudinesco, notamment, ainsi que de nombreux
signatures de l’autre pétition pro-Redeker, lancée sur Internet par
Michel Onfray : Bernard Teper, Michèle Tribalat, Michèle Vianès,
Anne Zelensky... Sur le caractère violemment raciste de cette tribune,
cf. Pierre Tevanian,
class="spip_in">« Dix remarques sur un collègue ». Sur la
mobilisation qui a suivi « l’affaire Redeker », cf.
href="http://lmsi.net/spip.php?article575" class="spip_in">« Injures
et menaces : pas en notre nom ! » et
href="http://lmsi.net/spip.php?article606" class="spip_in">« La
faute à Voltaire ? ».
[
title="Notes 4">4] La tribune de Robert Redeker spécifiait bien que
class="spip">« tout musulman » était « éduqué »
par un livre « habité » par
class="spip">« la haine et la violence ». Et dans une
tribune précédente, publiée en 2001, le même Redeker expliquait que
class="spip">« L’islam installe au plus intime de chaque musulman
la paralysie de l’intelligence ».
[
title="Notes 5">5] La tribune de Robert Redeker accusait
« l’Islam » de vouloir conquérir toute l’Europe et appelait
explicitement à la « légitime » défense, en s’opposant
notamment à toute construction de mosquée.
[
title="Notes 6">6] Sur le caractère raciste de plusieurs
« caricatures de Mahomet » publiées par l’hebdomadaire, cf.
Laurent Lévy,
class="spip_in">« Censure, droit au blasphème et
islamophobie ».
[
title="Notes 7">7] Et c’est bien ce qui est ressorti des quelques
class="spip">interviews de « femmes en burqa »
diffusées à la télévision : elles n’enlèveront pas leur voile.
[
title="Notes 8">8] On leur répond alors, incrédule, que leur choix
n’en est pas un, et qu’il n’est que la soumission consentie ou
intériorisée à une pression extérieure exercée par un environnement
rétrograde, constitué de pères ou de grands frères tyranniques et
barbus…
[
title="Notes 9">9] On leur explique alors que ce n’est pas la
République qui les exclut – de l’école ou de l’espace public – mais que
ce sont elles-mêmes qui ont « choisi de s’exclure » en
choisissant de ne pas enlever leur voile. Dans ses Réflexions
sur la question juive, Sartre relève chez l’antisémite le même
va-et-vient opportuniste entre un déterminisme absolu,
niant toute possibilité pour l’individu d’échapper à son destin racial
ou culturel, et une incrimination des Juifs qui présuppose leur pleine
et entière responsabilité, et donc leur pleine et en
entière liberté dans les méfaits qui leur sont imputés.
[
title="Notes 10">10] Cf. Jacques Rancière,
href="http://www.liberation.fr/societe/0101613011-modeste-proposition-pour-le-bien-des-victimes"
class="spip_out">« Modeste proposition pour le bien des
victimes », Libération, 12 janvier 2010
[
title="Notes 11">11] Gygès est un personnage légendaire évoqué par
le personnage de Glaucon dans La République de
Platon : ayant reçu des Dieux un anneau lui assurant
l’invisibilité, il ne résiste pas à la tentation de profiter de ladite
invisibilité, garante d’impunité, pour s’introduire chez le roi,
l’assassiner et profiter sexuellement de la reine. Cette légende sert,
dans le cadre d’une controverse sur la Justice, à expliquer qu’aucun
homme n’a par lui-même suffisamment de vertu pour résister à la
tentation de faire le mal s’il est assuré qu’il ne sera pas vu, pas pris
et pas sanctionné. La « femme en burqa »
joue bel et bien un rôle analogue à celui de Gygès dans la fantasmagorie
républicaine contemporaine : celui d’un être redoutable, doté
d’une invisibilité menaçante pour la survie-même de la cité.
[
title="Notes 12">12] En ne s’y opposant pas, et en refusant tout
soutien aux femmes voilées.
[
title="Notes 13">13] Sur la suspicion extravagante dont a fait
l’objet Ilham Moussaïd, cf. aussi Karima Delli, Anne Souyris, Véronique
Dubarry, Emmanuelle Cosse, Caroline Mécary,
href="http://lmsi.net/spip.php?article1008" class="spip_in">« Pour
Ilham Moussaïd » et Pierre Tevanian, Sylvie Tissot,
href="http://lmsi.net/spip.php?article1032" class="spip_in">« Cinq
belles réponses à une vilaine question » .
[
title="Notes 14">14] Cf. par exemple, Stéphanie Marteau et Pascale
Tournier,
href="http://www.mouvements.info/Ni-Putes-Ni-Soumises-un-appareil.html"
class="spip_out">« Ni putes ni soumises : un appareil
idéologique d’État ».
[
title="Notes 15">15] Directrice du « très conservateur » –
c’est un euphémisme – site internet
class="spip_out">« Causeur ».
[
title="Notes 16">16] Cf. sur ce point Magdalena Rosende, Céline
Perrin, Patricia Roux et Lucienne Gillioz, « Sursaut antiféministe
dans les salons parisiens », Nouvelles questions
féministes, Volume 22, n°3, 2003.
[
title="Notes 17">17] On doit par exemple à Publicis, en 2002, cette
campagne pour les soutiens-gorge Barbara, où l’on voit une jeune femme
dénudée dire : « Quand on me dit non j’enlève
mon pull » ou « Mon banquier me préfère à
découvert ». Ou encore, en 2003, cette publicité pour
Irresistibol (du fabricant de soupe Maggi) avec le slogan :
class="spip">« A quoi rêvent les blondes ? Irresistibol, au
moins 7 minutes d’intelligence par jour. »
[
title="Notes 18">18] Cf. notamment Naomi Wolf, The
Beauty Myth. How images of beauty are used against women, Harper
Perennial, Reprint 2002. Sur la notion de « sexage », cf.
Michèle Causse, Contre le sexage, Balland, Paris,
2000
[
title="Notes 19">19] Cf. Pierre Tevanian,
href="http://lmsi.net/spip.php?article174" class="spip_in">« Voile
et string : même combat ? ».
[
title="Notes 20">20] Cf. Pierre Tevanian,
href="http://lmsi.net/spip.php?article92" class="spip_in">« de
Creil à Flers. Anatomie d’un scandale ».
[
title="Notes 21">21] Les TumulTueuses ont organisé à plusieurs
reprises des « actions piscine » où elles s’autorisaient,
armées de tracts explicatifs, à adopter la tenue topless
en vigueur pour les nageurs masculins. Cf. par exemple le compte rendu
de
href="http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20090507.OBS6010/des-feministes-enlevent-le-haut-dans-une-piscine-a-paris.html"
class="spip_out">Nouvelobs.com.
[
title="Notes 22">22] C’est ce que rappelle, là encore
class="spip">par l’absurde, une amusante nouvelle de
politique-fiction signée Laurent Lévy :
href="http://lmsi.net/spip.php?article444" class="spip_in">« La
guerre à la plage de Saint Voyons ».
[
title="Notes 23">23] Cf. notamment Hassina Mechaï,
href="http://lmsi.net/spip.php?article1005" class="spip_in">« Dati
et Amara : icônes de la diversité ou archétypes de l’imaginaire
colonial ? et Mona Chollet,
href="http://lmsi.net/spip.php?article756" class="spip_in">« Des
discriminations ? Où ça ?
Fadela, Rama et Rachida : des beurettes pour les mâles de
centre-ville ».
[
title="Notes 24">24] Quant à celles qui auraient eu le mauvais goût
d’avoir et de garder la peau très foncée, le blanchissement idéologique
ne suffit pas : il leur faut aussi, comme Rama Yade, être
exceptionnellement « jeune et jolie » – c’est-à-dire conforme
aux canons en vigueur dans le monde merveilleux de la Fashion.
Commentaires
J’ai du mal à comprendre la logique de cet article ainsi que celle des TumulTueuses.En gros le libre choix de la personne(en particulier la femme) de se vêtir comme elle le souhaite.
Mais il existe tout de même des limites : on ne peut pas,en dehors des plages se promener nu,topless ou en maillot de bain qu’on soit homme ou femme...Prendriez vous la défense d’un groupe de personnes qui déciderait de se promener nus ou en sous vêtements dans la rue ?
Votre idéal de liberté est il un espace public ou se croiseraient sans gêne des femmes et des hommes nus et d’autres en burqa ?C’est à cette seule condition que votre article serait crédible
Bonjour
Dans cette affaire de la burqa, niqab ou voile intégral, on insiste trop sur la dignité de la femme et pas assez sur le fait que l’interdiction de la burqa est tout d’abord, d’ordre public, et a fortiori dans des temps incertains où le terrorisme est présent dans la réalité de tous les jours.
Il y a quelques temps un reporter de Paris Match s’était déguisé en burqa, non pas pour perpétrer des actes terroristes, mais plutôt dans le but d’infiltrer certains milieux afghans afin de mieux informer les lecteurs.
Il avait été arrêté par les talibans et heureusement relaché plus tard après remise de rançon.
Tout un chacun peut donc très bien se cacher sous une burqa - j’utilise ce terme pour généraliser - et commettre facilement soit un acte de terrorisme soit un acte de banditisme, sans être reconnu.
Il est donc nécessaire que n’importe qui puisse identifier les personnes qu’il a en face de lui, d’autant que la burqa n’est en rien une obligation religieuse. Tout comme le hijab elle relève d’une question de moeurs d’ordre tribal, de séparation entre les espaces public - réservé aux hommes,duquel les femmes sont exclues et auxquelles elles ne peuvent accéder que voilées - et privé.
La burqa n’est pas du tout évoquée par le Coran et de plus, lorsque le terme hijab est utilisé dans le Coran, il l’est dans un sens autre que celui qu’on lui prête aujourd’hui : il s’agit dans le cas du hijab coranique, d’une séparation, d’une protection, qui concerne exclusivement les femmes du Prophète et Marie la mère du Christ.
Le voile qui concerne les autres femmes, c’est-à-dire madame tout le monde, porte d’autres noms dans le Coran. Il y a donc eu un glissement sémantique à propos du hijab qui est normalement un terme impropre pour caractériser le foulard que portent certaines femmes aujourd’hui.
Les supporters de la burqa répliquent généralement et souvent à ceux qui la critiquent par l’argument des décolletés des autres femmes, des shorts, des strings ou des maillots de bain. Je crois que ces modes ne constituent en rien l’envers ou le contraire de la burqa, ou, peut-être, à la rigueur, pourraient-elles constituer l’envers du foulard.
C’est plutôt le nudisme, c’est-à-dire la nudité totale,qui constitue en réalité, l’envers du voile intégral.
Or la nudité est interdite par la loi et les nudistes se rassemblent entre eux dans des camps de vacance.
Enfin, le principe de la burqa ou même du hijab-foulard sont en eux-mêmes inacceptables car ils véhiculent l’idée de l’exclusion de la femme de l’espace public. Autrement dit, que l’espace public, et tout ce qui va avec, doivent être masculins et donc que la femme doit en être exclue ce qui risque d’entraîner des conséqences graves pour les femmes.
Peu importe que la burqa soit portée par vingt et cent ou par des milliers de femmes c’est le principe de la négation des femmes, de leur exclusion de l’espace public qui sont répréhensibles et inacceptables.
Shems
Magistral, et indiscutable, bravo, M. TEVANIAN, pour l’intelligence et l’espièglerie de ce texte ! Merci pour tous ces arguments, et surtout d’avoir mis en lumière l’inégalité fondamentale enracinée dans nos cultures européennes entre l’homme et la femme, dans cette dictature de l’image, infiniment plus dégradante pour l’humanité que tous les voiles et toutes les burqas réunis.
Mais pas du tout Stoch. J’ai voulu dire le contraire de ce que vous avez mal compris : si la loi interdit la nudité en public et en dehors de cercles privés - et je suis tout à fait d’accord avec cela - alors on doit accepter que cette même loi puisse interdire le voilement intégral de la même façon, d’autant que ce dernier menace de diverses façons l’ordre public.
Il ne s’agit pas ici simplement d’une liberté de se vêtir mais d’un acte susceptible d’entraîner des conséquences incalculables pour toutes les femmes.
Je crois que cela est très clair dans mon message
Shems
Bonjour Shems,
Vous faites-là un excellent « plaidoyer-réquisitoire ». Comme tant d’autres vous condamnez sans avoir la moindre connaissance du sujet dont il est question.
Vous m’accusiez dans un autre commentaire au bas d’un autre article de vouloir parlez au nom des citoyens musulmans, pourtant, vous êtes entrain de parler à la place des femmes musulmanes pratiquantes. Oui car il s’agit bien de femmes, d’êtres humains comme vous.
Vous dites :
« Les supporters de la burqa répliquent généralement et souvent à ceux qui la critiquent par l’argument des décolletés des autres femmes, des shorts, des strings ou des maillots de bain. Je crois que ces modes ne constituent en rien l’envers ou le contraire de la burqa, ou, peut-être, à la rigueur, pourraient-elles constituer l’envers du foulard » :
Vous faites des comparaisons qui n’ont pas lieu d’être.
Ce qui anime les uns n’est pas ce qui anime les autres.
La burqa, le niqab, le foulard sont des tissus que vous avez personnifiés et par extrapolation, vous parlez d’individus (des femmes) comme de
« choses sans âme ».
Vous ajoutez :
« Enfin, le principe de la burqa ou même du hijab-foulard sont en eux-mêmes inacceptables car ils véhiculent l’idée de l’exclusion de la femme de l’espace public. Autrement dit, que l’espace public, et tout ce qui va avec, doivent être masculins et donc que la femme doit en être exclue ce qui risque d’entraîner des conséquences graves pour les femmes » :
.
Vous parlez d’exclusion, et bien c’est le fait de mettre une loi en place qui contribuera à marginaliser les citoyennes musulmanes pratiquantes.
Derrière tous ces discours servant à cautionner le fait qu’il faudrait voter une loi, il y a la volonté de stigmatiser une catégorie de la population française et à l’échelle mondiale également.
Dites-moi, Shems, que savez-vous de chaque individu que vous croisez dans la rue, dans l’espace public ? Rien, et ce n’est sûrement pas son apparence qui vous dira ce qu’il est, qui il est, ce qu’il pense, ce qu’il aime...son apparence ne vous dira rien sur sa trajectoire, son histoire....Ce que vous croyez savoir d’un individu n’est que le reflet de la projection de vos idées et parfois de vos préjugés.
Cet article est très pertinent et très objectif. Merci.
SPLENDIDE A DIFFUSER SANS MODERATION SURTOUT A NOS LACHES DEPUTES
Bonjour Naj
A aucun moment je n’ai porté un jugement quelconque sur les femmes qui portent la burqa. Je parle uniquement de la burqa, alors contentez vous de ce qui est écrit et n’extrapolez pas.
En dehors de cela je constate que vous continuez à traiter ceux qui ne sont pas d’accord avec vous de n’avoir aucune connaissance du sujet ou encore d’avoir des préjugés. Alors, un peu de modestie SVP.De plus, je crois humblement que ce n’est pas mon cas.
Par ailleurs, je ne parle pas au nom des femmes musulmanes mais je donne mon avis sur la question de la burqa - une question qui interpelle, je le pense, toutes les musulmanes - ainsi que sur ses répercussions sur la vie des femmes, de toutes les femmes, même celles qui ne la portent pas et je dirai même, surtout celles qui ne la portent pas et qui risquent gros dans cette affaire.
Mais puisque vous semblez être favorable à cette pratique, j’aimerais bien que vous démontriez son utilité pour les femmes. Bizarrement, personne n’ose la défendre en tant que telle. Jusqu’à présent, j’ai remarqué que ceux qui la défendaient ne le faisaient qu’au titre de la liberté des femmes qui la portent de se vêtir comme elles veulent. C’est un peu maigre !
Je remarque également que vous continuez à distribuer allègrement des certificats de citoyenneté et à développer un discours victimaire éculé du genre : marginalisation des femmes musulmanes ou stigmatisation de la population musulmane.
Je crois que les Musulmans doivent arrêter de gémir et apprendre à accepter non seulement ce qui les arrange, c’est-à-dire les droits dont ils jouissent, mais également et avant tout, les obligations qui sont liées à ces droits et ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra parler de citoyenneté.
Bonne journée
Shems
Un des plus beaux articles que j’ai eu la chance de lire sur Oumma : Bravo Mr Pierre Tévanian. La vérité émane de cet article du début à la fin et c’est en cela qu’il dégage une beauté dévoilée. Vous avez pu à travers et grâce à un voile, psychanalyser une certaine société élitiste française et démontrer en plusieurs points ou paradoxes en quoi elle est malade et diagnostiquer son mal qui se résume par une maladie honteuse et non assumée nommée Racisme.
Bounjour Shems,
Vous changez de discours.
Vous ne parliez pas que de la burqa, relisez votre commentaire précédent.
Là, vous faites preuve de mauvaise foi.
Bonne journée également.
Je ne répondrais pas un à un aux paradoxes ici soulevés, mais j’essayerai de vous faire part de mes convictions à propos de cette polémique qui nous concerne tous et qui nous engage à en débattre ensemble.
À mon sens le visage étant le lieu unique de la rencontre et de l’échange véritable, se doit d’être présenté et assumé par quiconque se prétend libre. C’est ainsi qu’il me faut quitter la dimension abstraite que peut revetir l’argumentation dialectique pour m’exprimer sur ce point avec sincérité. Mon existence en effet ne pourrait se passer du visage de l’autre, j’en ai besoin pour évoluer, pour ressentir mon prochain et partager avec lui. Et je préfère infiniment me confronter à un visage qui me méprise et me juge qu’à un visage absent qui ne me dit rien sur moi même et sur autrui. Je préfère rencontrer la tristesse et le désarroi qui me met au contact de l’humanité que nous partageons tous à l’absence et à l’indifférence qui m’en éloigne définitivement. Qui ya til de plus important pour l’enfant qui vient de naitre que le visage de sa mère et de son entourage, tourné vers lui, l’invitant à rejoindre la communauté des hommes, que ce soit dans la joie ou dans les épreuves ? Cette stimulation est essentielle, originelle et incontestable. Assumer son humanité c’est être parmi les autres, assumer sa liberté c’est exister parmi les autres. Oui nous sommes ici dans un espace virtuel où le visage n’est pas nécessaire pour communiquer, oui la cécité rend absent à la vue le visage de notre prochain, oui il m’arrive de fermer les yeux dans le métro pour ne pas voir et me retrouver un instant seul, oui, mais je ne me cache pas et c’est en vertu de ce que Dieu a mis en nous que je ne voilerai jamais cette autenticité premiere, la vulnérabilité de mon intériorité exprimée par mon visage. Cette vulnérabilité qui interroge ma liberté dans ce que je reçois et dans ce que je donne.
Bien sûr que le dictat de la beauté sous tendu par le profit industriel est une manipulation indigne d’une societé éclairé, mais la burka n’est pas la réponse pour autant, elle est peut être relativement à ce constat, une provocation, encor que je doute que les femmes qui choississent cet accoutrement se battent pour un meilleur avenir commun voir cosmopolitique qui surmonterait les contradictions de notre actualité, et je doute qu’elles ciblent avec pertinence ce genre d’entorse faite à l’humaine dignité, tout au plus participent elles inconsciement à une problématique qu’elles lestent malencontreusement en faveur de leurs orientations rétrogrades.
Il en va autrement pour la mode qui dans son principe correspond à l’idéal démocratique (mobilité, liberté d’expression, créativité individuelle confrontée à la volonté général etc..). Et ce même si institutionnellement la mode se trouve tenue par une forme d’autorité (investissement, publicité, prestige) qui ne la réalise pas encor dans son essentielle, principielle souplesse. Et je vous renvoie en ceci au travail de Gilles Lipovetsky dans son étonnant livre : L’empire de l’éphémère.
Il est dommage effectivement de rencontrer cette avantageuse liberté féminine ne s’éprouvant que dans le cadre d’une certaine rentabilité économique. Indépendante, salariée, la femme veut plaire, séduire aussi longtps que possible, éviter de vieillir, et consomme à cet effet (talons, minijupes, crêmes anti age, chirurgie esthétique [quoi que celle ci est une valeur réparatrice et médico psychologique]). L’expérience de son autonomie, sa révolution ne fait que commencer institutionnellement, elle est acquise, mais comme nous tous cette expérience dans le fond se renouvelera autant de fois qu’il y aura de femmes et d’hommes à naitre. Elle s’acquiert dans des cadres juridiques et idéologiques parmis lesquels il y aura toujours des mécanismes de pression, tolérés, combattus, revendiqués ou consentis. Certains cadres sont en l’occurence plus propice que d’autres à la progressive émancipation des esprits. Et il ne faut pas se tromper de combat : Pourquoi interdire la burka juridiquement (quoi que le visage soit un élément sacré de l’humaine expérience) alors qu’il faudrait réinventer tout notre système éducatif afin de préparer l’humanité à une renaissance nouvelle sur le plan conceptuel et spirituelle ? Pourquoi revendiquer le port de la burka quand la liberté de choix et la dignité de l’être humain se meurt dans le caniveau et qu’elles demandent d’autres modalités de révoltes et de préservation.
Nul ne devrait ignorer l’anatomie et la physiologie du corps humain. Pour vivre plus sainement, savoir ce dont il a besoin, investir chacune de ses parties, de ses système avec l’esprit. Pour que le désir de l’autre ne soit plus fractionné : telle ou telle zone m’excite. Mais aussi pour ne pas l’ignorer : telle ou telle zone réagit et vibre sous mes caresses. Pour qu’enfin ce soit l’âme que l’on aime pour ce qu’elle est et pas pour ce qu’elle revet spécifiquement sous telle ou telle dimension. Pour que l’âme soit aimé, il faut vaincre le corps en se débarassant de son mystère et de la fascination qu’il exerce, l’aimer tout entier pour ce qu’il permet d’exister, l’autre et sa personnalité. Le corps ne doit ni être caché ni être exacerbé.
Salam aleykoum
Je voudrais faire part, en tant que musulman, de l’intérêt que j’ai pour cette loi à venir.
Au tout début de la polémique, je suis allé sur le site du CFCM (ouvertement contre) et de l’UOIF (pourtant pas réputé être pro-gouvernemental ; il disait en résumé que rien dans le Coran ne justifie, ni n’interdit, cette pratique)
Partant de ces informations, j’ai revu ma position initiale ("pro-niqab", pour une majorité de raisons citées dans cet article) en me disant que si cette loi s’oppose à une pratique orthodoxe, voire ultra-orthodoxe pour éviter un mot cher à nos politiciens, alors ce n’est pas forcement un mal.
Mais ce débat dois nous faire réfléchir plus en profondeur sur l’un des fondements de l’Islam, à savoir l’absence de clergé. Ce fait nous pousse à avoir chacun notre opinion et donc une "non-unicité" qui créé des débats sans fin.
Bref, ma réflexion m’amène a trouver détestable au possible la communication faite autour de cette loi. Par contre s’il sagit de stopper net un fort courant rigoriste, limite rétrograde, qui viendrait avec force en France, alors j’y vois un intérêt.
Ce qui m’intéresserais surtout c’est de connaitre les livres qui poussent à porter le niqab, mes lectures en tant que musulman ne m’ayant jamais donner cette vision.
Un dernier point, une des recommandations du Prophète est de rester humble et de ne pas se faire remarquer (attirer l’attention) or je trouve que le niqab fait exactement l’inverse.
Ayant vu ici, des avis plutôt fortement contre la loi, j’aimerai pouvoir confronter nos point de vue.
Merci de m’avoir lu.
Bonjour Azzedine,
A la vue d’une personne portant le voile intégral, j’ai toujours un malaise, une interrogation : qu’est-ce qui pousse une personne vivant dans une société plutôt libérale comme la nôtre à se cacher, à nier sa propre apparence ? A ce jour, je n’ai pas trouvé de réponse à cette question.
Pour autant, je suis opposée à une loi d’interdiction, qui aurait pour conséquence immédiate d’exclure complètement les femmes concernées par le port de la burqa de l’espace public.
Une telle loi contredirait un principe fondamental de la République, qui est la liberté. Ce principe est beaucoup plus important pour l’ensemble de la société que la soi-disant défense de la dignité de la femme, qui comme l’a montré M. TEVANIAN, est à géométrie très variable.
Si nous entamons ce principe, nous mettons le doigt dans un engrenage. Après la burqa, que faudra-t-il interdire pour satisfaire cette pression vers une "norme" imposée ?
Bonsoir
Peut être que sur un site religieux, l’opinion d’un athée, laïque,ne s’excusant pas de ce qu’il est, mais sans haine pour les autres peut être utile
Il me semble à la lecture de cet article que l’énumération de paradoxes, le rappel des prises de positions des uns et des autres, les arguments pour ou contre les différentes formes de voile, tout cela est vain, et en réalité à des lieux des motivations profondes de la loi visant à interdire le voile intégral.
La vraie raison, selon moi est bien plus simple, bien plus évidente, primaire même.
L’opinion publique en France, et en Europe en général, considère à tort ou à raison cet accessoire comme symbolique d’un Islam radical, passéiste, extrémiste, et pour tout dire fascisant et celles qui le portent apparaissent comme rejetant brutalement toute velléité de "vivre ensemble" avec les autres communautés présente sur le continent et en particuliers avec les "souchiens" selon la terminologie de certains.
Face à cette peur, fondée ou non, mais bien réelle d’une partie de plus en plus large des peuples "souchiens" de se voir déposséder de leurs cultures, de leurs traditions et de leur "way of life" sur leur propre sol, les gouvernements, démocratie oblige, ne peuvent pas faire autrement que de réagir et d’envoyer des signes à la "vox populi" qui gronde (l’extrême droite monte inexorablement un peu partout en Europe)
Au fond, cette affaire n’est pas religieuse elle est politique au vrai sens du terme.
En tant qu’athée et laïque je ne suis personnellement pas opposé à cette loi, cela fait il de moi un raciste ? Je ne crois pas, mais ça n’est pas à moi de le dire et c’est de la réponse à ce genre de question que dépend l’avenir du "vivre ensemble".
La plupart des "souchiens" n’ont rien contre les musulmans et leur religion, n’ont aucune objection à ce que soit distribué des repas hallal dans les cantines ou les hôpitaux, essaient dans la mesure du possible d’aménager l’organisation du travail pour soulager leurs collègues qui font le ramadan,etc.
Bref ils n’ont aucun problème avec un Islam pacifique et serein, mais se sentent agressés par des attitudes qu’ils considèrent comme provocatrices et extrémistes, le port du voile intégral est de ceux la.
Peut être que si la majorité des musulmans, qui ne cherchent qu’à vivre en paix et à assurer l’avenir de leurs enfants, comme tout un chacun, s’opposaient eux même à ce genre de dérives d’autres, en échange, on peut toujours rêver, renoncerait à certains apéro sauSSisson/pinard nauséabond.
Amicales salutations
Cher Pierre Tévanian,
Le voile est médiatique, personne n’en doute. Je propose qu’on l’oppose à la nudité qui intéresse aussi les media.
En effet vos paradoxes sont intéressants et complexes, vous dénoncez finalement le racisme de la loi anti-burqa. J’y vois autre chose, sans contradiction avec votre point de vue, épris de justice.
Mon point de vue pourrait être toujours paradoxalement plus coranique. Je ne suis ni théologienne, ni exégète, je lis seulement la sourate où Satan fait découvrir à Adam et Êve leur nudité. Qui ignore que Satan n’est pas Dieu et qu’il essaie de faire honte à "nos premiers parents". En termes plus exégétiques aux représentants de l’espèce humaine qu’il n’aime pas. Il essaie de leur faire honte. ( En latin classique, me pudet signifie j’ai honte).
Le Coran, parole de Dieu ne saurait faire confiance à Satan qui n’est pas Dieu. Le Livre sacré& parle de la pudeur mais autrement. Dans le Coran, la pudeur s’exprime par le regard et l’attitude, et non plus par le fait de cacher telle ou telle partie du corps qui serait « honteuse » pas même le sexe...les parties intimes sont à préserver comme signes de la vie, qu’elles soient masculines ou féminines.
Aucune femme ne devrait dans ce domaine rester invisible, quasi morte pour autrui, afin de préserver une progéniture qui dépend aussi du sexe masculin.
La femme qui porte une burqa se reconnaît comme la propriété d’un mâle, musulman certes, mais interdite de relation en public avec tout autre être humain qu’il soit mâle ou femelle. N’est-on pas en présence d’une discrimination ?
Chacun sait que la burqa n’est pas coranique, elle pourrait bien mettre en évidence un véritable racisme. Cette femme est réservée à un arabe ou à un afghan voire même à un iranien. Elle ne saurait avoir d’autres relations avec le reste du monde. Elle est la propriété d’un homme, sa chasse gardée.
Le Coran déclare au contraire l’homme et la femme libres, capables de divorcer et de créer d’autres liens, voire même afin de créer un autre foyer musulman.
L’homme musulman n’a-t-il pas le droit d"épouser une femme juive ou chrétienne...
La femme musulmane de rencontrer des convertis...ni arabes, ni afghans ni iraniens... ?
La burqa pourrait bien être dérisoire. Même si elle est discriminatoire !
Nous savons qu’elle n’est en fait portée par une infime minorité. Pourquoi donc en faire un plat si ce n’est pour dénoncer certaines discriminations.
Dans notre monde machiste, reste certes à savoir de quelles femmes disposent certains hommes.
Ce point de vue n’est pas coranique mais machiste.
Amitiés.
Liliane Bénard
Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même.
Jean-Jacques Rousseau
Un article intellectuel, illustré et source de réflexions. Bravo à Pierre Tévanian !
Le problème du voile intégral en France ne nécessite pas une enquête sociologique. Il s’ agit tout simplement de problème d’ intégration et de respect de la laïcité du mpays où les musulmans ont voulu vivre. Le voile n’ a jamais été impèosé par l’islam, c’est une invfention du nouveau clergé musulman, bien que la religion musulmanne interdit le clergé.
Salama3likom rwb !!!
En ce qui concerne cette loi contre le niqab, avant j’étais contre, car pour ma part il s’agissait d’une atteinte à une liberté individuelle. Mais aujourd’hui, avec mon expérience, je remercie Dieu car c’est plutôt un bienfait bien que cette loi visait avant tout à nourir l’islamophobie puisqu’il s’agissait d’une minorité jusqu’au jour où j’ai été victime d’un macho qui justifiait ses actes et son comportement par la religion. En effet, je vais vous raconter mon histoire brièvement et j’espère que certaines femmes pourront la lire. Dernièrement je me suis mariée, en croyant que mon mari était dans la religion et respectait les principes du mariage, à savoir le respect pour son épouse etc nous savons tous que l’islam accorde une place importante à la femme au sein du foyer. Pratiquante avant de le rencontrer, je portait le voile islamique et non la burqua, au fil du tps mon époux commençait par de la violence morale et justifiait ses actes comme religieux, pour sa part je n’avais que des obligations envers lui et lui des droits, je ne pouvais ni avoir une vie sociale, ni professionnel et j’étais à ses ordres...il a fini par m’éloigner de ma famille et je subissais sans cesse insultes, et torture morale comme si je n’avais aucune valeur, j’étais devenu son esclave, sa propriété, puis il a commencer à m’imposer bien gentillement le port du niqab en me répétant que je devais le faire pour Dieu et qu’il ne m’obligeait pas, j’ai commencer par le jilbab, puis le niqab, en portant le niqab j’ai signé mon séjour en prison je dirais même pire, il ne marchait jamais à côté de moi et devant ses proches il se déclinait de toute responsabilité, un lâche, j’avais ma famille et sa famille derrière le dos qui était contre. Au fil du temps j’ai commencer par ouvrir les yeux, j’étais complétement coupé du monde, à cause de lui de mon entourage etc...j’ai pris la décision de le retirer qui lui a fait rage, quand je lui est annoncer que je le retirer il m’a insulté, ensuite j’ai porter le voile que je portais avant de le reconnaître, en étant avec lui ma foi baisser de plus en plus, car notre religion c’est la religion du juste milieu, aujourd’hui el hamdoullilah je m’en suis séparer bien que je reste avec certaines séquelles, ce fût un mariage de malheur...Si toutes ses femmes derrière leur burqa vive la même chose que j’ai vécu, je peux leur dire qu’il ne s’agit en rien de l’islam, ce sont des machos, des animaux, qui se cache derrière l’islam, et qui utilisent notre si belle religion pour leur égot ; à tous ces hommes (hypocrites) qui persécutent leur femmes je n’ai qu’une chose à dire, Dieu est Grand, viendra le jour ou vous serez jugez pour toute la haine que vous engendrez sur notre oumma !!!!!!!! Aujourd’hui, j’ai fini par retirer le voile à cause de toutes ces pressions, même si je sais qu’il n’est pas juste mais un jour j’espère pouvoir retrouver la foi que j’avais même mieux qu’elle s’agrandisse inchaAllah, il me faudra un peu de temps et des douas pour avoir la même force de caractère que j’avais avant de le rencontrer, c’est certainement un kheir, salama3likom rwb..
M. Tevanian, vous démontez les présupposés racistes qui sous-tendent cette loi avec brio. J’ai toujours été contre la loi car elle est en effet discriminatoire. Or, je demeure troublée par la façon dont votre argumentaire en vient à banaliser les pratiques machistes de tous ordres... De façon implicite, vous nous affirmez : "puisque le machisme sévit déjà fortement parmi les français non-musulmans, le machisme des français musulmans devrait être tout autant toléré". Vous le dites vous même, l’obligation différentielle de pudeur selon les genres est fondamentalement sexiste. Alors pourquoi ne pas critiquer ce traitement différentiel qui opère à la fois chez les musulmans et les non-musulmans ? Comment pouvez-vous défendre la démarche des Tumultueuses, qui renvoient la société franco-française à son propre sexisme pour mieux défendre les pratiques sexistes des Français musulmans ? Pourquoi la discrimination raciale serait-elle plus grave que la discrimination sexiste ? La gauche devrait parvenir à lutter à la fois contre les discriminations racistes et sexistes, ne croyez-vous pas ? Accorder la priorité à une lutte au détriment de l’autre est en soi discriminatoire... C’est ce que font les militant(e)s anti-voile qui se disent féministes tout en demeurant aveugles aux présupposés racistes de la loi, et c’est ce que vous faites en dénonçant le racisme tout en vous montrant complaisant face au sexisme ambiant. Ne seriez-vous pas vous-même un peu sexiste ? Pour ma part, il est grand temps que la gauche développe une analyse un peu plus intelligente de ces questions… D’autant plus que, comme l’affirme Gérard Noiriel, c’est une stratégie du pouvoir que de mettre an opposition les luttes contre la domination.