Obama et Israël : quand la montagne accouche d’une souris

Les médias nous parlent de la "fermeté" du président américain. De quelle fermeté s’agit-il ? L’AFP

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mardi 2 juin 2009

Il semble bien que Barack Obama et Israël sont en train de nous jouer un air connu : gros yeux, rodomontades, attention, je pourrais me fâcher.... tandis que le gouvernement Netanyahou joue l’intransigeance. Pour quel résultat ? Obama serait-il enfin celui qui obligrerait cet Etat voyou à respecter le droit international ? Certains ont retenu leur souffle.

Les médias nous parlent de la "fermeté" du président américain. De quelle fermeté s’agit-il ? L’AFP écrivait encore ce matin : "Le président américain Barack Obama a affirmé lundi, avant son départ pour le Proche-Orient, la nécessité d’une certaine fermeté envers Israël sur la création d’un Etat palestinien et la colonisation dans les territoires."Vous avez bien compris : Obama ne réclame ni le démantèlement des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, ni la fin de l’occupation, ni la levée du blocus de Gaza, ni le paiement de la facture pour la masse énorme de destructions dans la bande de Gaza ?

Obama ne demande pas à Israël de rendre aux Palestiniens ce qu’il leur a volé. Ni tout, ni partie. Les "exigences" d’Obama consistent à réclamer "le gel des colonies" : vous n’en construisez pas de nouvelles ! Et "l’Etat palestinien", où va-t-il être, maintenant que les Israéliens ont annexé plus de 89 % des terres palestiniennes, y compris Jérusalem Est ? Quels bantoustans veut leur proposer Obama ?

On ose nous refaire le coup du "bras de fer", le gouvernement israélien jouant la carte des "concessions impossibles", trop "douloureuses", pour faire entériner, comme d’habitude, la politique du fait accompli, désormais bien rôdée, qui consiste à voler, annexer la quasi totalité du terrain, pour ensuite avoir l’air de céder en s’arrêtant quand il n’y a plus rien à prendre.

Chaque fois que des dirigeants israéliens sont allés s’assoir à une table de négociations ou bien fini par prendre une décision "douloureuse" comme Sharon avec le fameux "désengagement de Gaza en 2005, il s’est agi d’un leurre. Une manière de gagner du temps et de faire croire à leur "bonne volonté". Ils n’ont jamais rien cédé, même à Gaza ou le retrait de 7000 colons, transférés en Cisjordanie, loin d’apporter la liberté aux Gazaouis, s’est accompagné d’un enfermement dès le premier jour.

Israël n’a jamais accepté une seule minute de laisser le moindre contrôle aux habitants de Gaza sur leurs frontières, ni la possibilité de communiquer avec leurs frères de la Cisjordanie. Le fameux "désengagement" a juste permis de mettre à l’abri 7000 Israéliens qui n’auraient ainsi pas à souffrir des bombardements que leur amée pourrait poursuivre en toute tranquillité.

Les gens honnêtes savent également ce que le "processus de paix d’Oslo" a réussi à masquer. L’opposante israélienne Tanya Reinhart a parfaitement analysé, dans son livre "Détruire la Palestine", ce bluff intégral. Elle a bien montré que non seulement, les Israéliens ont doublé le nombre de colons en Cisjordanie pendant les 7 ans de négociations, mais qu’ils n’ont à aucun moment accepté de démanteler les principaux blocs de colonies, ni de rendre Jérusalem Est, ni de laisser la moindre autocomie et viabilité à un Etat palestinien, qui aurait été morcelé en plusieurs parties, et privé d’accès aux frontières.

Aujourd’hui, la droite israélienne joue la carte de l’intransigeance, du "tout est à nous", du droit à "l’expansion naturelle des colonies existantes" (sic).

"Lorsque le président américain demande le gel de la construction, y compris de jardins d’enfants (dans les colonies), il s’écarte des ententes conclues avec Israël par le président (George W.) Bush" , a déclaré hier à la radio publique le ministre de l’Environnement Gilad Erdan, un proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu. "En 2004, M. Bush a indiqué dans une lettre que la construction pourrait continuer dans les grands blocs d’implantation en Judée-Samarie (Cisjordanie), et c’est en vertu de ce texte qu’Israël a ensuite évacué une vingtaine de colonies dans la bande de Gaza" , a-t-il ajouté.

On connait la chanson : le gouvernement Netanyahou —ou un autre— fera ensuite mine de céder sur ce point (le gel des colonies) et tout le monde poussera un grand ouf de soulagement.

Israël peut garder toutes ses colonies, continuer à occuper les territoires palestiniens, annexer Jérusalem, laisser en place le mur de l’annexion, les centaines de checkpoints, rendre la vie insupportable aux millions de Palestiniens qui vivent dans quelques bantoustans et continuer à en affamer 1,5 million d’autres dans le ghetto de Gaza ! Ils pourront bien entendu continuer à refuser aux réfugiés palestiniens le droit de revenir sur leur terre, et à rester le seul peuple au monde dans cette situation, malgré toutes les lois internationales qui stipulent que ce droit au retour est inaliénable.

Mais nous serons soulagés : pas de nouveaux jardins d’enfants dans les colonies ! (mais peut-être de nouvelles piscines pour colons, "routes de contournement", ou "zones de sécurité" ?).

Ls Israéliens auront fait une "concession douloureuse", et c’est cela qui compte, non ? Les colons hurleront, menaceront... et on dira, comme pour le boucher Sharon, transformé en grand homme de paix : "Ah, quel courage a ce gouvenment israélien de s’opposer à la pression d’une partie de la population, des parlementaires et du gouvernement !". Et pendant que l’on discutera de ces enfants de colons à naître, privés de jardin, Israël pourra continuer à massacrer les enfants palestiniens, à chasser les Palestiniens, à détruire leurs maisons, à déraciner leurs oliviers, à emprisonner des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, à les torturer.

Il pourra également continuer à faire preuve d’un racisme décomplexé, en refusant d’accorder les mêmes droits aux citoyens juifs et non juifs du pays, sans qu’aucun gouvernement ou institution l’en empêche. Les rapports d’enquê te succèderont au rapports d’enquêtes quand les massacres seront un peu trop voyants. Et on continuera à dérouler le tapis rouge à tous ces criminels de guerre, en les présentant comme des hommes courageux qui ont fait des propostions tout à fait avantageuses, mais que ces terroristes de Palestiniens n’ont pas voulu accepter.

Et Obama, comme Clinton, nous rejouera sans doute la scène du "j’ai fait ce que j’ai pu", mais les Palestiniens ont fait échoué les négociations ? Pourquoi un Etat voyou obligerait-il d’ailleurs un autre voyou à se comporter de manière morale ? Obama vient d’ augmenter le budget militaire des Etats-Unis, et envoie de nouvelles troupes en Afghanistan. Est-ce vraiment ainsi qu’on prend le chemin de la paix et de la justice ?

L’opinion publique est de moins en moins dupe. Elle sait désormais qu’il ne faut pas compter sur nos dirigeants pour faire appliquer le droit des peuples à l’autodétermination, le droit international, et la justice. C’est pourquoi il nous revient de demander des comptes à Israël et à les considérer comme des parias tant que se poursuivra cette macabre comédie. La campagne de boycott d’Israël, doit continuer à gagner en influence dans le monde entier.

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Auteur : Olivia Zémor

Présidente de CAPJPO-EuroPalestine

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