Le nouveau vice-président d’Egypte est le favori des Américains

Sa bonne image chez les Américains –auprès desquels il a été formé au renseignement militaire, notammen

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samedi 29 janvier 2011

Le nouveau vice-président d’Egypte est le favori des Américains

Le changement dans la continuité. Samedi, le président égyptien Hosni Moubarak a nommé au nouveau poste de la vice-présidence un loyaliste par excellence, l’ancien général Omar Suleiman, chef des services secrets et candidat idéal à la succession pour les Etats-Unis.

En prêtant serment, Omar Suleiman, homme de l’ombre du régime autocratique d’Egypte, accède ce samedi à la vice-présidence du plus grand pays arabe. Un parcours hors du commun pour cet homme de 74 ans : issu d’une famille modeste, ce militaire de carrière, formé d’abord en Union soviétique dans les années 60 puis aux Etats-Unis durant les années 80, s’est taillé la réputation de dirigeant de services secrets le plus influent du monde arabo-musulman.

Proche des milieux d’affaires, Omar Suleiman est reconnu comme un partenaire estimable pour les Américains et les Israéliens. Chargé depuis dix ans de la médiation dans le conflit israélo-palestinien, l’homme est également considéré comme un interlocuteur biaisé par le Hamas en raison de son opposition radicale aux Frères musulmans. Les alliés occidentaux, à l’inverse, lui sont reconnaissants d’avoir contenu les mouvements terroristes depuis sa nomination à la tête du renseignement en 1993.

Mais c’est en 1995 que son destin prend un tour singulier : son insistance pour que Hosni Moubarak se déplace dans une voiture blindée lors de son voyage en Éthiopie lui assurera la reconnaissance indéfectible du président égyptien, précisément victime d’une tentative d’attentat. Son apparition à ses côtés lors des funérailles du Syrien Hafez El-Assad, en 2000, sera jugé par les analystes égyptiens comme un signe d’adoubement pour une éventuelle succession.

Dix ans plus tard, c’est la manifestation, présentée comme spontanée, de partisans d’Omar Suleiman dans les rues du Caire, en septembre dernier, qui indiquera la progression de son installation au cœur de l’appareil d’Etat égyptien. De par son double statut, militaire et civil, l’homme paraissait depuis longtemps tout désigné pour succéder à Hosni Moubarak, soit par la voie des élections, soit par un « coup d’Etat » plus ou moins feutré.

Sa bonne image chez les Américains –auprès desquels il a été formé au renseignement militaire, notamment à Fort Bragg- devrait le favoriser pour prendre la place du Rais. Ses accointances au sein de la classe politique israélienne sont également jugées rassurantes par l’actuel gouvernement de Benjamin Netanyahu. Sa connexion à Tel Aviv a souvent été très utile : ainsi, en 2001, comme le rapporte le journaliste Thomas Gordon, c’est grâce à sa proximité avec le Mossad, et notamment avec un haut responsable se disant proche de la mouvance Al Qaida, que le chef des services secrets égyptiens a pu apprendre l’imminence de l’attentat du 11-Septembre et en informer le responsable de l’antenne de la CIA au Caire. En vain, semble-t-il…

Quoiqu’il en soit, si Omar Suleiman devait succéder dans les prochains temps à Hosni Moubarak, cela n’augurerait rien de bon pour les libertés civiles : outre son approbation de la torture à l’encontre des militants islamistes emprisonnés, les Egyptiens lui doivent également son soutien pour la prolongation de l’état d’urgence dans le pays, un système structurellement néfaste à l’application des droits de l’homme. Au travers de la situation égyptienne en cours, le monde arabe connaît son épreuve de vérité : l’enjeu sera de savoir si la tutelle de l’Occident sera maintenue ou bien si les aspirations démocratiques du peuple à l’autonomie pourront enfin s’exprimer.

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