Décembre 2010 : crise politique en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo refuse de céder le pouvoir malgré sa défaite à l’élection présidentielle du 28 novembre. Son adversaire et vainqueur du scrutin, Alassane Ouattara, crie au scandale. Toute la communauté internationale s’insurge contre ce coup de force du président sortant. L’ONU, les Etats-Unis, l’Union Européenne et bientôt l’Union Africaine menacent Laurent Gbagbo de sanctions s’il ne reconnaît pas le résultat du vote. L’Occident exige le respect d’une élection qui s’est déroulée dans des conditions relativement correctes en invoquant le respect de la démocratie et de la volonté populaire des Ivoiriens.
Retour en arrière. C’était un 26 janvier 2006. Autre région mais une situation similaire. Ce jour-là, les Territoires palestiniens votent pour des élections législatives. Deux grands partis représentant l’essentiel du mouvement national palestinien s’affrontent. Le scrutin, que supervisent des centaines d’observateurs internationaux, se déroule dans des conditions exemplaires de transparence. Le résultat est sans appel. Le Hamas remporte haut là main l’élection en raflant la majorité absolue des sièges. Mais ici, c’est le contraire de la situation ivoirienne qui va prévaloir. Les Etats-Unis, Israël et l’Union Européenne se refusent de considérer l’issue du scrutin. Le parti sorti vainqueur des urnes se voit mis au banc des accusés.
L’Occident décidera de sanctionner le peuple palestinien pour avoir mal voté et très vite, les soutiens financiers des organismes internationaux se tarissent. A l’inverse du cas ivoirien, les perdants (le Fatah) se voient confortés dans leur refus d’honorer l’issue du suffrage. Dans la foulée, des dizaines de députés élus démocratiquement vont être jetés en prison par Israël pendant que les effets du boycott international vont finir d’accentuer la détresse d’un peuple palestinien (surtout à Gaza) qui ajoutera à son malheur le déshonneur.
Des condamnations sélectives
Ce traitement à géométrie variable démontre la grande incapacité des Occidentaux d’être à la hauteur des valeurs qu’ils sont censés incarner. Leur attitude est ici proche de l’hypocrisie. Comment peut-on exiger le respect des règles démocratiques dans un cas quand on les piétine allègrement dans un autre ? Ce deux poids deux mesures laisse un goût amer et pose de sérieuses questions sur les intentions d’un Occident visiblement davantage guidé par ses intérêts que par le respect de valeurs qui se veulent pourtant au fondement de son identité.
Car somme toute cette politique est dangereuse, stérile et contre-productive. Dangereuse car elle renvoie de l’Occident une image désastreuse.
En invoquant la démocratie et les droits de l’Homme pour la Côte-D’ivoire ou le Darfour et en se taisant devant les crimes de guerre commis en Irak ou à Gaza, le message de l’Occident se voit discrédité et rejeté par une grande partie des peuples du Sud, notamment dans le monde musulman. Absurde car censurer un parti sorti vainqueur des urnes est le meilleur moyen de le conforter dans sa posture de victime, de renforcer sa popularité et même de le pousser à la radicalisation. Enfin contre productive car elle fournit du grain à moudre à tous ceux (et ils sont nombreux) qui fustigent la domination occidentale en prenant justement prétexte de cette hypocrisie lucrative. Et rien n’éclaire plus ce comportement troublant que la situation palestinienne
Durcir le ton face à Israël
La crise ivoirienne nous permet en effet d’appréhender en miroir le problème palestinien. Pratiquement deux ans après la sanglante opération "Plomb durci" menée par l’armée israélienne à Gaza, la situation demeure bloquée et la perspective d’aboutir à un accord de paix s’éloigne chaque jour davantage. Et pour cause. A la tête d’un gouvernement de droite dure (dans lequel figurent des représentants de l’extrême-droite israélienne) Benyamin Netanyahou persiste dans une politique intransigeante : poursuite de la colonisation, de l’édification du Mur (que la Cour Internationale de Justice avait estimé illégale), promulgation de lois scélérates légalisant une discrimination à l’endroit des Palestiniens d’Israël, judaïsation à marche forcée de Jérusalem-Est, poursuite du siège infâme de la bande de Gaza etc.
Ce qui est ici surprenant c’est le silence complice des pays occidentaux qui, au mieux, se contentent de lâcher de timides condamnations. Mais penser à des sanctions envers un gouvernement coupable de fouler au pied les résolutions internationales et sur lequel plane des accusations de crimes de guerre (1), ça jamais.
De l’autre côté, le million et demi d’habitants de la bande de Gaza continue de croupir dans des conditions "indignes et épouvantables" comme le rappelait récemment l’ancien ambassadeur français Stéphane Hessel. Considéré comme "terroriste" par les Américains et l’Union Européenne, le Hamas qui gouverne à Gaza continue pourtant de bénéficier de la confiance d’une majorité de Palestiniens. Seulement, l’opprobre international est ici de mise sous le prétexte que le Hamas ne reconnaît pas Israël.
Ce lieu commun réducteur est loin de refléter une réalité plus complexe, de nombreux responsables du Hamas ayant à plusieurs reprises rappelé qu’ils accepteraient un plan de paix qui octroierait au peuple palestinien un Etat dans les territoires occupés en 1967 – ce qui vaut une reconnaissance de facto d’Israël. La Ligue arabe a réitéré plus d’une fois la même proposition. Mais la réponse israélienne a toujours été un refus catégorique. Il est vrai que la charte du Likoud (parti de M. Netanyahou) ne reconnaît pas la Palestine (2) et que nul n’est plus sourd que celui qui ne veut entendre.
Une seule solution : l’application du droit international
Pour sortir de ce deux poids deux mesures insupportable pour beaucoup, l’Occident devra renouer avec ses principes et maintenir une même position sous toutes les latitudes. Celle-ci signifie de mettre un terme à la complaisance et de parler le langage de la fermeté lorsqu’il s’agit du respect du droit. Car les condamnations sélectives ne règleront pas le problème ni au Proche-Orient ni en Côte d’Ivoire. Le plus regrettable est que le véritable perdant dans cette histoire est la foi en l’idéal démocratique. En l’invoquant au gré de ses intérêts, l’Occident perd de son âme et s’expose de son plein gré aux critiques les plus acerbes.
Notes :
(1) http://blog.mondediplo.net/2010-05-31-Israel-l-impunite-jusqu-a-quand
(2) http://www.protection-palestine.org/spip.php ?article9230




Commentaires
L’analyse de Nabil Ennasri est tout-à-fait juste ! Les ivoiriens ont bien raison de douter de l’occident et même de l’ONU. Leurs forces armées vont sans doute se retirer pour laisser libre cours non pas à un état ivoirien mais à un bain de sang anti ou pro occidental !
En Palestine, la question est moins celle d’un état palestinien que de la reconnaissance d’Israël, production occidentale. Herzl a fondé l’état juif à Bäle en 1897.
Où en est-on de l’autodétermination des peuples ? Apparemment, les Ivoiriens devraient respecter le résultat des urnes mais ils savent aussi que celui des urnes en Palestine n’a pas été respecté par l’occident.
Comment favoriser la liberté des peuples, leur possibilité de disposer d’eux-mêmes par delà les menaces financières et oppressives ?
Certes le Hamas a gagné les élections mais il est quand même surprenant d’apprendre que l’Occident, ce "grand ennemi" du monde arabo-musulman, finançait la Palestine à la place des pétro-monarchies, pourtant si proches de la Mecque.
A Orlando :"Certes le Hamas a gagné les élections mais il est quand même surprenant d’apprendre que l’Occident, ce "grand ennemi" du monde arabo-musulman, finançait la Palestine à la place des pétro-monarchies"
Trés bonne question !
VOus devriez faire des recherches dans ce sens. Mais la réponse que vous trouverez à votre question vous déprimera tellement vous y trouverez l’horreur des intêrets qui se jouent derrière ce soit disant financement !
Quant aux pétro monarchies elles sont entrain de dépouiller leurs peuples pour engraisser ceux des autres !
Je crois qu’il faut saluer, la réaction unanime de la communauté internationale condamnant le putsch électoral de Laurent Gbagbo même si elle a pour le moment eu peu d’effet sur ce dernier.Je rappelle, que le régime illégitime de Gbagbo s’appuie sur la xénophobie et s’est rendu coupable de nombreuses violations des droits humains
Bien sur ,il faut dénoncer avec force le traitement de "deux poids deux mesures" au détriment du peuple palestinien qui mérite de voir enfin ses droits légitimes depuis trop longtemps bafoués par Israel avec la complicité active de l’occident reconnus et respectés.
vous dites dans votre texte, je cite :
"Pour sortir de ce deux poids deux mesures insupportable pour beaucoup, l’Occident devra renouer avec ses principes et maintenir une même position sous toutes les latitudes."
veuillez me citer une seule fois où l’occident a respecté ce soi disant "principe" qui est le sien....
pour renouer, il faut déjà avoir noué une fois.
A lausseni :"Je rappelle, que le régime illégitime de Gbagbo s’appuie sur la xénophobie et s’est rendu coupable de nombreuses violations des droits humains" A un moment j’ai pensé que vous parliez d’Israel ouf...nous voilà rassurer...
Amazone, je me demande aussi si le Hamas, après avoir reçu le pouvoir pour une législature, aurait organisé les élections suivantes. Il y a des précédents fâcheux. Certes le Fatah n’a pas organisé d’élections législatives en janvier 2010, mais ceci est due à l’impossibilité de les orgaiser dans la bande de Gaza. Dans la région personne ne lâche le pouvoir, quant à la démocratie ce n’est pas un concept local.
Il n’y a aucun intérets ou un avantage que les européens reconnaissent ou pas un gouvernement issu du Hamas mais il y a plutot un suivi aveugle de la ligne politique israélienne.On reconnaitra celui qui sera reconnu par Israel. Ensuite on vient nous parler d’indépendance et de souvraineté.
je suis d’avis avec vous que l’occident est amoureuse de l’injustice ;je dirais même que l’occident, dans ses rapports avec les peuples "non civilisés",renie la civilisation ; mais pour déclarer perdant le président ivoirien , vous faîtes exactement comme l’occident,vous vous fiez à ses déclarations qui seraient subitement devenues impartiales et bienveillante pour l’afrique ;en tout cas comme l’occident, vous pensez que c’est aux présidents occidentaux et à leur médias de désignez le président qu’il nous faut et non pas nous même selon nos lois et intitutions. Bravo !
le deux poids deux mesures se mesurent à l’aune de la capacité du puissant face à celui de l’indigent, le misérable. En somme, rien pour le misérable car il ne peut rien faire à par courber l’échine et accepter le jugement de son maître.
Le remède, une bonne dose de volonté et de sacrifice. A t-on réellement besoin des "grands maîtres d’occident" et de leurs laquais,présidents-dictateurs-éclairés à la sauce Adler ?
j’oubliais, ils possèdent une armée, des armes et un appareil répressive orwellien.
@ Orlando ! Il faut arrêter avec cet argument stupide selon lequel la Palestine et plus exactement l’Autorité Palestinienne est financé majoritairement par l’UE et non par les pétro monarchies ou les pays arabes et musulmans en général.
Il est tout bonnement impossible de faire des transferts de fonds sans que ces mouvements aient été validés par Israel. Et pour cause Israel n’accepte de laisser passer dans les banques que les mouvements de fonds parfaitemement dédiés (paiement de salaires, rentes, ...). Pour la petite histoire les fonds doivent impérativement transiter par des banques israeliennes !
Si les israeliens ne bloquaient pas les fonds la Palestine croulerait sous les financements internationaux. Pour info il y a pas si longtemps il y a eu une levée de fonds de 8,7 milliards de dollars pour la Palestine mais impossible de les acheminer sans accepter le contrôle israelien !Si en plus du blocus imposé à Gaza, de la colonisation toujours plus rapace, de la discrimination systématique des palestiniens, Israel rajoute le contrôle absolu des mouvements financiers. Pour votre gouverne la collecte des taxes et droits divers est assurée par Israel !! Réfléchisser avant de répéter les mêmes inepties que les médias main stream dont on connaît leur partialité.
La question est bien celle de la reconnaissance et du respect. Les Ivoiriens doivent être respectés pour eux-mêmes et non parce qu’ils sont "protégés" par l’occident ou l’ONU.
Tous les occidentaux ne sont pas colonialistes, ni non plus tous les ONUsiens. Tous les Ivoiriens ne sont pas corrompus. Qui leur donnera la parole ?
Les urnes sont aussi frelatées que l’ordre et la finance mondiaux.
Qui ne respecte pas les droits humains ?
Je ne suis pas du tout savante en la matière. Je vois bien que des intérêts s’affrontent en deça des besoins humains comme ceux de la jeunesse alors que des Ivoiriens écoutent la voix des "grandes puissances". Il ne s’agit d’être ni pour Laurent Ghagbo qui a peut-être fait son temps, ni même pour Alassane Ouattara,mais pour la justice. C’est facile à dire face à tant d’injustices dont on ne saurait pourtant rendre responsables ni l’occident ni l’ONU.
Qui donc est responsable si ce n’est l’ordre du monde. Un pauvre noir ou blanc quelque soit le gouvernement restera un pauvre s’il reste ignorant dans un pays où la langue officielle est le français !
Il y a là bien sûr deux poids, deux mesures !
Excuse moi cher Nabil mais le droit international que tu invoques est celui des puissants qui a volé la Palestine pour la donner aux sionistes, comment peux tu encore croire à ce droit des plus forts, ou l’invoquer pour trouver une solution , alors que seule la résistance peut arriver à quelque chose.
A Orlando :"Dans la région personne ne lâche le pouvoir, quant à la démocratie ce n’est pas un concept local."
Je suppose que cette affirmation est dénuée de tous préjugés ?
Le concept de dictature n’est pas la marque déposée de cette région, l’actualité nous le rappelle tous les jours malheureusement ...
Orlando je crois que vous avez besoin d’un petit cours d’histoire concernant cette région, comme le rappelle si bien Ben la Palestine fût spoliée par les Etats Européens afin de la donner aux sionistes.
La culpabilité des états européens face aux massacres des juifs, dont ils ont participés, sinon devant lesquels ils ont fermés les yeux était telle que pour soulager leurs consciences, ils ont permis, encouragés et financés la création d’Israel.
Aujourd’hui ces mêmes états disent "dédommager" ces pauvres Palestiniens à coups d’aides alimentaires et de quelques millions d’euros pour reconstruire les infrastructures qu’israel bombardent régulièrement.
Pas trés cher payé pour un peuple a qui ont a tout pris, de sa terre, à son droit de vote et même sa LIBERTE n’est ce pas ?
Bravo ben,
Quel courage de résister derrière son écran d’ordinateur.Tu es prêt a te battre jusqu’au dernier Palestinien.
Le problème de l’occident c’est son grand paradoxe à voir et à solutionner les choses...
Le problème des monarchies, psuedo-democraties arabes, c’est qu’ils ne savent pas prendre de décisions !
Bagbo est un "fasciste", il n’a pas le soutient de l’occident.
Le Hamas est un parti "fasciste", et n’a pas de pétrole, il n’a pas le soutient de l’occident. Pourquoi soutenir un mouvement politique anti occidental (contre l’occident pour ce qu’il a de meilleur : la liberté, l’émancipation, la culture etc... )
Sur ce point il y a une cohérence, le non soutient à des groupements fascistes, xénophobes, qui traitent leur opposition par la force.
La cohérence disparait quand il y a de gros intérêts économiques enjeu à ne pas soutenir les gouvernements en place, comme l’Arabie Saoudite.
Adapa : vous êtes un parfait ignorant.
Le Hamas n’est pas fasciste. De toute évidence vous ne comprenez pas ce que fasciste signifie.
Corporatisme (fusion des pouvoirs de l’argent et du gouvernement), xénophobie comme idéologie active et arbitraire dans la gestion du pouvoir, voilà en grandes lignes, le fascisme.
Selon cette définition, les partis d’extrême-droite européens ont des tendances fascistes, le gouvernement fédéral américain se fascise, la droite latino-américaine tend vers le fascisme et le pouvoir tunisien a plusieurs des caractéristiques du fascisme.
Les partis politiques israéliens dans leur totalité ont des tendances fascisantes.
À part le Meretz et les communistes, ils vont du « un peu fasciste » des Travaillistes au « complètement fasciste » du Shas.
Le Hamas selon cette définitions n’est pas fasciste.
Même s’il était, ce n’est pas à Israel, les US et les Européens de décider qui devra gouverner les Palestiniens.
Et quand on regarde qui vole les droits, la terre, les biens, la dignité, la mémoire et la parole des Palestiniens, il s’agit vraiment des brigands qui crient « Au voleur ! ».
Et les racistes comme Adapa de chanter en unisson que les victimes doivent continuer d’être punis...
Mon Dieu, pardonnez-les car ils ne savent pas ce qu’ils font ni ce qu’ils disent...
Et Dieu -Exalté Soit-Il- Est le Miséricordieux, l’Omnipotent, le Sage
Karim B de Montréal, s’il vous plaît calmez-vous.
Il semble pourtant évident à tout le monde que le hamas respecte la liberté d’expression de la presse, qu’il n’impose en aucun cas le voile à l’école, qu’il prévoie des élections, qu’il ne lance jamais de roquettes dans le but d’obtenir une réaction pour jouer le martyr, et qu’après tout les vessies peuvent être prises pour des lanternes.