La problématique de la femme musulmane au centre du dialogue des cultures

Le constat d’une culture de discrimination envers la femme est rarement admis en terre d’islam, où l’o

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mardi 20 mars 2007

Notre monde est en train de vivre une période très sensible confronté comme il est à une crise profonde de sens et de crispation identitaire. Là où on se retrouve on entend presque toujours le même type de discours, à savoir celui des concepts schématiques incluant la distinction EUX et NOUS. Selon cette vision, l’Autre est toujours dangereux car il est généralement sous-entendu dans sa différence négative.

Cette vision binaire du monde a toujours existé et les peuples se sont toujours affrontés au nom de leurs différences idéologiques, religieuses, culturelles ou autres. Il y a toujours eu dans le cycle évolutif des civilisations humaines, celles qui en atteignant leur apogée, vont inéluctablement essayer de dominer celles qui sont en déclin : les Grecs contre les barbares, les Chrétiens contre les païens, les Colons contre les indigènes. Hier encore c’était le « monde libre » face au régime communiste et aujourd’hui c’est l’Occident -variable selon la conjoncture tantôt « judéo-chrétien » tantôt « gréco-romain »- face à un monde de l’islam en déclin forcément archaïque et barbare !

Comment expliquer que, malgré l’évolution technologique incroyable et la mondialisation culturelle, censée nous rapprocher dans ses dimensions virtuelles les plus irréalistes, cette vision manichéenne du monde persiste encore, nous rendant de plus en plus hermétique les uns aux autres ?

Plus l’information circule, plus l’ignorance de l’autre s’accentue. On se côtoie sans se rencontrer, chacun essayant de construire son identité contre celle de l’Autre, en prenant bien soin de s’en différencier.

On a l’impression de vivre une impasse idéologique faite d’incompréhensions, de non-dits où chaque événement international est vécu de part et d’autre dans un formidable décalage émotionnel. La fracture entre l’Occident et l’islam – dans ses représentations Nord et Sud- semble s’approfondir chaque jour, dressant un mur d’incertitudes et de suspicions entre ces deux mondes que tout semble séparer. Du côté occidental, l’islam est perçu comme un monde monolithique, profondément étranger, en marge de l’histoire et surtout structurellement réfractaire à la modernité occidentale . Alors que du côté du monde musulman, on perçoit l’Occident comme un univers de dépravation, un monde hégémonique et dominateur, responsable de tous nos malheurs !!!

La théorie du choc des civilisations hante nos esprits, et qu’on le veuille ou non, depuis le 11 septembre, l’islam qui, a d’ailleurs toujours incarné historiquement parlant, l’altérité dans toute sa perception péjorative, est devenu le bouc émissaire favori et le terreau favorable à l’éclosion des principales tensions planétaires.

C’est d’ailleurs cette même thèse qui a permis aux tenants de la géopolitique moderne d’ériger de nouveaux concepts stratégiques tels que la guerre préventive contre une prétendue civilisation islamique – apparemment toujours en péril contre elle-même- à qui il faudrait apporter les bienfaits de la démocratie par le biais- très civilisée- de l’occupation militaire en exploitant au passage ses richesses naturelles.

C’est ainsi et le plus naturellement du monde que, jour après jour, et évènements après évènements l’islam fait la une des médias. Dans le microcosme médiatico-politique, on s’acharne à opposer toutes les valeurs de la modernité à l’islam. « Le Coran ce livre qui fait tellement peur aux occidentaux » .Voilà le titre par lequel commencent certaines émissions culturelles diffusées à une heure de grande écoute .

Selon une image disproportionnée et véhiculée à outrance, l’islam est devenu l’ennemi de la modernité : des attentats terroristes, au sous-développement, au taux élevé d’illettrisme, au déficit de démocratie, en passant par les problèmes de l’immigration, à la situation des femmes musulmanes. Tout est désormais interprété du point de vue théologique et non pas selon les grilles de lecture sociopolitiques conventionnelles.

On prétend expliquer la nature des problèmes – de tous les problèmes- qui sévissent dans cette zone du monde par le caractère culturel et structurellement religieux de ces sociétés qui seraient « en retard » sur la modernité, car elles peinent à « se libérer » de la religion comme l’ont faite les sociétés occidentales.

Il est évident aujourd’hui que le discours politique prédominant est un discours qui instrumentalise la peur et alimente les clichés réducteurs. Le terrorisme est désormais intimement lié à l’islam, tout musulman en est génétiquement suspect jusqu’à preuve du contraire. Dans toutes nos tentatives de dialogue les uns avec les autres, il faudrait savoir retransmettre ce sentiment intolérable de « stigmatisation » dont sont victimes les musulmans à l’échelle mondiale.

Avec le « délit de faciès » et le « délit d’appartenance à l’islam », les musulmans se retrouvent dans cette position vulnérable de devoir « se justifier » éternellement pour « ce qu’ils ne sont pas », « pour ce qu’ils ne sauraient être » et pour cette identité musulmane qui leur colle à la peau, et qui à force de matraquage idéologique est devenue hautement suspecte et ô combien difficile à gérer.

Parmi les sujets qui reviennent fatalement lorsqu’on essaie d’amorcer un semblant de dialogue entre les cultures, celui de la situation de la femme en islam semble prendre une place primordiale du fait de l’incroyable nombre de stéréotypes et de préjugés qui se sont accumulés autour de ce thème.

En effet, parmi les clichés les plus récurrents concernant l’islam, il va sans dire que celui concernant le statut de la femme musulmane reste incontestablement le plus suggestif, puisqu’il prétend à lui seul résumer l’essentiel du « prêt à penser » envers cette religion.

« La femme musulmane est opprimée par l’islam » : c’est là, un des adages, les plus fréquemment admis et unanimement répandus à travers le monde, et qui à lui seul, semble cristalliser le caractère irréductible de la civilisation islamique. L’islam est perçu à travers le prisme déformé de cette représentation de la femme musulmane, qui se retrouve, elle- même, au centre d’un débat universel et polémique concernant le rôle de la religion, de la tradition, de la liberté et de la modernité.

« La femme musulmane est victime de toutes les oppressions » et à travers ce type de préjugé, on sous -entend l’oppression de l’homme arabe ou musulman, des lois intransigeantes et barbares de la Charria, en somme de cet islam totalitaire, machiste et tyrannique.

On a même l’impression que la situation de la femme musulmane telle qu’elle est vécue traditionnellement, constitue la « brèche idéale » à travers laquelle une certaine idéologie hégémonique occidentale veut s’immiscer afin de discréditer tout un système de valeurs culturelles. Le méta discours actuel sur la musulmane voilée, recluse et opprimée n’est finalement qu’une reproduction continuelle de la vision orientaliste et colonialiste, toujours en vogue dans les représentations contemporaines post-coloniales.

Ce discours éternellement accusateur sert surtout « d’alibi » à toutes les attitudes politiques de domination culturelle et conforte l’analyse binaire qui oppose, le plus naturellement du monde, le modèle « universel » de la femme occidentale libérée, à celui de la musulmane opprimée et donc à libérer. L’opposition de ces deux modèles permet également de maintenir la catégorisation de la femme musulmane comme femme de « seconde zone » et surtout de l’exposer comme une image repoussoir par rapport à la modernité, la civilisation et la liberté.

D’ailleurs, cette obsession de « libération » de la femme musulmane a même servi de « prétexte » politique pour légitimer des entreprises néocoloniales telles que la guerre en Afghanistan, où la « démocratie » américaine a tenté de « libérer » les pauvres femmes afghanes de leur horrible burka. Selon la même logique, on retiendra aussi le critère des « droits de la femme » pour évaluer le degré de démocratisation des régimes arabes remodelés dans cet espace géopolitique qu’est le « grand moyen orient » selon la vision de l’administration Bush !

Il ne s’agit pas ici de généraliser cette vision à l’ensemble de l’occident en prétendant que tout le problème se résume finalement à un sournois complot contre les sociétés musulmanes, et d’accuser l’Occident de tous les maux dont souffrent ces sociétés. Loin s’en faut. Il s’agit plutôt de dénoncer l’instrumentalisation politique de cette problématique – et de tant d’autres aussi- très complexe et surtout très sensible aux yeux des musulmans, par une certaine vision politique hégémonique occidentale.

En revanche, il faudrait humblement admettre que parmi les critiques inlassablement adressées aux musulmans, celle concernant le statut de la femme reste des plus sensés et des plus vraies, malgré son instrumentalisation politique, son essentialisation outrageuse et la vision réductrice qu’en fait l’occident.

Même si la situation des femmes a connu ces dernières décennies une amélioration notable et qu’elle varie de façon importante d’un pays à l’autre, selon le niveau socioculturel et éducationnel, il n’en reste pas moins que le statut juridique de la femme musulmane reste de loin le plus rétrograde au monde. En effet, selon le dernier rapport des Nations Unis (Juillet 2006) : « les schémas éducatifs traditionnels, les dispositions discriminatoires du droit de la famille et le code du stat personnel, perpétuent de façon flagrante les inégalités et la subordination des femmes ». Rien que cela…

De l’analphabétisme, (les taux d’analphabétisme dans les pays arabes sont les plus élevés au monde -70 millions d’analphabètes -avec une nette prédilection pour les femmes qui représente 45% ), au statut de mineure à vie, à l’absence d’autonomie, aux obstacles à la participation politique, sans parler des mariages forcés, et des crimes d’honneur dans certaines régions. Tous ces abus demeurent malheureusement l’apanage quotidien de nombreuses femmes musulmanes et sont dans la majorité des cas, cautionnés par une certaine lecture du religieux.

Ceci étant, il convient de faire la part des choses et réfuter l’assertion qui prétend que le message spirituel du Coran, texte sacré de l’islam, serait la source principale de la discrimination et de la dévalorisation des femmes. Le constat de la situation de la femme en terre d’islam est réellement accablant, mais il est important de différencier entre le fait culturel et l’essence d’une religion, entre un message spirituel et ses diverses interprétations.

Une règle commune consiste à incriminer fatalement le Coran comme source inéluctable de discriminations envers la femme. Or le vrai problème qui se pose ce n’est pas tant le Coran en lui-même, mais plutôt ce que l’on a fait de ce Coran à travers des siècles et des siècles de lecture et d’interprétations sexistes envers la femme. Une interprétation rigoriste et complètement fermée du religieux qui a légitimé durant toute l’histoire musulmane volontairement ou non, une véritable « culture de discrimination » à l’encontre des femmes.

Il est évident et facile de retrouver des arguments coraniques qui infériorisent la femme – comme d’ailleurs dans tout texte religieux que cela soit la Bible ou la Torah – quand on pratique une lecture littérale, statique qui ne prend jamais en compte ni la dynamique historique des époques de la révélation, ni celle de la conjoncture actuelle.

Ceci dit, le constat d’une culture de discrimination envers la femme est rarement admis en terre d’islam, où l’on retrouve le plus souvent un discours islamique interne qui tente de répondre à ces allégations par la justification et la réaction passionnelle, affirmant que « l’islam protège la femme, qu’il l’honore et qui lui donne tous ses droits ». Ce discours officiellement ressassé, toujours sur la défensive reste, malgré sa véracité dans le fond, très théorique, très superficiel voire insuffisant et surtout en contradiction flagrante avec la réalité de la majorité des sociétés musulmanes.

Le véritable problème dans les pays musulmans est que les femmes ont été marginalisées pendant des siècles au nom du sacré. Alors que le message spirituel a permis à ses débuts et par rapport au contexte de l’époque, d’instaurer une véritable dynamique de libération des femmes, qui sera rapidement détournée par les coutumes tribales discriminatoires et l’impulsion qu’a connu le statut de la femme musulmane avec la révélation coranique va petit à petit s’estomper en faveur d’une lecture strictement juridique complètement vidée de son éthique spirituelle.

Même si en islam il n’existe pas de Clergé, il y a eu à travers l’histoire de la civilisation islamique l’instauration tacite d’une institution savante exclusivement masculine qui s’est approprié le droit de légiférer au nom de Dieu. Ceci a d’ailleurs été spécialement perceptible à deux niveaux essentiels : la question de la femme et la question du pouvoir politique en islam, deux questions qui seront historiquement étroitement liées.

En effet, la femme musulmane fût victime d’un double despotisme : celui d’un système politique autocratique –véritable tare des sociétés islamiques – et celui d’un système culturel patriarcal, pouvoir autoritaire fortement enraciné dans les populations de cette région. Ce sont ces deux pouvoirs absolus qui ont bâillonné la femme pendant des siècles et qui ont participé activement à la régression irréversible de son statut entérinée d’autre part par le déclin de cette civilisation.

Si l’on rajoute à tout cela le choc de la rencontre avec la colonisation occidentale, on comprendra aisément l’ampleur des dégâts dévastateurs sur le statut de la femme et dont on perçoit les séquelles traumatiques jusqu’à nos jours.

Concernant cette page de l’histoire, il faudrait dans ce genre de dialogue souligner l’importance de cette dimension coloniale qui explique en partie le rejet du monde musulman de certaines valeurs de la modernité et notamment celles relatives à l’émancipation féminine.

Le monde musulman en se protégeant contre le colonisateur a surtout emmuré la femme qui elle aussi en participant à l’entreprise anticoloniale a refusé la libération prônée par un certain modèle féminin occidental. Le projet d’émancipation de la femme occidentale a longtemps été – et le reste quelque part jusqu’à aujourd’hui- perçu comme un projet colonialiste, auquel il fallait résister car toute adhésion à ce modèle signifiait une certaine trahison vis-à-vis de l’identité musulmane. Le modèle imposé par une colonisation foncièrement injuste ne saurait être crédible aux yeux des populations colonisées. Malek Ibn Nabi dira en connaissance de cause : « l’œuvre coloniale est un immense sabotage de l’histoire »

Il est primordial de saisir l’importance de cette symbolique féminine et de ce qu’elle comporte comme défis psychologiques pour le monde islamique : la femme constitue pour ce monde musulman meurtri et humilié le dernier rempart d’une identité fortement assiégée. Cela explique en partie le refus du monde musulman de débattre sur ce sujet de la femme en islam car les critiques occidentales, même si elles sont parfois et dans un certaine mesure fondées, il n’en demeure pas moins qu’elles sont perçues comme une ingérence intolérable dans le vécu culturel local.

En effet, les accusations adressées par un Occident souvent perçu comme irrespectueux vis-à-vis des valeurs islamiques touchent dans le fond un vrai problème de société, mais sont extrêmement maladroites dans la forme. Ce type de réquisitoire, en effet, ne fait qu’exacerber des tensions très vives au sein de populations déjà fortement minées par une double tension : celle du sous- développement économique et intellectuel et l’autocratie des pouvoirs en place d’une part et par l’arrogance des politiques d’ingérence internationale (économique et politique) réellement injustes envers cette région du monde d’autre part.

Cette « hostilité occidentale » ouverte et déclarée contre l’islam et perçue comme telle par la majorité des musulmans, et finit par intensifier l’attachement de ces derniers à la religion, non pas comme moyen de ressourcement éthique et spirituel, mais plutôt comme une forteresse identitaire. Ce qui irrémédiablement conduit à la radicalisation du discours religieux islamique qui devient par la force des choses une réponse réactionnelle à cette dialectique « dominants- dominés ». Ce qui explique, par ailleurs et en partie, l’immobilisme intellectuel et le refus de toute politique de réforme religieuse considérée comme un déracinement voire une occidentalisation dangereuse.

Et c’est dans ce cadre précis de la logique d’opposition qui alimente les ressentiments des musulmans envers tout ce qui peut venir de cet Occident que la femme musulmane devient malgré elle, l’otage idéal, entre deux perceptions extrêmes : Celle d’une option élitiste qui prône, sans véritable discernement , une farouche aliénation occidentale et celle non moins erronée d’une idéologie religieuse extrémiste et archaïque.

La femme musulmane représente à l’heure actuelle la première victime et la victime de choix de cette construction idéologique « en miroir » et qui se doit à elle seule d’incarner le « modèle » islamique idéal afin de contrecarrer le modèle occidental !

La problématique est certes complexe, mais force est de constater, actuellement, l’émergence d’une véritable conscience féminine musulmane qui, tout en contestant l’ordre social traditionnel, tente de faire la part des choses entre, l’apport positif d’un univers occidental source de savoir, de progrès et de droits et entre un référentiel spirituel et culturel revivifié et contextualisé.

De nombreuses femmes musulmanes intellectuelles, universitaires , femmes du terrain, vivant en terres d’islam ou en occident, tentent de prendre la parole au nom de leur engagement spirituel et essayent de se réapproprier ce qui a toujours été entre les mains des hommes musulmans : à savoir leur destinée.

On assiste à une véritable mobilisation sociale et intellectuelle destinée à promouvoir une nouvelle lecture féminine des sources scripturaires et à déterminer un statut d’autonomie pour la femme musulmane. Une dynamique qui sous-tend une dimension de nature féministe en termes de revendications de droits dans et par l’islam.

C’est donc un véritable mouvement de libération amorcé par un retour aux sources, mais qui se fait paradoxalement en rupture avec des traditions culturelles structurellement discriminatoires. Cette dynamique qui se fait de l’intérieur s’exprime dans un langage qui lui confère une certaine légitimité puisqu’il ne se situe pas dans une logique d’exclusion mais plutôt dans une logique de réconciliation, aussi bien avec des valeurs occidentales universelles qu’avec des valeurs spirituelles revivifiées par la contestation féminine.

Des années de tentative d’émancipation de la femme selon un certain modèle occidental érigé en modèle universel et en dehors du référentiel islamique se sont soldés par un échec patent sur le plan des résultats concrets dans la majorité des pays arabo-musulmans. D’où l’intérêt et l’efficacité d’une telle dynamique intérieure qui tout en prônant des principes éthiques spécifiques revendique par la même occasion les principes égalitaires universellement partagés.

C’est ainsi que, cette nouvelle lecture de l’islam à partir d’une perspective féminine est porteuse de tous les espoirs et ce aussi bien pour l’islam et les musulmans, que pour le « vivre ensemble » des différentes cultures. Dans le dialogue interculturel, cette nouvelle lecture de l’islam à partir d’une perspective féminine pourra sûrement aussi déblayer le terrain de nos mésententes idéologiques car l’image véhiculée en occident d’un islam opprimant les femmes ne facilite ni le dialogue ni la reconnaissance d’une identité plurielle et universelle. Et en parlant d’identité plurielle celle-ci ne peut être effective que dans la reconnaissance mutuelle.

La fracture Occident- islam qui semble chaque jour se matérialiser un peu plus peut être réhabilitée si de part et d’autre l’on fait l’effort de se « décentrer » en d’autres termes de se reconnaître en l’autre dans son humanité …Les musulmans doivent revoir leur approche du monde occidental et reconnaître sa diversité, sa dimension humaniste et universaliste.

Et ce malgré l’effet sournois d’une certaine politique hégémonique occidentale, malgré des politiques indignement injustes envers la Palestine, l’effroyable guerre contre l’Irak, Guantanamo et Abu ghraib, malgré une Afrique exsangue et dépouillée de toutes ses richesses, malgré une mondialisation sans âme et un néolibéralisme sauvage, malgré les effets néfastes des désastres écologiques subis par les plus pauvres. Malgré tout cela, l’Occident n’est heureusement pas que cela.

Il faudrait sans doute savoir reconnaître que les musulmans sont dans en grande partie responsables de ce qui leur « arrive ». Il ne s’agit pas de se conforter dans cette position très commode de complot et de victimisation pour justifier toutes nos défaillances et masquer notre désespoir. Si les pays musulmans vivent dans le sous-développement économique et culturel, sous des régimes dictatoriaux, si l’image de l’islam et des musulmans est aujourd’hui négative et suscite la peur, c’est en grande partie à cause des musulmans eux-mêmes.

Des musulmans qui ont démissionné , et qui ne parviennent plus à contribuer à la richesse de la civilisation humaine. Il est impératif pour ces derniers d’entreprendre des réformes radicales aussi bien en ce qui concerne la pensée islamique longtemps sclérosée, qu’ au niveau de leur vision du monde qui reste sujette à l’émotivité et à un certain degré d’irrationalité.

Dans cette interminable confrontation occident – islam, nul dialogue ne pourra être efficace si il y a méconnaissance des histoires respectives de l’un et l’autre et si il n’y a pas d’autocritique des uns et des autres.

La question de la femme musulmane ne doit pas être utilisée comme argumentaire à double tranchant pour justifier une certaine logique d’imposition des valeurs occidentales supposées être les seules porteuses de la véritable émancipation. La femme musulmane a le droit de se réapproprier cette modernité sans avoir à suivre un modèle prédéfini d’émancipation supposé être idéalement universel. L’universel n’est qu’une addition de la diversité, véritable richesse de cette humanité. Et c’est à partir de « sa diversité » et de « sa spécificité » que la musulmane a le droit de faire ses choix en tant que femme ayant une histoire et des origines propres afin de contribuer à un universel commun.

On ne peut pas lui imposer d’accéder à la modernité par la seule et unique porte de l’occidentalisation qui semble dans un certain nombre de cas sous entendre une démarcation radicale par rapport aux origines et à la mémoire spirituelle. Etre moderne et libre ne veut pas dire « être déraciné » mais plutôt s’élever dans son humanité à partir de ses propres racines. Et dialoguer ne veut pas dire gommer ses propres différences et renier ses propres convictions mais plutôt les enrichir par l’apport de l’autre.

C’est donc dans la gratitude et l’humilité que nous devrions dialoguer afin de déconstruire cette idéologie de la peur qui nous domine tous. Le choc des injustices, des amalgames, des discriminations et des violences peut être éviter si la rencontre se fait dans la dignité et la reconnaissance Il y va de l’avenir de notre monde, de nos enfants, de notre humanité.

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Auteur : Asma Lamrabet

Médecin hématologiste à l’hôpital d’enfants de Rabat au Maroc, Asma Lamrabet est une intellectuelle musulmane engagée dans la réflexion sur la problématique de la femme en islam. Auteure notamment de "Musulmane tout simplement" aux éditions Tawhid.

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