La « guerre de Gaza » : victoire ou pogrom ?

Un massacre de civils peut-il être qualifié de succès militaire ? Le poète israélien Jonathan Geffen, lu

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lundi 2 février 2009

Manifestement désireux de se surpasser, l’Etat d’Israël, avec la « guerre de Gaza », a accompli le grand chelem. On sait, dorénavant, qu’il ne voit aucun inconvénient à larguer des bombes au phosphore blanc sur les écoliers palestiniens. Et qu’il le fait, en outre, avec une prédilection significative pour les établissements administrés par l’ONU. Comme s’il voulait, en somme, adresser un double message subliminal : un, il n’y a aucun tabou susceptible d’assigner des limites à la répression israélienne ; deux, l’organisation internationale, tolérée en temps de paix, fait partie des cibles de Tsahal en temps de guerre.

C’est tout dire : malgré son indulgence envers un Etat qui lui taille des croupières depuis quarante ans, l’ONU a été obligée de protester avec une vigueur inaccoutumée, plusieurs de ses responsables accusant Israël de « crimes de guerre ». Peu coutumier d’une telle fermeté à l’égard d’Israël, Ban Ki Moon a exigé que les responsables de ces exactions soient jugés et punis. Il faut vraiment croire que Tsahal a franchi la ligne rouge. Et il y aurait beaucoup à dire, enfin, sur cette sinistre symbolique du phosphore blanc tombé du ciel qui vient ignifier le corps des gosses palestiniens, forcément coupables puisqu’appartenant à la race impure qui génère le « terrorisme » du Hamas.

Israël, du coup, a couvert de ridicule ses thuriféraires habituels, toujours prompts à réitérer le laïus officiel sur cette vertueuse armée israélienne, si pénétrée d’impératifs moraux qu’elle mettrait un soin particulier à « épargner les civils ». Ces soldats qui ont laissé des inscriptions vengeresses sur les murs d’une maison de Gaza après en avoir assassiné les habitants (dont vingt-deux membres de la même famille), seraient-ils des extraterrestres ? « La place de l’Arabe est sous terre », « Si vous êtes un vrai Givati (unité d’élite), vous devez tuer les Arabes », « Jérusalem-Est pour Israël », pouvait-on y lire selon de nombreux témoins.

Joignant le geste à la parole, ces courageux pionniers de l’idéal sioniste se sont livrés à une véritable boucherie : « Ils ont commencé par tirer partout. Lorsqu’ils sont entrés, les soldats nous ont demandé de lever les mains et de sortir. Ils étaient huit ou dix. C’est alors qu’ils ont tiré. Mon père a été tué sur le coup. Il avait trente balles dans le corps .. ils ont tiré à nouveau. Plusieurs autres membres de la famille ont été blessés, surtout des enfants dont mon frère Ahmed âgé de 4 ans .. Les Israéliens nous ont craché dessus. Les ambulances ne pouvaient pas approcher. Mon frère Ahmed est mort. » (« A Gaza, des habitants racontent l’acharnement de l’armée israélienne sur des civils », « Le Monde », 23/01/2009).

Cette débauche de violence gratuite n’est pas sans rappeler l’atmosphère sanguinaire des massacres coloniaux, des « ratonnades » aux « corvées de bois » de sinistre mémoire. Est-ce pour cette raison qu’elle ne suscite aucun sursaut moral auprès d’une partie de l’opinion française ? La diabolisation de « l’Autre » palestinien, son rejet en deçà des frontières de l’humanité civilisée semblent autoriser toutes les transgressions. Pour les inconditionnels hexagonaux de Tsahal, l’offfensive militaire contre Gaza n’est pas seulement légitime. Le choix des moyens employés ne saurait s’embarrasser de considérations morales, puisque l’adversaire désigné est un ennemi substantiel passible d’un châtiment absolu.

Révélatrice, à cet égard, fut la façon dont les médias français firent le tri des victimes. Les policiers palestiniens rangés en dépit du bon sens dans la catégorie des « combattants », dont le massacre par surprise (ils étaient rassemblés pour une remise de diplômes) fut ainsi banalisé, le message implicite selon lequel tout habitant de Gaza, dès lors qu’il appartenait au Hamas, pouvait légitimement être abattu comme « activiste » : cette grille de lecture invitait au carnage purificateur, assumé sans complexes par un Etat assuré de son impunité.

Simultanément, une avalanche de « tribunes libres » vint apporter des justifications explicites à l’immolation de l’engeance terroriste. Ces courageux intellectuels applaudissant aux salves d’artillerie sur un bidonville surpeuplé utilisèrent deux registres. Dans le premier, celui du mépris occidental pour l’indigène récalcitrant, la palme revient à un éminent dirigeant religieux qui explique benoîtement, dans les colonnes du « Monde », pourquoi il y a tant de victimes civiles palestiniennes : les bombes au phospore, les tirs d’artillerie ? Non, c’est parce que le Hamas, indifférent à la vie humaine, et contrairement à Israël, n’a pas construit d’abris antiaériens pour la population de Gaza. (Joël Mergui, « Pourquoi y a-t-il moins d’Israéliens tués ? », « le Monde », 15/01/2008) On croit rêver. Va-t-on un jour nous expliquer que la Résistance française est responsable du massacre d’Oradour-sur-Glane parce qu’elle a oublié de distribuer les gilets-pare-balles ?

Second registre : l’apologie de l’Etat d’Israël, sorte d’entité métaphysique créditée de toutes les vertus et bénéficiant à l’avance d’une généreuse absolution. On apprend par exemple, sous la plume d’un universitaire français, que cet Etat tant décrié pour ses agissements à Gaza est « un des rares endroits du Moyen-Orient où les Arabes bénéficient de droits démocratiques ». (Pierre Jourde, « Le juif, coupable universel, « Le Monde », 21/01/2009). Notre auteur oublie évidemment de mentionner la Palestine où des élections libres sous contrôle international, en janvier 2006, ont pourtant conduit au pouvoir le Hamas. La démocratie palestinienne serait-elle frappée d’inanité dès lors que le résultat électoral déplaît à l’occupant ? Quant à la démocratie israélienne, elle est aussi indéniable pour les juifs qu’inexistante pour les Arabes.

Si la France détenait 100 000 prisonniers politiques (pour 60 millions d’habitants), on trouverait peu d’universitaires pour lui décerner la palme des droits de l’homme. Tandis qu’on se bouscule pour tresser des couronnes à Israël qui, proportionnellement à sa population, en détient autant (11 000 pour 6,5 millions d’habitants). « Savent-ils qu’Israël soutient financièrement la Palestine, soigne les Palestiniens dans ses hôpitaux ? », demande ce thuriféraire de l’Etat hébreu à ses détracteurs. Les enfants déchiquetés par les « billes de carbone-tungstène » utilisées par les « nouvelles armes israéliennes » seront ravis d’apprendre qu’ils bénéficient du système hospitalier israélien. Et les affamés de Gaza vont s’empresser de remercier le généreux donateur israélien qui leur permet de survivre dans cette merveilleuse prison à ciel ouvert. Lorsque le réel s’évanouit au profit d’un monde imaginaire forgé par la propagande, c’est sans limite. Et la France, décidément, est un curieux pays où la prosternation devant l’occupant est une véritable tradition.

Devant de telles inepties, on se demande vraiment si l’Occident parviendra un jour à se dessiller les yeux. L’interrègne de l’exécutif américain a fourni une fenêtre de tir (c’est le cas de le dire) mise à profit par l’Etat hébreu, qui a cessé les bombardements quelques heures avant la cérémonie d’investiture de Barack Obama. L’Europe, comme à l’accoutumée, n’a guère brillé par sa cohérence. Il a fallu un véritable bain de sang pour que la déclaration de la présidence tchèque sur « la légitime défense d’Israël » se voit tempérée, in fine, par un appel unanime du Parlement européen au cessez-le-feu. Comme si la réprobation d’Israël continuait, malgré la violation flagrante des principes dont elle se réclame, à heurter le tréfonds de l’âme européenne. Mais si elle est un nain politique, l’Europe se transforme volontiers en géant humanitaire, ce qui lui permet d’afficher sa compassion pour les Palestiniens sans préjudice diplomatique pour Israël.

Quant à la France, son obstination à s’agiter sur le plan diplomatique est d’autant plus pathétique qu’elle a renoncé à faire réellement quoi que ce soit. A quoi bon se rendre au Proche-Orient en prétendant favoriser des pourparlers, si c’est pour incriminer celle des parties en présence qui se trouve à l’évidence sur la défensive ? Accuser « l’irresponsabilité du Hamas » au moment où la machine de guerre israélienne dévastait la bande de Gaza valait quitus à Israël de la part de la France. Cette partialité manifeste, hélas coutumière depuis 2007, contribua à tuer dans l’œuf le processus de « sortie de crise » sur fond de « médiation égyptienne » que l’on se targuait de vendre aux protagonistes.

Mais que Nicolas Sarkozy se rassure : ce n’est pas la première fois que la diplomatie française ne sert à rien, et ceux que désespère cette inutilité sont malheureusement de moins en moins nombreux. Ce dont témoigne, à sa façon, l’évanescence totale d’un Bernard Kouchner dont la flamboyance au service des droits de l’homme n’est plus qu’un lointain souvenir (il est vrai qu’elle n’a jamais brillé outre mesure chaque fois qu’était en cause la politique israélienne). La gesticulation diplomatique autour d’un éventuel gouvernement palestinien incluant le Hamas à condition qu’il « renonce à la violence » constitue d’ailleurs, à cet égard, le dernier épisode de la bruyante inutilité française.

Ce reniement d’un pays qui, en 1967, n’avait pas craint de nommer clairement l’agresseur, est doublement catastrophique. Il contribue à figer un rapport de forces, en Occident, qui penche nettement en faveur d’Israël, réduisant les chances d’une solution fondée sur le droit international. Et il place la diplomatie française sur un axe politique qui a pour effet de lui ôter toute substance. Quelle sera, demain, la contribution à la paix d’une France démonétisée ? On l’imagine sans peine. En novembre 1967, le général de Gaulle évoquait une « occupation qui n’ira pas sans oppression, répression et expulsions », et justifiait à l’avance « une résistance que l’occupant, à son tour, qualifiera de terrorisme » (conférence de presse du 27 novembre 1967). Son lointain successeur préfère se ranger, lui, du côté de l’occupant, au diapason d’un establishment occidental toujours soucieux d’offrir une marge de manœuvre maximale à l’Etat hébreu.

L’impunité d’Israël au terme de cette sanglante « guerre de Gaza », du reste, ne doit pas en occulter les dommages collatéraux : rupture des relations diplomatiques avec certains pays (Venezuela, Mauritanie), fin des relations commerciales avec le Qatar, spectaculaire retournement turc, net durcissement syrien, acerbes critiques égyptiennes. En outre, on peut légitimement s’interroger sur le bilan militaire de l’opération. En détruisant les infrastructures du mouvement « islamiste », l’Etat hébreu, nous dit-on, aurait remporté un indéniable succès. Ainsi le bombardement massif et meurtrier d’un immense camp de réfugiés est censé relever, dans la « novlangue » des experts, du paradigme de la victoire militaire. Comme si le bilan de ce bain de sang perpétré à distance pouvait s’apparenter à celui d’une guerre remportée à la loyale, sur un champ de bataille, face aux soldats d’une armée digne de ce nom.

Un massacre de civils peut-il être qualifié de succès militaire ? Le poète israélien Jonathan Geffen, lui, a fait une découverte saisissante. Il nous la livre dans une tribune libre consacrée à Gaza, « Un territoire en forme de cimetière », dans laquelle il clame son dégoût devant cette « guerre insensée » : « Une fois de plus, nous faisons la seule chose que nous semblons savoir faire : un massacre de masse qui finit toujours par être perçu comme un génocide ». Quelle est cette découverte, que les médias occidentaux se sont empressés d’occulter ? « Quoi de plus troublant que de découvrir que le nom du pogrom que nous sommes en train de commettre, « Plomb durci », est tiré d’un poème de Bialik, le poète des pogroms ? » (« Maariv », cité par « Le Courrier international », 8-14 janvier 2009). Mêler ainsi l’odieux bombardement de Gaza et la douloureuse mémoire des pogroms tsaristes, il fallait oser.

« L’opération « Plomb durci » a atteint ses objectifs et même au-delà », clama Ehoud Olmert au lendemain du cessez-le-feu. Un bilan triomphal confirmé par l’un de nos experts hexagonaux : « Israël a atteint l’essentiel de ses objectifs militaires. Il s’agissait d’empêcher la reconstitution des stocks de roquettes que le Hamas tire sur le sud du pays .. Le Hamas n’aurait plus qu’environ le tiers des munitions qu’il possédait au début du conflit. Du point de vue militaire, le Hamas est étranglé et il a dû accepter un cessez-le-feu afin de conserver une partie de son arsenal qui lui permet de continuer à exister militairement ». (Pierre Razoux, interview dans « Libération », 21/01/2009). Autrement dit, la victoire israélienne à Gaza se mesure à la diminution du stock de munitions dont dispose l’adversaire. On est quand même loin de la victoire triomphale remportée en juin 1967 face à trois armées arabes.

Evidemment favorable à un occupant surarmé, le bilan des pertes humaines n’en est pas moins sujet à caution. La presse occidentale, dans l’ensemble, a fait sienne la comptabilité fournie par Tsahal : sur environ 1 100 morts, l’armée israélienne aurait tué 600 combattants palestiniens (dont 500 pour le Hamas). Mais outre que ce mouvement ne reconnaît que 48 tués au combat, le bilan établi par le centre palestinien des droits de l’homme fait état, lui, de 1 285 morts, dont 280 enfants, et 4 336 blessés. Parmi les morts, 82,6 % sont des civils, et 43% des femmes et des enfants (Interview de Khalil Chahine, « Libération », 27/01/2009). Un prix humainement très élevé, cela va sans dire, pour un piètre résultat militaire. Mais l’essentiel est sauf puisque, selon Pierre Razoux, « les objectifs politiques d’Ehoud Barak et Tzipi Livni ont eux aussi été atteints. Dans la perspective des prochaines élections, ils voulaient montrer qu’ils pouvaient être extrêmement durs et que les électeurs pouvaient leur faire confiance ». Merveilleuse démocratie israélienne ..

Si la capacité de résistance du Hamas avait été anéantie, les communiqués de victoire de Tsahal auraient évidemment un sens. Mais il n’en est rien. Crédité avant le conflit de 15 000 à 20 000 combattants, le mouvement est loin d’avoir été écrasé militairement. Il a d’ailleurs salué le cessez-le-feu israélien d’une ultime salve de roquettes, à l’instar du Hezbollah à la mi-août 2006. Appliquant la tactique du « rouleau compresseur », l’armée israélienne a systématiquement détruit avec les blindés, l’artillerie et l’aviation tous les bâtiments susceptibles d’offrir un appui à la résistance. Elle a réussi à cerner Gaza en coupant en deux l’étroite bande de territoire, que ses services secrets connaissent par le menu et où ses drones de surveillance épient sans relâche le moindre mouvement. Mais le soldat israélien ne s’est pas aventuré au cœur des villes. Le centre de Gaza est resté aux mains du Hamas, et le corps-à-corps en milieu urbain ne s’est nullement généralisé.

Même la destruction, proclamée par Israël, des tunnels d’approvisionnement entre Gaza et l’Egypte, ne paraît pas assurée. Youval Diskin, chef du Shin Bet, a déclaré que « le Hamas pourra reconstruire les tunnels en quelques mois et recommencer à faire de la contrebande d’armes » (« Le Monde », 19/01/2009). Autrement dit, la branche militaire du Hamas dispose toujours du gros de ses forces et ses filières d’approvisionnement seront rétablies. Pour anéantir militairement le Hamas, les experts israéliens estiment qu’il faudrait rester à Gaza plus d’un an. Inutile d’insister sur le coût d’une telle opération. Acculée dans son sanctuaire, la résistance islamique livrerait dans les ruelles étroites de Gaza un combat désespéré dont les fantassins israéliens feraient sans doute les frais, sans parler des innombrables victimes civiles. Le Hamas se trouverait dans la situation des insurgés du ghetto de Varsovie en 1943 : mourir en combattant, plutôt que de se laisser exterminer par l’occupant. On sait d’ailleurs que cette audacieuse comparaison fut inaugurée par un général israélien.

Avant l’accomplissement de cet improbable scénario-catastrophe, Israël et la « communauté internationale » devront compter avec le Hamas. Sa résilience face au déchaînement de la puissance militaire israélienne est incontestablement une victoire politique. Le surcroît de légitimité dont il bénéficie dans l’opinion palestinienne et arabe, également. Dans un conflit aussi asymétrique, le faible ne se fixe pas pour objectif d’éliminer le fort : il sait que c’est impossible. La première victoire de la résistance, c’est de survivre à l’anéantissement que lui promet l’occupant. Le Hamas ne dispose pas du même arsenal que le Hezbollah, ni de la même expérience de la guérilla contre l’envahisseur, du moins pas encore. C’est pourquoi il a infligé de très faibles pertes à une armée israélienne qui s’est prudemment tenue à distance du centre névralgique de la résistance. Mais les tirs de roquettes artisanales, ces « crimes de survie », attestent qu’il détient l’amorce d’un pouvoir dissuasif sur Israël, facteur d’insécurité sur le sol israélien faute de pouvoir infliger des dommages de nature militaire.

Bien sûr, cette stratégie de la dissuasion asymétrique par les tirs de roquettes soulève de nombreuses objections. Elle expose la population de Gaza à de terribles représailles, observent ses détracteurs, pour un résultat militaire nul et un impact politique négatif. Mais le choix des moyens, pour la résistance palestinienne, n’a jamais été facile. L’inégalité abyssale du rapport de forces condamne la résistance, quoiqu’elle fasse, à subir des frappes plus sanglantes que les dommages qu’elle peut infliger à l’occupant. De plus, l’argument selon lequel le Hamas se sert des civils comme « boucliers humains » est doublement inepte : c’est reprocher à la résistance de faire corps avec la population et à la population d’exister là où elle existe. Sans oublier que sur le plan historique, c’est l’occupation qui est le fait générateur du conflit, et non la résistance à cette occupation. L’énorme disproportion entre le nombre de victimes des roquettes palestiniennes et celui des victimes de tirs israéliens suffit à démontrer, du reste, où se situe l’origine principale des violences.

Raymond Aron disait qu’ « Israël gagne toujours la guerre mais perd toujours la paix ». En janvier 2009 à Gaza, il n’est pas sûr qu’il ait gagné la guerre, à supposer que cette dénomination corresponde exactement à la réalité. Quant à la paix, on se demande quel bénéfice politique Israël va pouvoir tirer de ce nouveau massacre. Le processus de paix est anéanti, les collaborateurs palestiniens d’Israël couverts d’opprobre et le Hamas plus que jamais incontournable. Sur le plan international, l’Etat hébreu est perdant : son impopularité à l’échelle planétaire et sa détestation dans le monde arabe atteignent des sommets.

Prodige d’équilibrisme, la résolution 1860 de l’ONU n’a guère lésé ses intérêts, mais elle enjoignait néanmoins à Israël de cesser le feu et les Etats-Unis y ont consenti par abstention. Vainqueur autoproclamé d’un combat douteux, l’Etat hébreu a durablement ruiné les chances de la paix au prix d’une véritable souillure morale : les conséquences en seront beaucoup plus sérieuses que l’élimination d’un stock de roquettes. Comme le résume Ofer Shelah dans le grand quotidien israélien « Maariv » : « Israël, qui voulait être une lumière pour les nations, est aujourd’hui fière d’avoir adopté l’échelle de valeurs de Vladimir Poutine. Si c’est cela la victoire, malheur aux vainqueurs ».

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Auteur : Bruno Guigue

Normalien, énarque, aujourd'hui professeur de philosophie, auteur de plusieurs ouvrages, dont "Aux origines du conflit israélo-arabe, l'invisible remords de l'Occident (L'Harmattan, 2002).

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