La question de la formation des Imams en France représente l’un des enjeux majeurs de l’organisation du culte musulman. Pourtant, et en dépit des déclarations de bonne volonté maintes fois répétées, les différents ministères qui se sont succédés place Beauvau n’ont jamais réussi à apporter des solutions crédibles à ce problème.
La question de la formation des Imams en France représente l’un des enjeux majeurs de l’organisation du culte musulman. Pourtant, et en dépit des déclarations de bonne volonté maintes fois répétées, les différents ministères qui se sont succédés place Beauvau n’ont jamais réussi à apporter des solutions crédibles à ce problème.
La communauté musulmane, quant à elle, devrait s’investir davantage sur ce chantier d’une grande importance pour aboutir à une saine gestion du culte. Trop longtemps délaissé, ce dossier complexe a souvent fait l’économie d’une réflexion profonde. Et pourtant, des solutions existent.
Dans son article récemment publié (voir Le Figaro du 29 Août), Azzedine Gaci, président du Conseil Régional du Culte Musulman de la région Rhône Alpes relevait, à juste titre, que « la question de la formation des imams [devait être mise] au cœur de l’organisation de l’islam en France ».
Cependant, et après avoir dressé un tableau accablant sur la réalité des Imams officiant aujourd’hui en France, M. Gaci propose, en guise de remède à ce triste constat, « de créer un institut de formation des imams de France » ajoutant que « l’Etat français devait se résigner à créer cet institut de formation des imams en Alsace-Moselle, à Strasbourg plus précisément ».
En effet, si l’Etat ne prend pas véritablement en charge cet épineux dossier, on risquerait de s’acheminer, toujours selon M. Gaci, vers un « chaos que pourrait provoquer à court et moyen terme en France les « Cyber-fatwas » et autres « télé-Muftis » vers lesquels « beaucoup de jeunes, qui refusent catégoriquement de s’identifier à une école juridique se tournent ».
Sans nier la réalité des problèmes et de la confusion qui règnent autour de cette lancinante question de la formation des Imams en France, le discours affiché par M. Gaci est davantage l’expression d’une vision caricaturale et erronée de la réalité que la formulation d’un constat véritablement objectif.
En effet, pour permettre à la deuxième religion de France d’avoir des Imams formés de manière à adapter l’intelligence du Texte au contexte, il vaudrait mieux partir des acquis accumulés dans ce domaine pour pouvoir répondre à une demande sans cesse croissante.
Aujourd’hui, il est vrai que les centres existants ne couvrent pas les besoins en termes de formation des officiers du culte musulman. L’offre de formation est actuellement limitée à l’Institut théologique de la Mosquée de Paris et aux deux centres de formation de l’Union des organisations islamiques de France : l’Institut européen des sciences humaines (I.E.S.H.) installé dans la Nièvre, près de la commune de Château-Chinon, qui a ouvert ses portes en 1992 (et qui vient tout juste de célébrer son quinzième anniversaire) et sa filiale, du même nom, située à Saint-Denis.
D’autres centres de formations, moins performants, sont nés ces dernières années, notamment en région parisienne ainsi que quelques-uns en province (Lyon et Lille notamment). Cette réalité d’un certain nombre de centres de formations, installés pour certains depuis de nombreuses années, semble malheureusement avoir été occultée par M. Gaci.
Or, ce dernier n’est pas sans connaître cette réalité, lui qui a assisté, il y a quelques jours à peine, aux festivités accompagnant la remise des diplômes aux étudiants de la quinzième promotion de l’I.E.S.H de Château-Chinon. Et qui plus est, cette commémoration avait été précédée, la veille, d’un colloque portant précisément sur l’enseignement islamique en Europe et la formation des Imams…
Loin d’appeler l’Etat à la formation d’un nouvel institut – au risque de contredire de manière flagrante la neutralité de l’Etat dans la gestion des cultes et de violer ainsi le principe de laïcité - il serait judicieux et bien plus efficace de reconnaître pleinement ces centres qui ont permis, depuis quelques années déjà, l’émergence d’une nouvelle génération d’Imams.
En effet, ce n’est pas aux pouvoirs publics de s’occuper de la formation des professionnels du culte mais bien plutôt aux autorités religieuses compétentes en la matière. Qui accepterait aujourd’hui qu’on s’immisce dans la formation des rabbins en France ou dans celle des évêques ?
Il est, en effet, étrange que la laïcité, qui impose une stricte neutralité des pouvoirs publics dans la gestion des cultes, soit reléguée aux oubliettes lorsqu’il s’agit de traiter du culte musulman.
Les apparents déboires du CFCM ne doivent pas empêcher la communauté musulmane de réfléchir sérieusement en vue d’apporter des solutions durables et efficaces à ce dossier central pour l’avenir de l’Islam de France.
Car il revient d’abord aux musulmans de France de relever ce défi de la formation des Imams pour permettre aux quelques 1500 mosquées de l’Hexagone de bénéficier d’Imams à la fois compétents en matière religieuse et en phase avec la société qui les entoure. Pour ce faire, trois éléments clés doivent être pris en compte.
Premièrement, les pouvoirs publics devraient pleinement reconnaître les instituts de formations existants, au premier rang desquels l’I.E.S.H., et les considérer comme des partenaires à part entière quant à la formation des Imams de France. N’en déplaise à certains, ces centres ne dispensent nullement un « enseignement fondamentaliste » mais permettent bien plutôt à leurs étudiants, dont désormais la grande majorité sont nés et ont été scolarisés en France et en Europe, de concilier la formation théologique avec une saine compréhension de leur environnement européen.
La suspicion qui règne aujourd’hui devrait laisser place à la confiance mutuelle. Deuxièmement, la mise en place d’un véritable statut qui conférerait à l’Imamat une fonction pleine et entière avec une rémunération à la mesure des efforts fournis qui permettra à l’Imam de se consacrer sérieusement à sa fonction.
Cette mesure devrait rapidement être mise à l’ordre du jour du CFCM pour pallier ces insuffisances. Aujourd’hui, la situation est souvent déplorable car elle fait de l’Imamat une fonction peu attrayante et souvent dévolue à des bénévoles.
Enfin, mettre en place, par le biais des associations et des institutions musulmanes, un système d’aides et de bourses pour permettre aux étudiants qui le souhaitent d’étudier sereinement dans les instituts de formation existants. La durée des études étant souvent longue (minimum cinq ans), ce système permettra d’augmenter le nombre d’étudiants désirant s’orienter vers l’Imamat.
Toutes ces mesures, si elles sont mises en œuvre, auront, entre autres, l’avantage de réduire quelque peu l’importation d’Imams des pays musulmans et de voir l’éclosion d’une nouvelle génération d’Imams français.
La question de la formation des Imams de France est un sujet crucial qu’il faut maintenant trancher. Loin de se perdre dans des projets aussi improbables qu’inefficaces, les quelques pistes évoquées ici peuvent contribuer à sortir de l’impasse dans laquelle ce dossier se trouve. Et il y a urgence.
Commentaires
LE CFCM a fait cent fois la preuve de son incompétence et de son inutilité.
Pour répondre à l’auteur, un article de Stéphanie Lebars paru dans le Monde veut justement prendre cette question au sérieux.
Michèle Alliot-Marie veut améliorer la formation des imams en France (Le Monde, 7 juillet 2007)
Les centres existants ne couvrent pas les besoins et dispensent des cours de théologie et de droit musulman sur un mode traditionnel et parfois discutable, selon les experts
Michèle Alliot-Marie réussira- t-elle là où ses prédécesseurs ont échoué ? Quatre ans après la création du Conseil français du culte musulman, qui était censé organiser la formation des imams de France, la nouvelle ministre de l’intérieur, chargée des cultes, a décidé de s’y attaquer à son tour. « C’est un des grands enjeux de l’islam de France », indique- t-on à son cabinet. « Aujourd’hui, les contenus existent, les musulmans sont au pied du mur et l’Etat a la volonté de construire et de maîtriser un islam français ». Plusieurs pistes, déjà explorées ces dernières années pour certaines d’entre elles, sont donc relancées.
Des formations menant à des diplômes universitaires, créés en lien avec des établissements d’enseignement supérieur, à Paris et à Aix-en-Provence, devraient voir le jour début 2008. Elles proposeraient des cours de civilisation, de connaissance des religions, de langue arabe, de sociologie, de philosophie, d’économie et de droit. La formation théologique,« plus délicate » de l’aveu des spécialistes, interviendrait dans un second temps. Maintes fois évoqué, le projet d’une telle formation à la faculté de Strasbourg demeure bloqué, en dépit de discussions.
Cet article reflète parfaitement les conflits entre ces musulmans qui prétendent nous représenter et qui cherchent à avoir le monopole de ’islam, entre autres au niveau de la formation. Chacun dit c’est moi le meilleure, il y a beaucou d’ego la dedans et de volonté de pouvoir et de diriger.
"Sans nier la réalité des problèmes et de la confusion qui règnent autour de cette lancinante question de la formation des Imams en France, le discours affiché par M. Gaci est davantage l’expression d’une vision caricaturale et erronée de la réalité que la formulation d’un constat véritablement objectif."
Je suis d’accord avec vous Nabil Ennasri. Vous avez su analyser avec sérieux l’attitude de M. Gaci dans ce dossier.
Si on doit énumérer toutes les enjeux majeurs de l’organisation du culte musulman, la liste serait longue. La formation n’est pas le seul enjeux. Les problèmes s’accumulent et les solutions sont pour l’instant inexistantes.
L’islam, notre religion est beaucoup trop précieuse pour la laisser uniquement entre les mains des imams. La formation en islam nous concerne tous. Il ne faut pas déléguer l’interprétation des textes religieux aux seuls imams. L’islam n’est pas le monopole d’un groupe relieux. L’islam appartient à tout le monde. Il n’ y a pas de clergé en Islam.
La prioriété de l’islam en France ne réside pas à mons avis dans la formation des imams. Il est surtout urgent de changer une structure comme le CFCM et mettre en place de nouveaux dirigeants qui sauront ensuite prendre en charge les véritables problèmes et pourront les traiter en toute neutralité sans que chaque association prêche pour sa paroisse.
Je comprends deux choses dans ce probleme.
1)Si cet institut (I.E.S.H.) est reconnu par l’état celà va déranger certains qui s’estiment légitime non pas parce qu’ils sont compétent mais plutot leur siege ou leur préstige risquera d’etre mis en cause.Vu que ça sera une nouvelle génération compétente et confiante pour assurer le bon avenir de l’islam de france.
2)Si cet institut est reconnu ça sera et c’est ce que j’espere la fin des ingerences des mosquées et de la communauté française musulmanne.Donc la démocratie prendra le dessus.
Ce qui risque d’avoir un impact considérable sur les interets de certains.
L’auteur se contredit car d’une part il dit : "En effet, ce n’est pas aux pouvoirs publics de s’occuper de la formation des professionnels du culte mais bien plutôt aux autorités religieuses compétentes en la matière." pour ensuite arriver à : "Premièrement, les pouvoirs publics devraient pleinement reconnaître les instituts de formations existants, au premier rang desquels l’I.E.S.H., et les considérer comme des partenaires à part entière quant à la formation des Imams de France." L’etat n’a pas a s’immiscé dans la formation des imams.
j’espere aussi que l’auteur ne considere pas le CFCM comme "l’autorité religieuse compétente"....
Quand à la venu d’imams etrangers, certains sont à la hauteur de la fonction, il ne fait pas mettre tout le monde dans le meme panier ! Est ce qu’on demande au chretiens pourquoi ils envoient leurs pretres se former en italie ? ou pourquoi on parachute des pretres africains dans des petites villages français ou les gens sont en mal de vocation ??
Comme l’a exprimé Farid plus bas, il faut former les musulmans en générale et de là se degageront nos imams.
" La formation des Imams en France : sortir de l’impasse " ? Que néni , c’est fait les Cathos s’en occupent ! ils vont former nos imams ... avec la bénédiction de la mosquée de Paris, eh oui !!!!!! Ce projet est lancé en collaboration avec l’institut catholique de Paris et avec l’assentiment de la mosquée de Paris Ve.
Communiqué : Merci à nos amis cathos…
La presse vient de lancer l’information qu’un cursus universitaire vient d’être mis sur pied afin de permettre à des imams (entre autres) de légitimer leurs formations. Un cursus ouvert aussi aux non musulmans, aux cadres associatifs. Encore un projet où la confusion est entretenue pour mieux atténuer la réaction des musulmans.
Ce projet est lancé en collaboration avec l’institut catholique de Paris et avec l’assentiment de la mosquée de Paris Ve.
Encore une fois, nous assistons au déploiement de l’ignorance de la réalité du terrain et donc de l’incompétence des pouvoirs publics et de l’institut de la mosquée du cinquième arrondissement.
A cela, vient maintenant se greffer nos amis catholiques pour nous paterner. Ce projet qui sera la énième tentative de la mainmise sur les musulmans de France n’en demeure pas moins une insulte et une provocation.
Une insulte car il signifie que les musulmans ne sont pas capables de s’organiser eux-mêmes. Alors que la réalité du terrain prouve le contraire au quotidien.
Une provocation car cette fois-ci, on fait appel à une autre religion pour former des imams. Se croirait-on à l’époque napoléonienne où l’on a obligé la religion juive à se conformer aux schémas des églises.
Nous appelons nos amis catholiques à la raison et à ne pas sous traiter la mainmise des musulmans pour le compte des pouvoirs publics.
Il serait peut-être temps que certains membres du CFCM aient un peu de fierté et démissionnent de cette antichambre de l’Etat. Au nom de la laïcité, au nom de la dignité des musulmans... Arrêtez cette mascarade !
Ali Rahni Porte Parole du Collectif des musulmans de France
Je n’irai jamais étudié dans un institut comme celui de Bouteloin qui est dirigé par l’UOIF. La conception que j’ai de l’islam est très éloignée de celle de l’UOIF qui est proche de l’Arabie Saoudite et du Maroc.
A urluberlu.
Le faite que l ’état reconnaisse ces intituts ne veut pas dire s’ingerer !
Le faite que l’état reconnaisse ton droit à la vie privée ne veut pas dire s’ingerer à ta vie privée.Il faut qu’on se comprenne sur le terme "reconnaissance"
Pour Anonyme,
Tu confonds deux chose :
1) la reconnaissaince de la part de l’état d’un DROIT
2) la reconnaissance de la part de l’état d’une entité religieuse
Je dis que c’est de l’ingerence dans la mesure ou la reconnaissance de l’état d’un institut plutot qu’un autre reviendrai à valider la formation de cet institut, dit moi sur quel criteres (qui serait forcement religieux...) l’état peux valider la formation dispenser par des instituts de formations islamiques ?
On ne demande pas à des religieux de valider tel ou tel loi, alors ne demandons pas à l’etat de valider tel ou tel institut religieux, c’est la laïcité, chacun à sa place...
C’est aux musulmans de s’eduquer et de se tourner vers les instituts qui leur semble le plus proche de leur foi, apres dans l’islam il y a des tendances, meme si on est pas d’accord avec toutes, on se doit de les accepter tant qu’elles n’appelent pas à des choses illégales... ! N’attendons pas de l’état qu’il fasse le menage parmis nous, c’est à nous de le faire, uniquement grace à la science qu’il nous faut acquérir.
A urluberlu.
Il me semble que j ai mal interprété ton texte.ça me fait énormement plaisir que tu me fasse ce rappel de la laicité.
Je suis tout à fait d’acord sur ce que tu viens d’écrire.
L’indépendance de cette communauté doit etre totale.Mais pourquoi sommes nous arrivés là aujourd’hui à négocier avec l’état le comment organiser la formation des imams en france et pourquoi des grandes assoc comme l’uoif(que je respecte beaucoup) s’est associé à ce service(cfcm) de controle des musulmans ?
Essalem alaykoum,
Farid,
Ce que tu dis soulève le problème de fond. Problème qui devrait être abordé clairement sur beaucoup de sujet concernant l’Islam et qui n’a à priori pas été abordé par les articles d’Oumma.com
Au contraire de ce que tu sous-entend, l’Islam doit être enseigné et qui dit enseignement dit savoir, études, maîtrise.
Or d’où vient la référence ? En Islam, il y a des savants, il semble que l’Islam de France penchent vers une prise de recul vis à vis de ces savants (d’où l’appelation Islam de France et non pas Islam en France).
L’Imam est un enseignant (d’ou l’intérêt pour les politiques de la question de sa formation). La question qui se pose est : si la formation des Imams est organisée et gérée par des non-musulmans comment un musulman peut-il s’y fier ? Ce qui brandissent la République en guise de bouclier devant cette affirmation oublie la liberté de culte et le droit du culte à s’organiser et à se gérer lui-même.
Que l’on interpele quelqu’un qui appelle à commettre actes répréhenssibles ou qui en commet lui même, soit ! Mais que l’on aille jusqu’à maîtriser le prêcheur ?
Dans les mosquées on entend régulièrement l’Imam inciter à respecter les lois de la République. Je trouve cela gênant, déjà parce que ça n’est pas le lieu pour cela, les musulmans sont des citoyens comme les autres ou pas ? Alors pourquoi les traités disctinctement. En second lieu, je considère qu’enseigner l’Islam apporte les valeurs suffisantes et notamment de respect des lois. Mais le respect absolut des lois n’a pas de sens (je renvoi à la définition du citoyen), les lois de la République n’ont rien de sacré et sont faites pour être changées et c’est justement là le rôle du citoyen et notamment du musulman.
Oui certes la France a dû mal a accepté de tenir compte de l’Islam et demande aux musulmans de s’adapter et de taire leurs revendications légitimes.
Avec tous les arrivistes (nos représentants ?) qui pillulent autour de la question de l’Islam en France, la réponse est loin d’être évidente. Ce n’est pas la formation des imams qui doit être la condition de l’organisation du culte mais tout l’inverse.
En lisant cet excellent article Nabil Ennasri et les réactions des lecteurs j’ai eu cinq moments d’émotion pour ne pas dire cinq phases de méditation sur notre situation et sur sur le sort qui nous est réservé. J’entre donc dans le débat avec le coeur qui me dicte les mots.
La première émotion provient de nos textes religieux, faciles à lire et à intepréter :
" La vérité vient de ton Seigneur. Ne sois donc pas de ceux qui doutent. A chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes oeuvres. Où que vous soyez, Allah vous ramènera tous vers Lui, car Allah est, certes Omnipotent. Et d’où que tu sortes, tourne ton visage vers la Mosquée sacrée. Oui voilà bien la vérité venant de ton Seigneur. Et Allah n’est pas inattentif à ce que vous faites. Et d’où que tu sortes, tourne ton visage vers la Mosquée sacrée. Et où que vous soyez, tournez-y vos visages, afin que les gens n’aient pas d’argument contre vous, sauf ceux d’entre eux qui sont de vrais injustes. Ne les craignez donc pas ; mais craignez-Moi pour que Je parachève Mon bienfait à votre égard, et que vous soyez bien guidés ! Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse et vous enseigne ce que vous ne saviez pas." al Baqara 147
"O les croyants ! Craignez Allah comme Il doit être craint. Et ne mourez qu’en pleine soumission. Et cramponnez-vous tous ensemble au ‹Habl› (câble) d’Allah et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos coeurs. Puis, pas Son bienfait, vous êtes devenus frères. Et alors que vous étiez au bord d’un abîme de Feu, c’est Lui qui vous en a sauvés. Ainsi, Allah vous montre Ses signes afin que vous soyez bien guidés. Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable. Car ce seront eux qui réussiront. Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et se sont mis à disputer, après que les preuves leur furent venues, et ceux-là auront un énorme châtiment. aL imrane 102
C’est l’esprit et la pratique de ces versets de cette sourate que les premiers musulmans ont conquis le monde et se sont imosés en libérateur de la tyrannie et de l’idôlatrie. La foi, l’action de bien efficace et sincère, ne pas donner de prise sur le plan moral à ses détracteurs, la droiture sans crainte et sans compromission dans le comortement de musulman soumis à Dieu et non au Taghout, l’emergence d’une élite issue de la communauté et à l’initiative de la communauté et au service de la communauté pour promouvoir cette communauté sur le plan spirituel, moral, politique, social et économique. Dans ce même ordre d’idée il y a le hadith du Prophète qui dit qu’il n’y a aucun bien à attendre de gens qui n’acceptent pas le bon conseil et ne se donnent pas mutuellement le bon conseil.
Il n’est pas demandé à l’élite emergente d’être savante au point de lancer des fatwa qui d’ailleurs n’obligent pas mais de promouvoir des guides qui ont la stature morale, intellectuelle et surtout la sincérité. Une communauté qui n’est pas capable de produire son élite c’est à dire de se choisir des représentants dignes et représentatifs doit réviser son islamité et son humanité. Une telle communauté, y compris dans les pays musulmans, ressemblent à cette catégorie de personne que le Prophète à décrit comme des khobzistes " J’aurais peur pour vous lorsque vous vous contenterez de suivre les queues de vos troupeaux..." Aucune communauté humaine ou animal n’est viable ni crédible sans cette aggregation sociale, cette envie d’être, sans objectifs réalistes.
Le Coran et la Sunna invitent et montrent l’art de se fédérer.
La seconde est l’expérience de l’imam Benbadis : Il était un adversaire redouté et il a su non seulement en Algérie mais même en France unifier les musulmans sous le Thawhid et sous cette foi fédératrice et libératrice se faire écouter, se faire respecter. Abdelhamid Benbadis à l’instar des Prophètes il avait des compagnons qui partageaient le même idéal et la même volonté servir Dieu, servir l’islam, servir les musulmans. Les mosquées se sont libérés des confréries et de l’administration coloniale pour précher la parole de Dieu et non celle du colonisateur ou de ses bachaghas
La troisième est l’expérience de Malek Benabi : Ingénieur de formation et francophone il a su trouver l’accueil des humbles emmigrés sans droits pour lui donner envie de "leur enseigner" la foi authentique pour vivre dignement sur le sol français et ne pas perdre sa religion sur le plan moral et spirituel. Il a été confronté à la lourde tâche comment donner le sens de Allah Akbar à un analpgabète qui en mathématique ne connaît ni le sens de l’infini ni celui de la grandeur et de la mesure et qui ne connais encore moins les artifices de la langue pour gôuter aux plaisirs des concepts et des symboles. Cet homme considéré comme un génie, un réformateur, un penseur musulman, un homme de conviction, un talent superieur à Toynbee fut considéré par l’administration française comme incompétent pour être formateur des analphabètes musulmans et non musulmans parqués dans les ghetto de Marseille. La même mentalité française combattra et tentera de mettre au silence les mêmes tempéraments que Malek. La même mentalité musulmane rétrograde, celle des pharisiens et des bigots d’ici et de la bas jettera le discrédit sur toute personne de la trempe de Benabi. Les opportunistes veulent gérer l’islam en France comme Islam de France ou Islam français capolarisé par les cathos ou les sionistes, par les services généreux français, algériens, marocains et autres retardés mentaux. Les moins compromis ne voient pas plus loin que la gestion d’une association de quartier. Une mosquée ou un centre de quartier sont des instances où il y a un petit pouvoir, un petit budget, de petites ambitions et des "minus habens" petits même en religiosité, en citoyenneté et en humanité. Des hommes de valeur existent il faut les chercher et les appuyer.
La quatrième est l’expérience d’autogestion dont personne ne parle. Toutes les mosquées existentes en France à l’excpetion de la grande mosquée de Paris qui a une histoire particulière, sont le produit des emmigrés de première génération. Ces prolétaires qui ont donné leur force de travail et leur sang pour la grandeur de la France sans obtenir ni éducation, ni condition de vie décente ni reconnaissance sociale ou morale. Ces anciens maçons ont pris l’initiative d’organiser, de financer, de gérer et d’exercer le rôle d’imam sans mîtrise ni de l’arabe ni du Coran. Ils sont un témoignage d’humilité, de sacrifice et de foi. Ils sont la preuve que la grandeur de Dieu est au dessus de tout calcul :
"En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien." al hijr 9
Certaines expériences ont été dévoyées, d’autres renforcées, d’autres confisquées. Il y a des mosquées qui font du travail admirable. Il leur manque un engagement sociale et politique plus conséquent pour se présenter en voix organisée, utile et qui place le témoignage comme un acte de foi. Se tromper d’ijtihad politique et social c’est disperser ses voix et se tromper de combat, d’alliés ou d’ennemis. Pour le Prophète le musulman est eveillé, perspicace et intelligent : il fait de la stratégie.
La cinquième émotion est liée à l’expérience de l’UOIF, le CFCM et ses annexes : décevant. Elle dans certains cas comme la question du voile un désastre. La gestion improvisée des sentiments et des symboles non seulement n’a pas réglé le problème du Foulard pour la musulmane mais elle a réglé "définitivement" la question de la solidarité des musulmans de France à côté des humanistes français envers les palestiniens. Le débat ostentatoire et la marche ostensible contre la loi scélérate a oblitéré le devoir de dénoncer les guerres et les injustices. Qui est responsable ?
Il faut tourner la page et oser présenter l’islam non comme seconde religion de France mais comme première religion de France. Une religion ne se compte pas au niveau des prénoms de l’état civil mais de ses fidèles. Le Ramadhan et l’affluence dans les mosquées se passent de toute statistique. Dieu m’a donné la possibilité de mettre mes compétences au service de quelques mosquées et de quelques membres régionaux du culte : expérience décevante qui confirme les colères et les ressentiments des lecteurs.
L’islam n’est pas un fond de commerce, il est du devoir de chaque musulman d’interpeller, de comprendre et de trouver des solutions réalistes pour réussir dans ce monde et dans l’autre. Il n’ y a qu’une seule règle :
"Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable." al Hijr
Nos imams comme nous gouverants doivent être issus de nous, partageant avec nous les mêmes problèmes, les mêmes espoirs, la même foi, la même crainte de Dieu. Ils ne peuvent être ni importés, ni désignés ni autoproclamés : la communauté a l’obligation de trouver en son sein les faibles et les pauvres pour leur venir en aide comme de trouver les plus compétents et les plus droits. Ils doivent avoir une miséricorde pour les croyants comme Mohamed :
"Ne regarde surtout pas avec envie les choses dont Nous avons donné jouissance temporaire à certains couples d’entre eux, ne t’afflige pas à leur sujet et abaisse ton aile pour les croyants."
Nous avons davantage besoin d’une aile de miséricorde plus que d’un savoir accadémique. Il n’y a pas de clérgé en Islam mais il y a obligation d’avoir un Emir, un ordonnateur, un représentant de la communauté qui agit selon les règles de la consultation islamique et de son cadre éthique et esthétique :
"Tout ce qui vous a été donné [comme bien] n’est que jouissance de la vie présente ; mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus durable pour ceux qui ont cru et qui placent leur confiance en leur Seigneur, qui évitent [de commettre] des péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère, qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salat, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent." AS CHOURA
L’argent de la Zakat sur le Hallal peut financer des écoles régionales et le jumelage avec de grandes universités musulmanes par exemple. Une communauté qui ne produit pas son argent ou qui ne sait pas le gérer efficacement ne peut aspirer à de grandes ambitions. Un homme qui ne sait pas où se trouve son devoir ne peut inspirer du respect aux autres :
"Ceux qui ont dit Allah est notre Seigneur puis se sont tenus droits, les anges descendent sur eux : soyez sans crainte et ne soyez point affligés nous sommes vos alliés...
bonne fête et ramadhan makboul inchaallah
Le sérieux de la formation des imams est tel que l’année passée la mission de leur formation a été annoncée à grande publicité par la presse PACA. Cette formation a été confiée à l’organisme de formation le plus minable,le plus incompétent mais surtout le plus idéologiquement antimusulman et anticlérical. Pour des raisons déontologiques je ne cite pas le nom de cet organisme qui a du mal depus sa création a monter un projet de formation linguistique qui tienne la route sur le plan pédagogique.
Nous sommes traités moins qu’un fait divers car nous sommes dans cet état décrit par le Prophète de Wahn (la faiblesse de l’humilié incapable de se défendre et qui finti par ressembler à du Ghouta sayl , du débris, des détritus emportés par les rigoles)
Essalam,
Vos commentaires, Omaz Mazri, sont toujours enrichissants. La filiation de votre pensée est bien marquée lorsque vous citez Ibn Badis et Malek Bennabi.
Cependant, si vous écrivez "le mosquées se sont libérées des confréries" c’est que, manifestement, vous ignorez le rôle réel et profond des confréries, furent-elles très amoindries par la colonisation de l’Algérie (beaucoup ont d’ailleurs disparu).
Par ailleurs, contrairement à ce que vous dites, bon nombre d’analphabètes ONT le sens de l’Infini et de la Grandeur Divine sans avoir fait des mathématiques et, j’ai envie de dire, peut-être + que les gens ayant fait des études supérieures.
"Mimouna connaît Dieu et Dieu connaît Mimouna" ... connaissez-vous l’histoire ?.
Soyons humbles.
Quant à la formation des Imams, il faudrait peut-être connaître le contenu des programmes avant de se prononcer. Ce peut être un compromis acceptable à condition que les institutions religieuses reconnues par les musulmans (El-Azhar, par exemple pour les Sunnites)donnent leur accord et éventuellement un complément de formation.
D’ailleurs, il y a quelques années, c’est l’Université d’El Azhar qui avait été sollicitée par les pouvoirs publics français pour assurer cet enseignement. Pourquoi donc ce projet a-t-il été abandonné ?.
Wa salam.
N.B. : J’ai été frappée par le chaos qui existe en matière de connaissance de l’Islam chez les jeunes notamment lors d’un séjour prolongé à Alger.
Ils "gobent" tout ! avec Internet, sans savoir si les textes sont authentiques ou non, de quelle école sont tirés certains enseignements. Ils ne vérifient pas les dires et écrits sur l’Islam auprès des personnes compétentes et sont, évidemment, séduits par les interprétations qui vont dans le sens de ce qu’ils désirent et non de ce qui leur conviendrait.
A longueur de journée, ils échangent des interprétations qu’ils adoptent ou rejettent selon leur humeur.
Un véritable Supermarché !