Sarko, c’est trop !

Pitoyable droite française qui vend son âme au démon de la xénophobie et de la stigmatisation de l’étra

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lundi 25 février 2008

Personne ou presque ne conteste la prévision. Au mois de mars prochain, la droite française va se prendre une bonne dégelée aux élections municipales. Tant mieux. Moins d’un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, il n’est pas anodin que le président français et sa majorité reçoivent un désaveu que même la pire des mauvaises fois ne saurait atténuer. Est-ce pour autant une bonne nouvelle pour la gauche ? Ce n’est pas ce que pensent de nombreux commentateurs qui estiment que cela va aggraver l’immobilisme du parti socialiste et aviver la guerre civile qui couve en son sein dans la perspective du scrutin présidentiel de 2012.

Je ne partage pas l’avis de ces experts. Je souhaite la victoire de la gauche parce qu’il est temps que ce pays se réveille et réalise son erreur, immense, commise en envoyant à l’Elysée un homme politique qui s’avère en dessous de tout. Toute victoire est bonne à prendre. Elle galvanise les troupes, ressoude les militants, convainc les hésitants et insuffle une nouvelle dynamique à l’intérieur du parti qui triomphe. C’est pourquoi il ne faudra pas bouder son plaisir le soir du 16 mars quand déferlera la très attendue vague rose.

Le problème, c’est que comme à chaque fois que la droite française sent la fessée venir, elle redevient ce qu’elle est, c’est-à-dire, bête et méchante puisqu’elle se remet à accomplir ce qui semble être le plus facile pour elle, à savoir le recours systématique au langage et aux actes sécuritaires et anti-immigration. Remarquez la recette a fonctionné à plusieurs reprises, et on voit mal pourquoi le camp de Sarkozy se priverait de ce qui a fait gagner son patron en 2007 ou Chirac en 2002. Oubliées les promesses sur le pouvoir d’achat ou sur la croissance cherchée avec les dents, voici venir le temps du propos belliqueux.

C’est sous cet angle qu’il faut comprendre les déclarations répétées du gouvernement français à propos des objectifs chiffrés en matière d’expulsion de clandestins. La manoeuvre est cousue de fil blanc : pour remonter dans les sondages et l’audimat politique, on brise des familles, on traumatise des enfants à la sortie des écoles, on traque le clandestin sur les toits et dans les caves, et ensuite on se gargarise d’être la patrie des droits de l’homme. On évoque Voltaire et l’on jette une étoffe de chanvre pour étouffer les plaintes qui s’échappent des centres de rétention (*).

Pitoyable droite française qui vend son âme au démon de la xénophobie et de la stigmatisation de l’étranger. Pitoyable gouvernement qui ne se rend même pas compte de la bataille que se livrent des dizaines de pays à travers le monde pour attirer les migrants qu’ils considèrent comme une richesse et une assurance pour leur avenir. Pitoyable président qui promet de mettre en oeuvre le rapport Attali - dont une mesure phare est justement le recours à l’immigration pour doper la croissance française - et qui encourage son porte-flingue Hortefeux à en faire toujours plus dans la chasse à l’autre. Cet autre qui est seul, faible, démuni et qui n’intéresse guère même quand on le jette dans un fourgon alors qu’il était venu attendre ses enfants à la sortie de l’école.

Et l’on continue à prendre les gens pour des naïfs, des idiots ou que sais-je encore en organisant de sordides happenings comme cette descente de police dans la banlieue parisienne dont tous les médias, y compris la presse économique et financière, étaient avertis plusieurs jours avant. Cela n’a rien à voir avec les municipales se sont empressés d’assurer les ministres dont le pauvre Besson, socialiste traître et félon. Et bien entendu, il faut les croire sur parole... Pour sûr, les images de cavalcades d’uniformes dans les immeubles décatis et celles de clones de Joey Starr menottés ont fait du bien à ceux qui ne savent plus à quel borgne se vouer. Mais la suite ? On repensera à ce barouf grotesque quand la banlieue s’embrasera de nouveau et bien plus violemment car, il ne peut pas en être autrement.

Mais revenons à la gauche. Elle a, je l’ai dit, de fortes chances de gagner les municipales mais faudra-t-il qu’elle s’en contente et qu’elle fasse tranquillement route vers les élections de 2012 ? Il est peut-être temps que ses barons, éléphants et autres divas se réveillent et disent tout haut ce qu’ici et là, on pense tout bas. La question est simple et effrayante à la fois : la France peut-elle se payer le luxe d’attendre jusqu’en 2012 ? En moins d’un an, Nicolas Sarkozy a mis ce pays sens dessus dessous et ce n’est pas fini, certains de ses pairs se tenant même le ventre dans la perspective de la présidence française de l’Union européenne qui débute en juillet prochain.

Je sais, on va me dire que c’est le jeu démocratique, que l’on n’est pas dans un pays du Sud où l’on s’amuse avec les institutions et que le peuple a voté. Certes, mais je m’étonne que personne au sein de la gauche ne mette publiquement en doute les capacités de Sarkozy à mener le bateau France à bon port d’ici 2012. Peut-être, après tout, en est-il capable mais il me semble évident qu’il a besoin d’un sérieux avertissement pour cesser sa politique du tout n’importe quoi. Ce n’est pas parce que le mot « impeachment » ne fait pas partie du vocabulaire politique français que l’on n’aurait pas le droit de pousser un bruyant « Sarkozy, il est temps d’être sérieux ! »

Etre à la tête d’un pays, ce n’est pas enfin vivre ses fantasmes d’adolescent lorsque l’on se rêvait en guitare-heroe ou en star d’Hollywood. Ce n’est pas non plus retomber en enfance à l’âge du non et de la transgression systématique. A quoi cela sert-il de remettre en cause les fondements d’une nation, je pense notamment à la laïcité, pour l’unique raison de faire parler de soi en provoquant la rage chez les uns et la consternation chez les autres ? Et, Dieu du ciel, où est la cohérence dans ce que le flash de radio nous apprend tous les matins ! De l’annonce, de la grandiloquence, du « je-isme », du verbiage mais en réalité du vide. Angoisse : est-il vraiment possible que cela continue ainsi ?

(*) Lire à ce sujet « Xénophobie d’Etat », la tribune libre d’Olivier Le Cour GrandMaison dans l’Humanité du 24 janvier 2008.

Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 février 2008

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Auteur : Akram Belkaïd

Journaliste et essayiste, auteur notamment  d' "Etre arabe aujourd'hui" aux éditions  Carnets Nord

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