Mercredi 23 mai 2012
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La Théologie de la Libération comme questionnement pour la pensée islamique (partie 2/2)

En islam, la profession de foi a pour centre l’attestation qu’il n’y a point d’autre divinité qu’Allah. Cette profession de foi musulmane qui marque l’appartenance ou non d’un individu à l’islam, repose sur la négation de toutes les fausses divinités, de toutes les idoles, de tous les fétiches et sur l’affirmation de l’existence d’un Dieu unique. Tel est le sens profond de la shahada que les musulmans répètent dans leurs cinq prières quotidiennes.

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III- Critique éthique du capitalisme

La confrontation avec la pauvreté régnant en Amérique
Latine et l’influence de la pensée marxiste participèrent à la formulation
d’une critique radicale du capitalisme dans une perspective chrétienne. Contre
l’école économique de Chicago, dirigée par Milton Friedman, qui prétendait que
l’économie était une discipline « neutre » name="_ftnref1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
,
les théologiens de la libération affirmèrent le caractère éthique de
l’économie. Selon eux, la science économique capitaliste était un discours
dogmatique partant de principes absolus, comme le profit, la croissance,
l’argent ou la compétitivité, et s’appliquant ensuite à la réalité. Cette
méthode déductive était analysée par les théologiens de la libération comme une
forme de dogmatisme radical.

Or, concrètement, cette pensée capitaliste dogmatique
aboutissait à la destruction de la vie, aussi bien matérielle que culturelle et
spirituelle. De fait, le capitalisme fut assimilé à un péché par les
théologiens de la libération. Ainsi, selon Michael Löwy, « le
christianisme de la libération, dont l’inspiration est tout d’abord religieuse
et éthique, manifeste un anticapitalisme beaucoup plus radical, intransigeant
et catégorique - parce que chargé de répulsion morale - que ne le font les
partis communistes du continent - issus du moule stalinien - qui croient encore
aux vertus progressistes de la bourgeoisie industrielle et au rôle historique
« antiféodal » du développement industriel (capitaliste) » href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""> class=MsoFootnoteReference>[2]
.

Les théologiens de la libération analysèrent le
capitalisme comme une forme d’idolâtrie dans une série d’ouvrages au titres
éloquents comme ceux de Frank Hinkelammert « les armes idéologiques
de la mort »
, « l’idolâtrie du marché », « sacrifices
humains et sociétés occidentales »
, ou celui de Jung Mo Sung « l’idolâtrie
du marché et la mort des pauvres »
. Le capitalisme est envisagé comme
une fausse religion, avec ses idoles : l’argent, la marchandise, le profit
ou la croissance. Dans cette perspective, la « science économique »
capitaliste est perçue comme une théologie sacrificielle qui exige des pauvres
qu’ils offrent leur vie sur l’autel des idoles économiques.

Dans un ouvrage collectif, publié par différents
théologiens de la libération, intitulé « La lutte des dieux »,
les auteurs écrivaient : « La question centrale aujourd’hui en
Amérique Latine n’est pas la question de l’athéisme, le problème ontologique de
l’existence ou non de Dieu (...).La question centrale est l’idolâtrie,
l’adoration des fausses divinités du système de domination. (...) Chaque
système de domination se caractérise précisément par ceci, qu’il crée des dieux
et des idoles qui sanctifient l’oppression et l’hostilité à la vie. (...) La
recherche du vrai Dieu dans ce combat des dieux nous conduit à une vision des
choses dirigée contre l’idolâtrie, rejettent les fausses divinités, les
fétiches qui tuent et leurs armes religieuses de la mort. La foi dans le Dieu libérateur,
celui qui révèle son visage et son secret dans la lutte des pauvres contre
l’oppression, s’accomplit nécessairement dans la négation des fausses
divinités... La foi se tourne contre l’idolâtrie » name="_ftnref3" title=""> class=MsoFootnoteReference>[3]
.

Cette critique radicale de l’économie capitaliste amena
les théologiens de la libération à entreprendre une critique de l’idéologie qui
lui est liée : la « modernité ». Marquant le lien entre ces deux
notions, le sociologue Max Weber parlait significativement de « modernité
capitaliste »
. Dans un ouvrage intitulé « Le sujet et la
loi : le retour du sujet réprimé »,
Frank Hinkelammert fait une
critique vigoureuse de la « modernité » : « il dénonce
cette dernière, en fonction des logiques qu’elle a déployées et qui aboutissent
aux catastrophes écologiques et humaines du monde contemporain.

Pour lui, la post-modernité n’est qu’une « modernité
à l’extrême » car elle ne fait rien d’autre que la prolonger et c’est à
tort qu’elle est appelée post-moderne. C’est à partir de l’être humain comme
sujet concret, qui a des exigences de relations avec le monde naturel et
social, qu’il faut réfléchir. Franz Hinkelammert élabore ainsi une base
nouvelle de pensée théologique, dans laquelle le sujet est à la fois personnel
et collectif, sans négliger pour autant les analyses structurelles de la
société » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[4]
.

IV- L’auto-libération des pauvres

Cette critique du capitalisme était orientée par la place
qu’accordent les théologiens de la libération aux opprimés dans leur pensée.
Pour Michael Löwy, si la Théologie de la Libération devait être résumée en une
seule formule, ce serait « option préférentielle pour les
pauvres » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[5]
.
Le souci des pauvres dans le christianisme remonte aux Evangiles. Les
théologiens de la libération se situent dans la continuité de cette tradition
qui leur sert constamment de référence et d’inspiration. Toutefois, ils se
démarquent de cette tradition sur un point central car pour eux, les pauvres
sont les acteurs de leur propre libération.

Cette conception marque une rupture avec la notion traditionnelle
de « charité ». « La différence - capitale -, écrit
Michael Löwy, c’est que pour le christianisme de la libération, les pauvres
ne sont plus perçus comme des simples objets - d’aide, compassion, charité -
mais comme les acteurs de leur propre histoire, les sujets de leur propre
libération. Le rôle des chrétiens socialement engagés c’est de participer à
cette « longue marche » des pauvres vers la « terre
promise » - la liberté - en apportant leur contribution à leur
auto-organisation et auto-émancipation sociale » name="_ftnref6" title=""> class=MsoFootnoteReference>[6]
.

Dans cette perspective, l’assistance paternaliste qui
place les plus démunis dans une situation de dépendance vis-à-vis de leur
« bienfaiteurs » cède la place à une attitude de solidarité avec la
lutte des pauvres pour leur auto-libération. Par là, les théologiens de la
libération se réapproprient un point central de la pensée marxiste puisqu’il
était énoncé dans le Manifeste du Parti Communiste que « l’émancipation
des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes
 ».

Cependant, à la différence des marxistes qui pensent
essentiellement à l’auto-émancipation du prolétariat, les théologiens de la
libération parlent des pauvres et des opprimés dans leur globalité. Cela
renvoie à la situation sociale de l’Amérique latine où l’on trouve, aussi bien
dans les villes que dans les campagnes, des masses populaires pauvres composées
de chômeurs, semi-chômeurs, marchands ambulants, saisonniers ou marginaux. Tous
ces travailleurs informels étant exclus du système de production capitaliste.
Au Salvador, les syndicalistes chrétiens de la libération inventèrent un
concept pour désigner la masse des pauvres, des opprimés et des
exploités : le « pauvrétariat » title=""> style=';'>[7]
.

L’utilisation du concept de « pauvrétariat »
peut être compris comme une critique d’un certain marxisme qui désignait la
masse des déshérités, les chômeurs, les semi-chômeurs, les marchands ambulants
ou les saisonniers, par le concept dépréciatif de
« lumpenprolétariat ». En effet, c’est par ce terme, qui étymologiquement
signifie « prolétariat en haillon », que Karl Marx, en son temps,
désignait la masse des déshérités vivant en deçà de la classe ouvrière.
L’auteur du Capital recommandait à ses partisans de se méfier de ceux
qu’il appelait l’« armée de réserve du capital » car ils
étaient susceptibles de servir de force d’appoint à la bourgeoisie. Le concept
de « pauvrétariat » permet au contraire d’intégrer la masse des
pauvres, non membre de la classe ouvrière, dans une dynamique anti-capitaliste
d’auto-libération.

Au-delà de ce débat sur la place de l’ensemble des
opprimés dans la lutte pour leur auto-libération, la rupture de la Théologie de
la Libération, avec la notion traditionnelle de « charité », est l’un
des apports majeurs de cette nouvelle pensée chrétienne. Selon Michael Löwy, « ce
changement est peut-être la nouveauté politique la plus importante et la plus
riche de conséquences apportée par les théologiens de la libération par rapport
à la doctrine sociale de l’Eglise. Il aura aussi les plus grandes conséquences
dans le domaine de la praxis sociale » title=""> style=';'>[8]
.

V- Les questionnements pour un ijtihad

Les quatre thématiques que nous avons dégagées de
l’expérience de la Théologie de la Libération – l’enracinement d’une pensée
religieuse dans la réalité sociale, le rapport aux marxisme, la critique
éthique du capitalisme et l’auto-libération des pauvres - peuvent être les
bases pour un questionnement de la praxis et de la théorie des mouvements qui
se réclament de la nahda.

Ce questionnement ne peut se faire que par le recours à un
ijtihad collectif (ijtihad jama’i) qui réinterprète les sources
islamiques à la lumière de la réalité sociale analysée au moyen des sciences
sociales. Cette perspective était déjà celle de Mohammed Iqbal lorsqu’il
affirmait que « le Coran enseigne que la vie est un processus de
création progressive constante, ce qui nécessite que chaque génération, guidée
mais non empêchée par l’œuvre de ses prédécesseurs, ait le droit de résoudre
ses propres problèmes » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[9]
.

En prenant appui sur l’expérience de la Théologie de la
Libération, l’ijtihad collectif pourrait porter sur quatre points :

1- Comprenant que les idées et les théories naissent et se
développent en relation avec la pratique sociale, il serait utopique de penser
qu’un effort de réflexion, un ijtihad, puisse se développer en dehors
d’une praxis. La Théologie de la Libération est l’expression théorique d’un
vaste mouvement social de chrétiens engagés dans la lutte contre la pauvreté,
l’exploitation et les régimes dictatoriaux fruits du capitalisme et de
l’impérialisme. En effet, c’est cette pratique sociale qui fut à l’origine de
leur intérêt pour le marxisme et la théorie de la dépendance.

De fait, une Théologie Islamique de la Libération ne
pourra se développer que s’il existe un mouvement social de musulmans engagés
concrètement dans la lutte contre la pauvreté, l’exploitation et tous les
problèmes sociaux dus au capitalisme et à l’impérialisme qui gangrènent la
société. Sans ce mouvement, tout effort de réflexion risque de rester dans la
sphère d’une pensée qui n’aurait pas de prise sur la réalité sociale.

Cependant, cette Théologie Islamique de la Libération ne
saurait être uniquement l’expression d’un mouvement social. Il est nécessaire
qu’elle affirme explicitement que sa démarche est liée au contexte
socioculturel dans lequel elle s’exprime. Que ce soit dans les pays musulmans
du Sud ou dans les quartiers populaires de France où vit un nombre important de
musulmans, la misère constitue la réalité sociale de ces deux espaces liés par
l’histoire. En effet, les quartiers populaires apparaissent à bien des égards
comme des enclaves du Sud dans les sociétés du Nord. En lien avec cette réalité
sociale, l’ijtihad pourrait prendre les opprimés comme point de départ
de sa réflexion. Ainsi, s’élaborerait une pensée islamique inductive qui
partirait du réel et de la pratique sociale pour réinterpréter les textes
sacrés.

2- Comme dans le cas de la Théologie de la Libération,
cette démarche inductive nécessite des outils d’analyse socio-économique afin
de comprendre les mécanismes de l’oppression et de l’injustice. Etant entendu
que cela est nécessaire pour dépasser une réaction purement morale qui ne se
poserait pas la question des causes de la souffrance et de l’oppression
sociale.

Cependant, contrairement aux années 1960 où le marxisme
avait une certaine vitalité, aujourd’hui on ne peut que constater une pauvreté
du marxisme tant au niveau théorique qu’au niveau pratique. Depuis au moins
trois décennies, la pensée marxiste n’est plus en vogue dans les universités
occidentales. Au niveau des organisations politiques, celles qui se réclament
du marxisme sont dans leur majorité dominée par des conceptions
occidentalo-centristes, quand elles ne sont pas tout simplement islamophobes,
ce qui nuit à la perception que les musulmans peuvent avoir de la pensée
marxiste. Il faut ajouter à cela l’action des mouvements islamiques
conservateurs qui condamnent toute référence à la pensée marxiste puisqu’elle
est considérée comme une idéologie « importée » conduisant à
l’athéisme class=MsoFootnoteReference> style=';'>[10]
.

Tout cela constitue un frein à la réappropriation d’outils
d’analyse marxiste par les musulmans. Les penseurs marxistes cités par les
théologiens de la libération sont pourtant susceptibles de fournir des cadres
d’analyse qui pourraient être utiles à la compréhension de la réalité sociale.
De plus, les musulmans auraient sûrement le plus grand intérêt à s’intéresser à
des penseurs marxistes issus du monde arabo-islamique comme Anouar Abdel Malek
ou Samir Amin.

Au-delà de la référence au marxisme, il serait sûrement
nécessaire d’étudier la pensée critique née des luttes de décolonisation. Quels
outils Aimé Césaire, Frantz Fanon ou Amilcar Cabral nous fournissent-ils pour
comprendre la réalité sociale ? A leur suite, la pensée post-coloniale
s’est développée dans le monde anglo-saxon avec des représentants aussi
illustres qu’Edward Saïd. Comment cette pensée post-coloniale peut-elle être
utilisée comme outil d’analyse ? Comme dans le cas de la Théologie de la
Libération, il est évident que ces pensées critiques ne sauraient être
utilisées que dans un but pratique : celui de la lutte pour
auto-émancipation des opprimés.

3- Face à l’emprise du capitalisme et à ses conséquences
sociales, la pensée musulmane n’a pas produit une critique radicale et
systématique de ce modèle économique. Pourtant, le monde musulman, comme
l’Amérique latine, est massivement victime du système économique capitaliste
qui aboutit à la destruction de la vie tant sur les plans matériel que culturel
et spirituel.

La critique éthique du capitalisme des théologiens de la
libération a pourtant un écho dans la pensée musulmane. En effet, si nous
suivons les théologiens de la libération dans leur dénonciation du capitalisme
comme système idolâtre, nous ne pouvons qu’affirmer l’opposition radicale de
l’islam à toute forme d’idolâtrie.

En islam, la profession de foi a pour centre l’attestation
qu’il n’y a point d’autre divinité qu’Allah. Cette profession de foi musulmane
qui marque l’appartenance ou non d’un individu à l’islam, repose sur la
négation de toutes les fausses divinités, de toutes les idoles, de tous les
fétiches et sur l’affirmation de l’existence d’un Dieu unique. Tel est le sens
profond de la shahada que les musulmans répètent dans leurs cinq prières
quotidiennes. De fait, si nous postulons que le système capitaliste est
idolâtre, alors les musulmans ne peuvent être que des anti-capitalistes
radicaux. La répulsion morale des musulmans envers le capitalisme, comme
système idolâtre, devrait être au moins aussi forte que celle des partisans de
la Théologie de la Libération.

De même, la critique de la « modernité »
réalisée par Frank Hinkelammert est susceptible d’avoir certains échos dans la
pensée musulmane. Cette critique de la modernité doit tendre, non à restaurer
un système « traditionnel » idéalisé comme le font les courants
musulmans conservateurs, mais à penser « l’être humain comme sujet
concret, qui a des exigences de relations avec le monde naturel et
social ».

4- Dans la pensée musulmane traditionnelle, comme dans le
christianisme, les pauvres ont une place importante. La zakat, impôt
social purificateur, qui est le troisième pilier de l’islam, est destiné,
notamment, à venir en aide aux plus démunis. La question de la justice sociale
était au cœur des réflexions d’un Ali Ibn Abou Taleb lorsqu’il affirmait :
« Allah tout-puissant a imposé les biens des riches dans la mesures qui
suffit à assurer les besoins des pauvres. Si les pauvres s’épuisent, ont faim
ou sont nus, cela ne peut être que l’œuvre de leurs riches. Allah leur en fera
rendre compte sévèrement et leur infligera des châtiments cruels » href="#_ftn11" name="_ftnref11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11]
.

Certains ouléma durant la période classique ont développé
une pensée sociale très exigeante quant au respect du droit des plus pauvres. A
ce propos, le juriste Andalou, Ibn Hazm (994-1064), écrivait : « c’est
une obligation (fardh) pour les riches de prendre leurs pauvres entièrement en
charge. L’Etat les y contraint quand la zakat ne suffit pas à leur subvenir.
Ainsi il sera assuré la nourriture nécessaire, les vêtements pour l’été et pour
l’hiver, le logement qui protège de la pluie, de la chaleur et des regards des
passants. […] Le musulman est en droit de prendre les armes pour faire
respecter ce principe » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[12]
.

Si les propos d’Ali Ibn Abou Taleb ou l’exposé d’Ibn Hazm
dépassent la simple notion de « charité » pour faire du droit des
pauvres un impératif politico-religieux, ils n’évoquent pas l’idée d’une
auto-libération des pauvres qui n’existait pas véritablement en leur temps.
Pourtant, si l’on fait une relecture des textes fondateurs, on peut y trouver
l’idée que les pauvres peuvent devenir les acteurs de leur propre libération.
Cette réflexion peut être élaborée en redécouvrant le terme coranique de moustadh’afoun.
A ce propos, le philosophe Mohammed Abed al-Jabri écrit : « on
relève dans le Coran une mise en opposition entre les puissants enflés
d’orgueil (mustakabirun) et les faibles humiliés (mustad’afun). Les premiers
hauts dignitaires de la tribu, constituent la catégorie des incroyants et des
polythéistes ; les seconds sont, eux, souvent les
humbles croyants,
humiliés par les oppresseurs » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[13]
.

Dans cette opposition entre moustakabiroun et moustadh’afoun,
ce sont les opprimés qui défendent la croyance en Allah quand les orgueilleux
prennent le parti de l’idolâtrie. Ainsi, comme pour les théologiens de la
libération, Allah dans le Coran nous montre comment Il choisit de révéler son
message aux opprimés pour qu’ils luttent contre l’oppression des dominants.
Cette auto-libération des opprimés s’accomplit par la négation des fausses
divinités, et autres idoles fabriquées par les oppresseurs pour asseoir leur
domination. Une relecture du Coran suivant ces catégories d’analyse pourrait
être à la base d’une pensée musulmane de l’auto-libération des opprimés.

La Théologie de la Libération peut nous permettre de poser
un certain nombre de questions à la pensé islamique. Elle pourrait être un
outil utile dans la perspective d’une continuation et d’un développement de
l’œuvre des penseurs de la nahda. Nous avons défini quatre grands axes
qui nous semblent être au cœur des problématiques soulevées par la Théologie de
la Libération. Ces quatre grands axes nous apparaissent comme pouvant être à la
base d’une action et d’une réflexion collective pour les mouvements musulmans
qui ont fait de l’engagement social leur priorité.

Cependant, les problématiques posées par la Théologie de
la Libération ne peuvent pas être réduites à ces quatre grands axes. La
Théologie de la Libération a traité de problématiques diverses telles que
l’écologie, le féminisme, le pluralisme religieux ou encore le pluralisme
culturel au sein du christianisme, en relation notamment avec les cultures
« indigènes » amérindiennes et afro-latino-américaines. Ces problématiques
pourraient, elles aussi, constituer des pistes de recherche pour l’élaboration
d’un ijtihad collectif.



class=MsoFootnoteReference> style=';'>[1]
Il est une constante de la pensé dominante de ce présenté comme
« neutre » et non « idéologique ».

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2]
Löwy Michael, Le marxisme de la Théologie de la Libération.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[3]
Löwy Michael, Le marxisme de la Théologie de la Libération.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[4]
Houtart François, L’état actuel de la théologie de la libération en Amérique
Latine
.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[5]
Löwy Michael, Le marxisme de la Théologie de la Libération.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[6]
Löwy Michael, La théologie de la libération : Leonardo Boff et Frei
Betto.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[7]
Löwy Michael, Le marxisme de la Théologie de la Libération.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[8]
Löwy Michael, Le marxisme de la Théologie de la Libération.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[9]
Iqbal Mohammed, Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, traduit
par Eva de Vitray-Meyerovitch, Ed. Du Rocher, 1996, page 169

name="_ftn10" title=""> class=MsoFootnoteReference>[10]
Notons que ces mêmes mouvements condamnent rarement les théories d’Adam Smith,
et des économistes libéraux, qui sont tout autant « importées ». Le
capitalisme est même souvent justifié au nom du « droit à la
propriété »…

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[11]
Abdel Malek Anouar, Anthologie de la littérature arabe contemporaine, Ed
du Seuil, Paris, 1965, page 146

name="_ftn12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12]
Cité par Malek Bennabi in. Mondialisme, Dar el hadhara, Alger, 2004,
page 243-244. Notons que la civilisation capitalisme est loin de faire respecté
les principes élémentaires de la dignité humaine (la nourriture, le vêtement et
le logement) définit par Ibn Hazm.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[13]
Abed al-Jarbi Mohammed, La raison politique en islam, hier et aujourd’hui, Ed.
La Découverte, Paris, 2007, page 60

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Commentaires

X
0 points

A faire de l’argent l’essence des choses on tombe dans le même piège que le capitalisme ou le communisme : réduire l’homme a sa fonction matérielle.

Lorsque l’on a un ennemi et que l’on focalise sur ses points "forts" pour oublier les siens ont perd forcément.

Il faut certes contrer les points forts de l’adversaire mais aussi entretenir et développer ses propres points forts. Il ne s’agit pas simplement de modifier le rapport de force, il s’agit surtout de le déplacer.

Le capitalisme est certes fétichiste par nature mais son essence il la trouve dans l’individualisme.

Pour le capitalisme un individu libre de tout attachement aura un comportement économique optimal puisqu’il essaiera en permanence de maximiser son bien être. Bien être qu’il n’associera pas à ce qu’il est ou ce qui le lie aux autres mais essentiellement à ce qu’il possède ou ne possède pas et la femme objet joue un rôle important dans ce mécanisme. Libérée de tout attachement, elle est attirée par le matériellement plus offrant et en permanence sur le marché. Elle se trouve donc également prisonnière car elle se défini par ce qu’elle peut représenter sur le marché qui est éphémère, il s’agit donc pour elle d’évaluer en permanence sa valeur et d’assurer son indépendance en cas de pépin de parcourt.

Ce qui importe pour les musulmans ça n’est pas l’aspect matériel des choses, la contingence, ce qui compte c’est de pouvoir être or nécessairement cette question ne peut être vécu de façon individualiste car elle n’a pas de sens, la communauté est constituée de la foi et donc de la pratique. Pas de foi pas de communauté.

Peut-on interpréter la laïcité sans prendre compte sa vocation à favoriser l’individualisme ? Peut-on nier que sa cible soit la pratique ? Rejeter la pratique pour faire place à une autre pratique, celle de l’individualisme.

Sur le plan économique le capitalisme dit ceci, débarrassez-vous de votre pratique et vous aurez le paradis.

Tout cela est une question d’éducation et c’est sur ce terrain que l’opposition a lieu. Tout ce la dépend essentiellement de ce que l’on est.

Effectivement chaque génération doit faire face à ses difficultés et non se contenter de répéter les solutions des anciens. Mais ce qui importe ce n’est pas tant la difficulté à la quelle on fait face que la façon dont on y fait face. C’est ce qui fait que l’on est musulman. C’est pour cela qu’il y nécessairement un lien avec nos prédécesseurs qui ont tâché de ne pas se dénaturer dans l’action ou plutôt d’accepter cette dénaturation en connaissance de cause. (A mon avis c’est là l’erreur commise par tous les mouvements qui se sont opposés au capitalisme, ils n’ont vécu que par le capitalisme et pour le capitalisme).

Nécessairement le choix précède l’action et nécessairement le choix s’appuie sur certains points plutôt que d’autre, le résultat, à court, moyen et long terme doit permettre d’analyser le choix, c’est la que la responsabilité des générations intervient, prendre le relai et corriger ce qui doit l’être, non pas par dogmatisme mais parce que malgré la sagesse l’erreur est possible, l’important c’est que l’action soit guidée par la foi. L’apprentissage de l’expérience est là.

Dans le monde musulman c’est cette dynamique qui est cassée aussi bien dans les pays que la colonisation à profondément détruit que dans les quartiers où la communauté doit prendre vie.

X
0 points

Quel est le hic dans cette fameuse croyance en une croissance économique infinie ? C’est qu’elle fait totalement abstraction des limites naturelles de la Terre. En d’autres mots, tous ceux qui répandent l’idée que la croissance économique peut être illimitée vivent dans un monde parallèle, en dehors de ce qui nous contient objectivement. La réalité est que sur une planète aux ressources limitées, la croissance aussi doit être restreinte. Or, il se trouve que les pays riches ont depuis longtemps dépassé le seuil de croissance qui leur était permis. Dès lors, avec ce modèle de développement érigé en culte mondial, on fonce tout droit vers notre perte. Imaginez, si tous les habitants de la planète vivaient comme un Nord-Américain, on aurait besoin d’environ 5 planètes ! Il faut se rendre à l’évidence, si l’Occident veut continuer à vivre comme il vit, il lui faudra nécessairement s’organiser pour que les pays du Sud cessent d’améliorer leurs conditions d’existence. Sinon, guerres et désastres cogneront à notre porte. À chaque jour, 8000 automobiles entrent sur les routes de l’Inde et de la Chine. C’est la folie furieuse. L’american way of life se répand avec une vigueur redoutable

source, pressegauche.org

X
0 points

Salaam

Article formidable ! Que Dieu rétribue vos efforts de la manière qu’Il jugera la meilleure. Et s’il plait a Dieu, que cette rétribution prenne la forme d’une poursuite de cet Ijtihad selon les sillons que vous avez savamment indiqué.

D’humbles remarques, sans ordre précis :

  •  au sujet de : ...l’action des mouvements islamiques conservateurs qui condamnent toute référence à la pensée marxiste puisqu’elle est considérée comme une idéologie « importée » conduisant à l’athéisme[10].

    En sus de ce que vous relevez a juste titre en note de bas de page[10] sur la question d’idéologie « importée », il est a noter (chez les mêmes conservateurs) « la fixation » démesurée sur l’athéisme au dépends (ou souvent en lieu de) l’idolâtrie. Au moment ou, non seulement, la réalité sociale des musulmans des pays du sud ou du nord (dépendants et dominés) pourrait* témoigner de la justesse des propos des auteurs du livre « La lutte des dieux » (cf « La question centrale aujourd’hui en Amérique Latine n’est pas la question de l’athéisme, le problème ontologique de l’existence ou non de Dieu (...).La question centrale est l’idolâtrie, l’adoration des fausses divinités du système de domination.). Mais en attendant l’émergence d’une « pensée islamique inductive » qui viendrait le confirmer on peut rappeler qu’une lecture traditionnelle, déductive, du Texte Coranique mène au constat que ce Texte n’accorde que très peu d’intérêt et de place a la notion d’athéisme (ilhad, moulhid dans l’arabe moderne mais Ijram, Moujrim dans l’arabe coranique) comparativement a la place centrale qu’y occupe la question de l’idolâtrie (Shirk, Moushrik).

  •  Pour rester sur cette question d’idolâtrie (le capitalisme, comme système idolâtre), qui est a mes yeux le point le plus sensible, je me permet d’inviter a redoubler de prudence dans son maniement. Surtout si on la lie a la shahada et l’appartenance ou non a la communauté de foi. Je ne sait ce qu’il en est sur la notion de takfir et ses conséquences dans les sociétés chrétienne ou La théologie de la libération a vu le jour. Mais on ne peut ignorer la réalité, souvent dramatique, que ces questions soulèvent au sein de nos communautés musulmanes. Pour cette prudence, on peut s’appuyer sur la pensée musulmane classique qui a pris soin de de distinguer entre l’idolâtrie en tant que système (condamnée et combattu sans réserve) et l’individu qui commet un acte d’idolâtrie. Mais sachant les limites (encore visibles) de ce genre de stratégie il serait peut-etre utile de considérer les conséquences d’un verset comme XII:106 qui laisserait a penser que la plupart des croyants ne sont pas indemne d’une certaine portion( ?) ou (plus vraisemblablement) d’un certain type (qui reste a bien définir) d’idolâtrie qui ne leur enlève pas leur qualité de croyants.
  •  Pour les opprimés, maintenus en faiblesse (moustadh’afoun, sur le scheme arabe noustaf’al(oun) qui indique l’action d’un tiers sur l’état du qualifié. Comme dans moustachfa, hôpital, qui indique l’action des soignants et medecins sur l’état de santé (chifâ’) du visiteur) votre proposition pour une relecture du Coran en vue de promouvoir l’auto-libération des opprimés en en faisant des dirigeants (et non des éternels dirigés) est pertinente. Surtout que le Coran récite explicitement a ce sujet dans le Chapitre XXVIII (Le Récit) :

    5. Mais Nous voul(i)ons favoriser ceux qui avaient été faibles sur terre (alladhina istudh’ifu fil ardh) et en faire des dirigeant (a’immah) et en faire les héritiers,
    6. et les établir puissamment sur terre, et faire voir à Pharaon, à Haman, et à leurs soldats, ce dont ils redoutaient.

    Dans ces versets sont cités les symboles (ou archétypes) de l’oppression sont cités en les personnages de Pharaon (pouvoir politique, absolu), de Haman (pouvoir idéologique) et leur armées de serviteurs, et plus loin, le bras financier, Qaroun issu du peuple/camps des opprimés et content d’avoir d’endossé le costume d’oppresseur et des gains que cela peut rapporter (verset 76, voir aussi 40:23-24). Et effectivement tous ces oppresseurs redoutent au plus haut point que ceux qu’ils oppriment s’auto-liberent et deviennent les dirigeants de leur propre destin.
    A ce sujet, les récits (Qassas) dont regorgent le Coran n’ont pas eu traditionnellement l’intérêt d’étude et d’analyse qu’ils méritent comparativement aux versets dit de jurisprudence. Vu que ces récits décrivent des réalités socio-historiques des personnes munies d’outils d’analyses auquels vous faites références en feraient surement des lectures et analyses enrichissantes.

  •  Plus globalement ce que je trouve admirable (et bien courageux) dans le questionnement que vous proposez c’est la manière avec laquelle une démarche inductive (au lieu de partir des Textes pour les « appliquer », partir du réel pour construire une pensée religieuse spécifique a cette réalité) peut gagner en légitimité aussi bien théorique que religieuse au sein de la pensée musulmane. Si cet Ijtihad se poursuit, Inchallah, ce tournant, que vous initiez, serait un moment historique.

    Encore merci et Salaam et que la Volonté de Dieu se réalise et la règne des opprimés arrive (XXVIII:5-6)

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    Très intéressant.

    Cependant, qu’entendez-vous par "libération" ?.

    Une fois assuré aux pauvres "nourriture, vêtements d’été et d’hiver, logement qui protège de la pluie, la chaleur et les regards des passants", est-on "libéré" ? et que fait-on après ?.

    Ce sont des questions naïves sans doute comme celle-ci, de mon fils, collégien, à propos de la dictature du prolétariat en Union Soviétique. Je lui explique et il me dit : "mais ceux qui ont dirigé l’Union Soviétique après la Révolution n’étaient plus des ouvriers ! Alors, si c’est juste pour prendre la place des riches, on tourne en rond !".

    Wa Salam.

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    En parlant de l’Amérique latine, c’est là que sont les racines du capitalisme mercantile, avec la destruction des natives et le pillage de leurs ressources. Ce qu’ils appelaient "le nouveau monde" est une colonisation de la pire éspéce, comme le décrit Lanza del Vasto, qu’on peut assimiler à un théologien de la libération.

    Je suis convaincue que l’éthique de l’Islam ne saurait s’accommoder des crimes et destructions du capitalisme.

    Un musulman peut souhaiter être prospére mais pas capitaliste au point de détruire son habitat.

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    Veuillez excuser mon petit "lapsus". ce n’est pas Lanza del vasto, mais .Bartolomé Las Casas qui prit la défense des natives contre les envahisseurs assoiffés d’or

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    Merci à Youssef Girard pour son article une fois de plus très éclairant et qui me paraît fondamentalement juste.Il y a bien dans le Coran la même condamnation de l’accumulation et du culte de la richesse que dans les Evangiles avec,en plus,un appel constant à la raison,au raisonnement du croyant pour trouver le bon chemin, et le trouver par lui-même,avec Son aide, et en outre un appel constant à "ne pas faire dégât sur la terre" :"N’aspire pas à faire dégât sur la terre.Dieu n’aime pas les fauteurs de dégât"."Telle est la demeure dernière.Nous l’attribuons à ceux qui ne veulent pas d’élévation sur la terre,non plus que du dégât".Car les deux sont liés,et on le voit bien en ce début du 21è siècle où la cupidité capitaliste est en train de détruire la terre au point que des millions d’hommes ne peuvent ni se vêtir,ni s’abriter sous un toit,ni même se nourrir...Certes,il est temps de se réveiller et de ramener au modèle commun les outrecuidants.Nous devions garder cette terre qui nous a été offerte avec pour chacun les moyens de sa subsistance et voyez ce que les riches et puissants en ont fait, avec notre complicité puisque nous n’avons pas su,et souvent même pas voulu les en empêcher, ce dont nous aurons sûrement à rendre compte...Salam !

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    Pauvres et capitalisme sont inseparables : dés le début le capitalisme s’est édifié sur le dos des pauvres (hommes,femmes,enfants)et continue à spolier les pauvres.

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    Essalem alaykoum,

    Lola, je partage ton analyse. C’est ce que j’ai essaaie de dire dans le premier post un peu long mais c’est là l’idée.

    D’autant que je trouve très dangereux ce que suggère l’auteur à savoir se définir en fonction de la lutte. C’est dogmatique et irresponsable (dans le sens où cela ne tient pas compte de la responsabilité propre à chaque musulman). Dire Islam = lutte contre le capitalisme c’est réducteur.

    L’essentiel n’est pas de s’occuper de ce qui se passe au dehors mais bien de lutter contre ses propres démons. Je ne crois pas que l’Islam est besoin d’être contextualisé, il faut déjà comprendre qu’il est intemporel car s’adressant à l’Homme et à sa nature (il y en a pour penser que l’homme d’aujourd’hui est plus évolué que l’homme d’il y a 2000 ans mais je n’y crois pas un instant, il me paraît évident qu’il s’agit du même homme dans un environnement légèrement différent).

    A mon avis l’auteur qui a fait un travail remarquable et fort intéressant réalise néanmoins quelque raccourcis pour parvenir à sa conclusion :

    1. Chaque génération fait face à ses propres défis, vrai => contextualisé, faux (cf. premier post)

    2. L’Islam s’inquiète des pauvres, vrai => l’Islam c’est la lutte des pauvres contre les riches, faux. Le prophète n’a pas stigmatisé les riches, il nous a prévenu contre l’idolâtrie c’est très différent (loin de moi l’idée de défendre l’amour de l’argent). Peu importe que tu sois riche ou pauvre, gardien de chèvre ou dirigeant, ce qui compte c’est ce que tu es et en ce sens il n’y a pas de distinction entre les hommes.

    Je n’ai pas la science infuse et je comprends peut-être mal les choses et ce que dit l’auteur.

    Allahou alem

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    Essalem alaykoum,

    Les musulmans doivent faire face aux contraintes qui s’opposent à eux et non partir dans des croisades idéologiques.

    Ils doivent donc mettre en œuvre les moyens de vivre et de partager leur foi, de se réunir dans la communauté des croyants,

    de s’écouter, d’analyser et de débattre de leur environnement, de s’y adapter et d’y répondre.

    Ils doivent veiller à leur éducation et à celles de leurs enfants,

    ils doivent mettre en œuvre les moyens d’améliorer leurs conditions,

    ils doivent gagner en maturité et en sagesse et se respecter et respecter les autres avec lesquels ils doivent dialoguer sereinement.

    Ils se doivent d’être exemplaires et responsables.

    Ils doivent tentaient de faire avec foi et ne pas focaliser sur un résultat attendu, ce qui compte c’est qu’il soit musulman, c’est à dire que chacun sait sa responsabilité et l’assume,

    Pour les musulmans qui composent la communauté des croyants, ils n’est nul question de définir ou redéfinir ce qu’est ou n’est pas l’Islam, il s’agit de respecter les uns et les autres et de trouver les réponses aux contraintes issues de l’environnement dans lequel ils se trouvent.

    La première chose c’est donc que les musulmans se tournent vers leurs frères pour évoquer les problématiques et les difficultés et y réfléchir et surtout pas dans le but de partir en croisade.

    Allahou aalem

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    Il faudrait poser la question du Pouvoir et sur quelle légitimité il repose dans une société islamique.

    Autre question : les riches, les puissants, ne cessent de fuir leurs responsabilités vis à vis des faibles, des pauvres et se donnent des priorités - aidés en cela par les "savants" - qui ne vont pas dans le sens du bien collectif mais dans le sens que leur indique leur vanité, leur égoïsme, leur soif de pouvoir et de reproduction du pouvoir.

    Est-on condamnés aux jacqueries ou aux luttes organisées du genre pot de terre contre pot de fer ?.

    Comment faire pour les y contraindre en cas de négligence puisque par définition les faibles sont trop faibles pour se faire entendre ?.

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    salam
    je me trouve dans cet article entierment

    merci bcp

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    Lola et bien si l’on observe l’avènement et le développement de l’Islam, on a aussi l’Histoire d’un désiquilibre des forces et pourtant...

    Ce qui compte ce n’est pas la contrainte à laquelle on fait face mais la façon dont on y répond.

    Se définir en fonction de ce que l’on combat c’est aussi en dépendre.

    Que sont devenus les mouvements dont parle l’auteur et où en est le capitalisme ?

    La seule véritable chose qui fasse peur au capitalisme c’est la foi. L’être humain étant un être condamné à croire, en lui s’oppose le monothéïsme (liberté) au polythéïsme (soumission).

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    l islam,avec ses valeurs humaniste et de gauche,est un altermondialisme.alors,merci à Youssef Gerard de nous le montrer.

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    N’est-il pas polythéiste de dire que l’Islam est de gauche ?

    Je ne comprends pas cette obstination de définir l’Islam en fonction d’un dogme. Voir le monde sous l’angle gauche, droite n’est-il pas dogmatique et réducteur ?

    Tout n’est pas qu’une question de mode de répartition des richesses, l’être précède l’avoir.

    Si l’on prend la gauche française telle que nous l’avons connu ces 25 dernières années, on peut conclure sans grand risque qu’elle est fétichiste et donc aliénante.

    Par exemple, la gauche française n’a pas vraiment de valeur, elle est focalisée sur l’argent et promulgue invariablement l’individualisme et ce n’est pas le paternalisme aliénant dont elle fait preuve qui peut contredire cela ni être source d’émancipation ou de progrès au contraire. Que pensez d’une gauche dont le slogan est "votez utile" ? En dehors de l’aveu d’incompétence et d’impuissance, c’est aussi un sermon très cléricale.

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    Essalem alaykoum,

    Lola par rapport à ta question sur le pouvoir et sa légitimité dans le monde musulman pour moi c’est assez simple il suffit d’observer ceux qui ont construit et développé le monde musulman. étaient-ils arriérés ? (je crois qu’ils étaient beaucoup plus évolué que le monde d’aujourd’hui). étaient-ils fanatiques ? Ils étaient incontestablement plus ouvert et sûr d’eux parce qu’ils avaient bien plus de foi que ceux qui partent aveuglément en croisade contre l’occident

    Donc pour moi avant toute chose, il convient de se préoccuper de l’être et non de l’avoir, ensuite les solutions et la créativité renaîtront d’eux-même.

    Je ne rejette pas en bloc le choc des civilisations pour moi le monde occidental est aujourd’hui ouvert sur l’Islam même si en position défensive et tournée vers le passé, et le monde musulman est ouvert sur l’occident mais en reconstruction et tourné vers l’avenir. Nous sommes aujourd’hui a une période charnière où les occidentaux espèrent l’occidentalisation du monde musulman (qu’ils classent en fonction de cela en modéré ou pas), le monde musulman connaît deux tendances l’une mimétiste l’autre conservatrice, le meilleur chemin à mon avis se trouve entre les deux c’est à dire fil dine. La catastrophe se trouve être dans la laïcité qui a prouvé être dogmatique et prosélytique autrement dit improductive et négationniste, elle pourrait arranger plus d’un gouvernant qui se trouverait ainsi dédouané de tout questionnement de même qu’au final la laïcité a mené à quoi d’autre si ce n’est un peuple asservi au pouvoir. La foi appartient au peuple et l’on ne saurait l’en privé sous quelque prétexte que ce soit.

    Si l’on s’en tient à ce que disent d’eux-même les occidentaux et non à ce qu’ils sont dans les faits, on constate que tout modèle tend à s’organiser pour la domination et la survie, il tend ainsi vers l’idéologie et se substitue au peuple et à sa liberté de conscience.

    Si nous devions lutter pour quelque chose ce devrait être pour faire reconnaître au monde la liberté de conscience.

    Wa salam alaykoum

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    Je ne crois pas à la liberté de conscience dans ce monde. Pour moi, il n’y a qu’une seule liberté réelle, la liberté métaphysique. Par le haut en quelque sorte. Tendre vers elle nous donne une liberté relative et une conscience plus claire et c’est pourquoi, personnellement, je tiens à la laïcité, tant que la question de la légitimité du Pouvoir n’est pas définie clairement.

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    SALAM,
    Si je comprend bien la théologie de la libération est la seule façon de concilier "la révolution des pauvres" avec une exigence de justice sociale dont la religion doit garantir la réalisation. Mais est ce que ce n’est pas transposer encore une fois la pensée judéo-chrétienne et ses fruits sur le plan politique et social dans un système de pensée islamique qui a évolué indépendamment de toute référence philosophique et idéologique. En effet les concepts coraniques et musulmans en général n’ont pas eut pour but de diviser la société en riches et pauvres, en tenant du pouvoir politico-économique et prolétariat ect... La seule séparation est celle de croyant et mécréant ou de ceux qui s’enflent dans leur orgueuil et ceux qui reviennent vers la miséricorde de DIEU...
    Bref je veux dire que le monde musulman n’a pas forcément besoin de passer par une révolution populaire ou prolétarienne pour accéder à son autodétermination puisque dans l’Islam même il ya les outils nécessaires à cet objectif. Le Prophéte SWS lui même en est le premier exemple puisqu’il a réussit à unifier justement un peuple alors qu’il était divisé socialement en tribue nobles et riches et en pauvres et esclaves. Il faut simplement adapter cet "idéal de justice sociale" aux sociétés d’aujourd’hui sans passer par l’idéologie marxiste ou même capitaliste qui sont nées en dehors de toute référence islamique. La théologie de la libération même christianisée ne peut donner de résultats sans prise en compte des spécifités culturelles et psychologiques du monde musulman. Le mouvement de la Nahda justement n’a pas vraiment réussit à transposer "la modernité occidentale" en terre d’Islam par la théologie ou Ijtihad.

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    Entièrement d’accord : une reflexion sur l’idolatrie à partir d’une analyse de la réalité dans laquelle nous vivons, avec l’outillage des sciences sociales, et en particulier de la dialectique marxiste, peut nous faire redécouvrir l’immense richesse du Coran pour une réinvention de ce monde (dont nous sommes responsables !). Un grand merci à Youssef (et aussi à l’itinérant pour son commentaire avec les références au Coran).

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    On touche là un point crucial, comme Benoît XVI lui-même, bien qu’adversaire déterminé de la théologie de la libération, l’a décelé.

    Cette théologie n’est pas tout à fait neuve dans la mesure où il n’y a rien d’illogique à la rattacher à Léon Bloy, Péguy, et bien au-delà François d’Assise, François Bacon, Joachim de Flore, bref tout le courant "millénariste", auquel se sont toujours opposés les "sécularistes", pour reprendre deux termes péjoratifs que les théologiens chrétiens d’un camp ou de l’autre se jettent à la figure depuis l’origine du christianisme.

    L’ère industrielle et capitaliste n’a fait que mettre entre parenthèses la pensée millénariste catholique. Marx lui-même a été pourchassé dans toute l’Europe et n’a rien du penseur laïc "officiel".

    Cela dit on se heurte à un problème juridique. Pour moi, catholique qui tient Benoît XVI pour un théologien "musulman", des penseurs comme Tariq Ramadan et Youssef Girard sont eux-même assez hétérodoxes. C’est-à-dire que la notion de "renouveau" me paraît étrangère à l’islam. L’islam, comme le protestantisme ou le judaïsme, la démocratie-chrétienne, ne connaît que la réforme, pas le renouveau. Même s’il est un sécularisme moins fermé que le judaïsme ou le libéralisme, l’islam est d’abord un sécularisme, une morale (on a tort de penser que le capitalisme n’est pas moral, c’est au contraire un ordre ultra-moral.)

    Benoît XVI a un train d’avance, si je peux dire ; il a parfaitement pigé que la théologie de la libération est totalement incompatible avec les principes démocrates-chrétiens, qui sont ceux des Etats-Unis, et auxquels il ne veut ou ne peut ( ?) pas renoncer.

    Dans l’absolu je crains qu’il y ait peu d’auteurs, surtout français, qui apportent quelque chose à Marx. La gnose, la scolastique d’Althusser ou de Lucas, par exemple, sont étrangères à Marx et Engels, qui se sont efforcés au contraire de traquer la mystique laïque dans la gnose de Hegel, l’idéalisme dans la scolastique de Feuerbach.

    En résumé, le seuil critique maximum acceptable pour un musulman, c’est la philosophie romantique de Hegel. Le classicisme de Marx est susceptible de révolutionner les principes d’un musulman.

    Pour conclure je me sens quand même obligé de saluer l’effort de Youssef Girard qui consiste à lutter contre le totalitarisme libéral et le fanatisme laïc.