Samedi 11 février 2012

L’Islam, c’était mon destin

C’est à l’âge de 18 ans, le Bac en poche qu’Olivier Saint-Jean, un jeune de la banlieue parisienne décide de partir à la conquête du rêve américain avec pour seules armes un talent prometteur conjugué à un solide mental. Un rêve fou qui suscitait le scepticisme des plus optimistes de son entourage, la raillerie de certains, alors que d’autres espéraient entendre rapidement les éclats retentissants du rêve brisé à l’américaine.

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C’est à l’âge de 18 ans, le
Bac en poche qu’Olivier Saint-Jean, un jeune de la banlieue parisienne décide
de partir à la conquête du rêve américain avec pour seules armes un talent
prometteur conjugué à un solide mental. Un rêve fou qui suscitait le
scepticisme des plus optimistes de son entourage, la raillerie de certains,
alors que d’autres espéraient entendre rapidement les éclats retentissants du
rêve brisé à l’américaine.

Mais en partant aux
États-Unis, Olivier allait droit vers son destin qui lui réservait une arme
encore plus redoutable, la foi en Dieu, qui le propulsera au firmament du basket
mondial. C’est l’histoire d’une rencontre avec l’Islam d’un jeune noir de
Versailles dont les pages du ’’mektoub’’ étaient écrites dans le pays de
l’oncle Sam, façonné par la culture blanche des Protestants Anglo-Saxons : les
WASP. Quatre ans plus tard, Olivier Saint Jean décline sa nouvelle identité
avec fierté. Elle se compose toujours de trois mots, mais qui appartiennent
dorénavant au lexique de la langue arabe. Il est désormais Tariq Abdul-Wahad,
le premier français à intégrer le prestigieux championnat de basket
américain, considéré de loin comme le meilleur au monde et dans lequel ont
évolué des super stars de la trempe de Michael Jordan ou encore de ’’Magic
Johnson’’. En optant pour le prénom de Tariq, le joueur des Orlando ne pouvait
pas mieux choisir. Ce prénom qu’il appréciait depuis toujours et dont il
ignorait le sens prémonitoire signifie en effet’’ *l’autre non de Vénus
considérée en tant que première étoile à apparaître le soir et
dernière à disparaître le matin. La 86éme sourate du Coran porte également
ce nom.’’

La nouvelle étoile du basket
Tariq Abdul-Wahad, inspirée par le Ciel, allait maintenant rallier cette
constellation d’autres étoiles qui brillent dans ce championnat planétaire
qu’est la NBA. Véritable idole des jeunes des deux côtés de l’Atlantique,
Tariq a le triomphe modeste. Il se définit seulement comme le ’’simple
serviteur’’
de Dieu.

La présence de Tariq Abdul
Wahad dans l’équipe de France qui disputait l’Euro-Basket au mois de juillet
dernier, provoqua un engouement total de la part du public et des médias. Il
était la grande attraction de ce championnat d’Europe de basket. Malgré les
multiples sollicitations d’interviews dont il était l’objet, Tariq nous
accorda un entretien exclusif de plus de deux heures dans lequel il se dévoile
complètement. C’est l’homme que nous avons sollicité plus que la star mondiale
de basket.

Tariq se distingue par une
forte présence physique dont la démarche est la réplique du félin solitaire
aux aguets. Son visage aux traits réguliers et aux multiples expressions est en
état de grâce permanent. Quand il vous fixe, il vous transperce de ses yeux
clairs, d’un regard qui semble en perpétuelle concentration, et que vient
interrompre son sourire enjôleur. Sa réputation de joueur sanguin ne
transparaît en aucun cas. Il est habité par une fausse nonchalance qui lui
donne un air d’insouciance juvénile, qui dissimule en fait un individu
passionné. La félicité intérieure qu’il vit est perceptible dès lors que
l’on évoque Dieu. Avec Tariq, autant parler franc, la force de ses convictions
transparaît dans l’intonation de sa voix, aux vraisaccents de vérité. Il ne connaît qu’un seul discours, celui de la
franchise qui jaillit de sa sensibilité. Le défenseur de l’équipe d’Orlando
passe rapidement à l’offensive pour défendre certaines injustices qui le
frappent au cœur. n

Saïd BRANINE

*cf. le livre ’’Le livre des
prénoms arabes’’
Younous et Néfissa Geoffroy.

Interview exclusive Tariq
ABDUL-WAHAD

Islam de France - La presse
en général insiste sur ta conversion sans pour autant en exposer les raison.
Mais avant d’aborder cette question, que connaissais-tu de l’Islam quand tu
t’appelais Olivier Saint-Jean ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- J’avais une connaissance sommaire de l’Islam. Ma
connaissance de la religion musulmane reposait sur les relations que
j’entretenais avec des élèves musulmans du primaire jusqu’au lycée. Il y
avait à la fois des musulmans culturels et ceux qui pratiquaient. Leur pratique
de la religion était discrète, sans ostentation. Rien ne les distinguait
réellement de nos autres camarades non musulmans. Je connaissais les quelques
interdits les plus connus de l’Islam, tels que l’interdiction de consommer de la
viande de porc, ou encore de l’alcool etc…). J’avais connaissance également
de l’obligation pour tout musulman d’observer le jeûne durant le mois sacré de
Ramadhan. Sans omettre bien sûr l’accomplissement des prières quotidiennes.
Cependant je percevais chez certains musulmans des attitudes contradictoires
entre les principes qu’ils affichaient et le respect de ces mêmes principes. Je
me souviens aussi avoir posé une question sur ce qu’est l’Islam à un ami sur
Paris que je n’ai plus revu d’ailleurs. Sa réponse fut brève et lapidaire ’’L’Islam
, c’est croire en un Dieu unique dont Mohamed (sas) est le messager’’
.
Cette phrase s’est inscrite dans ma mémoire sans plus. En fait ce que je
connaissais de l’Islam était connu du plus grand nombre.

Islam de France - C’est
surtout aux États-Unis que ton intérêt pour l’islam s’est révélé ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- Exactement. Je suis donc allé aux États-Unis en 1993.
Durant deux années ma perception de l’Islam était toujours aussi générale et
superficielle. L’Islam était toujours pour moi cette religion monothéiste dont
j’avais fréquenté les fidèles à l’école en France. La rencontre avec
Mustapha, un musulman d’origine égyptienne à l’université de San José State
où j’étais étudiant en histoire de l’art, me donne l’occasion de percevoir
une image puissante de l’Islam.

Islam de France - Quelle est
exactement cette image puissante de l’Islam dont tu parles ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- Celle d’une religion qui façonne et construit un
individu jusque dans la manière de mouvoir ses membres. Cet individu dégageait
une sérénité phénoménale. Il semblait habiter par une force intérieure. Il
était d’un calme olympien, toujours disponible et souriant, et d’une grande
affabilité, magnanime et tolérant. Il était d’une intégrité scrupuleuse.
L’environnement extérieur, le stress à l’américaine ne semblaient avoir aucun
effet sur lui. Un tel individu détonnait dans une société américaine fondée
sur la réussite individuelle qui confine à l’égoïsme. Mustapha faisait
preuve d’une grande humilité dans son rapport à Dieu. Il essayait d’être bon
musulman du mieux qu’il le pouvait sans verser dans l’autosatisfaction. Il
débordait de spiritualité !

Islam de France - C’est lui
qui t’a initié à l’Islam ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- Je ne pense pas qu’il faille dire les choses ainsi.
Mustapha est bien sûr devenu mon ami. Mais on ne vient pas à l’Islam par le
biais d’une personne. Mustapha était un individu brillant intellectuellement.
Nous avions des sujets de discussions très approfondis, ceux d’étudiants qui
avaient soif d’apprendre. Mais il faut que tu saches que ces sujets ne portaient
pas essentiellement sur l’Islam.

Islam de France - En fait,
c’est plutôt cette image forte du musulman qu’il incarnait qui t’a donc incité
à en savoir plus sur l’Islam ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- Exactement. J’ai donc voulu en savoir d’avantage sur
cette religion tant décriée. Je voulais appréhender l’Islam de l’intérieur.
Je voulais d’autant plus en savoir davantage, que je m’interrogeais depuis
quelques temps. Il ne s’agissait ni d’une angoisse, ni d’une crise
existentielle. Mais d’une phase de doute profond. Mes interrogations étaient
celles d’un individu qui s’interrogeait sur le sens de la présence sur terre de
l’homme, sur le mystère de la vie. Pourquoi sommes-nous sur terre, est-ce par
hasard ? y a t-il une raison ?

Islam de France - Tu parles
de religion tant décriée, est-ce que tu as été influencé dans ta perception
de l’Islam par l’image négative véhiculée par certains médias ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- Non justement, Subhâna’Llâh (Gloire à Dieu),
pas une seule fois ! Aussi bien en France, qu’aux États-Unis. Tous ces clichés
d’une religion qu’on associe à la violence, au terrorisme à l’intolérance, à
coup de reportages télévisés tronqués, de manchettes dans les journaux et,
de “unes” dans les magazines affichés en poster dans les kiosques n’ont eu
aucun impact sur moi... Toute cette islamophobie et cette lutte sournoise contre
l’Islam savamment orchestrée par certains médias malveillants, n’ont jamais
réussi à m’atteindre. Je n’ai jamais eu en moi l’once d’une opinion négative
sur l’Islam. Avec du recul, j’y vois là comme un signe de ma future conversion
à l’Islam.

Islam de France - Pour en
revenir à ta rencontre avec ton ami Mustapha et cette période ou tu
t’interrogeais ; tu as donc trouvé dans l’Islam les réponses à tes questions ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- Il faut remarquer que Mustapha n’a jamais cherché à me
convaincre, ni à m’influencer. Il se contentait d’apporter des éclairages sur
certains aspects de la religion musulmane. Ma démarche de découvrir cette
religion s’est faite d’une manière autonome. Je me suis mis à lire des
traductions du Coran, puis des commentaires. Pendant une période, je dévorais
même. Je lisais tout ce qui avait trait à cette religion sans idées
préconçues. Ma démarche était de savoir, de comprendre, de découvrir. J’eus
des réponses rapides à mes interrogations. Aucune idéologie, aucune
philosophie, aucune autre religion ne m’avait donné jusque là ces réponses.
Face à ces réponses, je ne me contentais pas de les enregistrer d’une manière
béate. Je les soumettais à un maximum d’examen critique. Je les remettais en
cause. Je questionnais ces réponses. Plus je questionnais ces réponses, et
plus je me rapprochais de la vérité. Je sentais aussi comme des signes.

Islam de France - Tu veux
dire que parallèlement à tes recherches venaient se greffer des signes
annoncia-teurs de ta conversion ?

Tariq ABDUL-WAHAD
- Oui, ce sont des choses que tu sens. Des chose que tu
perçois avec le recul, et longtemps après ta conversion comme des signes,
ainsi que je te l’ai précisé auparavant. Mais laisse moi te raconter deux
anecdotes.

Un été, je me suis rendu en
France. Je n’étais pas encore musulman. J’étais encore en pleine recherche et
réflexion sur l’Islam. J’avais rendez-vous avec un ami dans le métro qui
m’annonce qu’il sera en retard. Il m’affirme également qu’il y aura quelqu’un
d’autre qui nous attendrait également dans le métro. Il me brosse le portrait
de son ami en question. Je le rencontre. Nous nous mettons à discuter. C’est
alors qu’il m’apprend qu’il souhaite poursuivre des études aux États-Unis. Il
était en contact avec une Université aux États-Unis dont le montant des
études était beaucoup trop élevé. J’ai été séduit par son projet
d’étude. Aussi, je lui ai donc tout naturellement proposé de l’aider. Je
l’oriente alors sur mon Université où le coût des études est moindre. Je lui
annonce également que je le prendrai en charge et qu’il n’a donc pas à se
soucier des frais de logement. Or il s’avère aussi que c’est un musulman très
pratiquant. Je lui ai donc proposé de partager mon appartement. Il m’invite
alors à rencontrer sa famille le lendemain.

La rencontre avec son père m’a
impressionné. Il me rappelait Mustapha en plus âgé. Il y avait en lui cette
sagesse que confère l’âge et qui donne un supplément d’âme, une dimension
supplémentaire à la foi. Le frère en question est donc venu vivre avec moi.
Avec le recul, je l’interprète encore comme un signe.

Islam de France - Et la
seconde anecdote…

Tariq ABDUL-WAHAD

  •  La seconde anecdote que j’interprète également comme un signe, s’est
    déroulée aux États-Unis. Mustapha connaissait bien sûr mon intérêt pour
    l’Islam. Nous nous étions perdus de vue depuis trois semaines. Je cherchais en
    vain à le joindre pour lui annoncer le grand jour : ma conversion à l’Islam. Ce
    jour-là, le 8 novembre 1997, je devais me rendre à la mosquée pour
    accomplir le rituel de la chahada.

    C’est alors que je rencontre
    Mustapha, qui figure toi, essayait de me joindre à son tour pour me dire qu’il
    fallait que je me rende également à la mosquée. Il sentait que la foi en Dieu
    arrivait à maturation. Il ne pouvait pas me laisser partir comme cela. On s’est
    donc retrouvé nez à nez par hasard et on a beaucoup ri à ce sujet. Nous
    étions très émus ! Nous avions exactement les mêmes intentions au même jour.
    Je te le dis, et c’est pour moi comme une intime conviction, comme une certitude
     : mon destin c’était l’Islam !

    Islam de France - Tu es donc
    devenu musulman ce 8 novembre 1997 pourquoi avoir choisi le prénom de
    Tariq ?

    Tariq ABDUL-WAHAD
    - C’était un prénom que j’aimais déjà avant ma
    conversion. Quant à Abdul-Wahad, c’est un nom qui sonne très bien et dont
    j’apprécie le sens. Comme tu dois certainement le savoir, Abdul veut dire
    serviteur, esclave et Wahad, c’est le Dieu unique.

    n Islam
    de France - Comment tes proches ont réagi à ta conversion ?

    Tariq ABDUL-WAHAD
    - Mes amis l’ont bien vécu. Leurs sentiments à mon égard
    n’ont pas évolué d’un iota. Ils sont tout simplement restés mes amis. Pour ma
    famille, ce fut plus difficile à accepter. Ma mère était particulièrement
    proche de moi. Elle nous a élevé seule avec mon frère. Elle a eu du mal à
    tout accepter immédiatement. C’est la réaction d’une mère pour son fils. Il
    faut dire que les événement me concernant se sont rapidement enchaînés. Je
    me suis marié peu de temps après ma conversion. J’ai par la suite eu des
    enfants. Ma mère n’a pas nécessairement saisi le chemin dans lequel je
    m’engageais. Mais je suis convaincu, qu’elle comprendra rapidement Inch‘
    Allâh
    , que la voie que j’ai choisie est la bonne.

    n Islam
    de France - Si quelqu’un t’interpelle en t’appelant Olivier…

    Tariq ABDUL-WAHAD

  •  Je ne lui réponds pas !

    Islam de France - Même à
    ta mère ?

    Tariq ABDUL-WAHAD
    - Même à ma mère. Bien que je ne lui aie pas imposé de
    m’appeler Tariq, elle m’appelle par mon prénom de musulman. Pour mes parents et
    mes proches, il a fallu passer par une période d’adaptation. Ce qui est
    parfaitement compréhensible. En revanche quelqu’un que je ne connais pas et qui
    m’appelle volontairement Olivier, je considère cela comme une provocation. Le
    Prophète (sas) lorsqu’il entendait quelque chose qui ne lui plaisait pas, ne
    répondait pas tout simplement. Telle est mon attitude !

    Islam de France - Lorsque tu
    t’es converti à l’Islam, t’es-tu interrogé sur l’authenticité de ta foi ?

    Tariq ABDUL-WAHAD
    - Oui bien sûr. ......

    la suite dans la revue Islam
    de France
    n°6

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