L’Exil du peuple juif remis en cause

Avant d’ouvrir cet ouvrage, il faut savoir que son auteur n’est ni un nostalgique du IIIe Reich, ni un Pal

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mercredi 25 février 2009

L’Exil du peuple juif remis en cause

Le livre « Comment le peuple juif fut inventé » passe par-dessus bord toutes nos certitudes quant à l’expulsion du peuple de Judée par les Romains en l’an 70 après Jésus-Christ. Et s’il n’y avait pas eu d’Exil ?

Avant d’ouvrir cet ouvrage, il faut savoir que son auteur n’est ni un nostalgique du IIIe Reich, ni un Palestinien qui aurait perdu toute sa famille sous les bombardements de l’armée israélienne. Shlomo Sand enseigne l’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv. Et que son livre, « Comment le peuple juif fut inventé », est un succès de librairie dans l’ancien royaume de David et de Salomon.

Que dit Shlomo Sand de si révolutionnaire ? Que les Romains n’ont jamais pratiqué l’expulsion systématique d’aucun « peuple ». Pour la seule raison qu’un peuple produit des denrées agricoles sur lesquelles l’impôt était levé. Une expulsion n’était donc nullement rentable. De plus, « il n’existe aucune trace, pas le moindre indice, d’une quelconque expulsion du pays de Judée, pas même dans la riche documentation que Rome nous a léguée », souligne l’historien.

Les habitants de Judée (qui devaient être autour de 800 000 à l’époque), contrairement aux Grecs et aux Phéniciens, étaient majoritairement des paysans, pas des marins et des commerçants.

Des descendants de cavaliers khazars

Alors d’où viennent les juifs d’Afrique du Nord et d’Europe ? Shlomo Sand affirme que dans l’Antiquité, la religion juive se livrait au prosélytisme tout autour du bassin de la Méditerranée. A son apogée dans l’Empire romain, le judaïsme englobait 7 à 8 % de la population. Le qualificatif de « juif » ne s’appliquait pas seulement aux habitants de la Judée, mais « à tous les convertis ainsi qu’à leurs descendants ».

Pour l’auteur, les deux grandes réussites de ce mouvement de prosélytisme juif ont été l’Afrique du Nord, alors peuplée par les Berbères, et la fondation du royaume juif des Khazars, sur les steppes voisines de la Volga et du Nord Caucase.

Alors de quand date cette invention d’un peuple juif ? De la fin du XIXe siècle et de la tenue du premier congrès sioniste en 1897, répond Shlomo Sand. « Si les juifs de l’époque moderne n’étaient pas les descendants directs des premiers exilés, comment légitimer leur installation sur une Terre sainte censée être le “pays exclusif d’Israël“ ? », écrit ce professeur d’histoire, diplômé de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris.

En d’autres termes, on aurait inventé une fiction, celle du « peuple juif », plutôt que de reconnaître que les Israéliens sont des descendants de guerriers berbères et de cavaliers khazars… Car si les habitants de la Judée sont restés après la destruction du Temple de Jérusalem, on peut légitimement en déduire que les Palestiniens sont les descendants des juifs anciens, convertis à l’islam au VIIe siècle après la conquête arabe !

D’ailleurs, David Ben Gourion, l’un des fondateurs de l’Etat d’Israël, écrivait jusqu’au début des années 20 que les fellahs palestiniens étaient une «  partie intégrante de la race juive, facilement incorporable à l’édifice sioniste ». Des propos vite oubliés après la première révolte arabe en 1929 contre les premiers colons juifs…

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 432 pages.

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Auteur : Ian Hamel

Journaliste,  a publié “L’énigme Oussama Ben Laden” aux Editions Payot le 5 novembre 2008, auteur également du livre « La vérité sur Tariq Ramadan, sa famille, ses réseaux, sa stratégie » aux éditions Favre, préface de Vincent Geisser.

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