Je ne serai complice d’aucun …CRIM

Il y a vraiment de quoi y perdre son latin. Qui pourrait nous expliquer quelle mouche a piqué ceux qui ont an

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lundi 23 février 2009

Je ne serai complice d’aucun …CRIM

Il y a vraiment de quoi y perdre son latin. Qui pourrait nous expliquer quelle mouche a piqué ceux qui ont annoncé la création en grande pompe pour le 25 mars prochain d’une structure musulmane laïque dans notre pays ? Lancé à l’initiative de Malika Benlarbi, sous-préfet à Paris et avec le soutien d’Henri Guaino, le projet veut « fédérer les réseaux de l’immigration arabo-musulmane laïque afin de peser dans le débat national et constituer l’ébauche d’un CRIF musulman ». Autrement dit, un CRIM, un Conseil Représentatif des Institutions Musulmanes.

Pourtant, les musulmans de France ont déjà, pour régler leurs questions religieuses et cultuelles, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Il n’est donc nullement nécessaire de mettre en place une structure religieuse pour régler des problèmes non religieux ! Plus encore, tous les organismes de type « communautaire » que compte notre République n’ont cessé de montrer, depuis leur création, aussi bien leurs défaillances que leurs dérives.

A qui pourrait alors bien profiter ce CRIM ? Peut-être bien d’abord aux politiques, qui en s’y associant, signent là un terrible aveu de faiblesse. Il faut en effet qu’ils soient bien paresseux pour confier la gestion des affaires qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas traiter à des prestataires empressés et autoproclamés. Le CRIM paierait ainsi la rançon de l’inefficacité des politiques sur une question « musulmane » qui, si elle existe, n’a pas encore été correctement abordée. Un peu comme si, finalement, Marianne courbait l’échine sous le poids trop lourd de ses responsabilités envers l’ensemble des Français, quels qu’ils soient, se défaussant de son devoir au profit des associations qui seraient, seules, comptables d’éventuels résultats.

Comme si les politiques de notre pays préféraient le risque de la discorde et de la division à la promesse d’un respect de nos valeurs républicaines. A quelle crédibilité peuvent-ils encore bien prétendre auprès de tous ces Français fidèlement attachés à une République une et indivisible ?

Mais les politiques ne sont pas seuls coupables, car ce CRIM profite aussi à tous ces « musulmans laïcs » qui les cautionnent. Mais d’ailleurs, qui sont ces « musulmans laïcs », et à quoi les reconnaît-on ? Un Français musulman ne saurait être autre chose que laïc puisqu’il vit dans un pays dont il est tenu de respecter tous les principes, et qui du reste sont non négociables ! Cette appellation pour le moins étonnante relève en réalité d’une rhétorique de disqualification qui vise à écarter tous ceux qui ne participeraient pas au CRIM.

Ceux qui veulent réfléchir et penser en Français, au nom de ce qui est commun et pour la défense de nos valeurs communes, seront alors perçus comme illégitimes. Et quelle est la légitimité de ces « musulmans laïcs » pour parler au nom d’une « communauté » qui ne leur a absolument rien demandé ? La légitimé s’acquiert par les résultats des actions engagées, et par les faits. Elle se gagne par les actes et non par les pactes. Et puis, les musulmans de ce pays sont d’abord Français, alors pourquoi vouloir les sortir de cette réalité vécue pour parler en leur « non » d’une identité fantasmée et imposée par le discours dominant ?

Ce CRIM profite donc bien à quelques- uns. Mais sera t-il pour autant parfait, ou payant ? Certainement pas. Parce qu’il se fonde sur une rivalité mimétique reposant, selon le philosophe René Girard sur ce principe que « je ne désire quelque chose que parce que l’Autre la possède », il mènera inexorablement à la violence. Et ce n’est surtout pas en se prévalant de la référence du CRIF, qui assume pleinement son attachement à Israël, que l’on peut défendre ce CRIM. Quelle sera en effet la réaction de ce dernier si demain un conflit venait à éclater ? Verra-t-on défiler dans les rues de Paris des institutions officielles, intronisées et validées par les pouvoirs politiques, pour soutenir des armées étrangères ? Peut-on vraiment courir le risque de faire imploser notre République ?

Ce CRIM prémédité est, finalement, à la fois un symptôme et une stratégie : il est le symptôme criant d’un échec politique, et une stratégie risible et visible pour qu’ils n’aient pas à en rendre compte. Si ces « musulmans laïcs » sont prêts à commettre ce CRIM, et à tenter de faire un hold-up sur une partie des Français, c’est sûrement parce qu’ils se sentent lésés. Et s’ils se sentent lésés, c’est que la république n’a pas dû satisfaire leurs désirs et leurs attentes. Est-ce pour autant une raison de continuer à créer des tribus ? Non. Les Français ne peuvent pas risquer leur francité en se laissant diviser. Et encore moins à se laisser dresser, les uns contre les autres. C’est pour cela que je ne serai complice d’aucun … CRIM. 

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Auteur : Lotfi Bel Hadj

Spécialiste de l’Afrique, Lotfi Bel Hadj conseille personnalités politiques et grands groupes dans leur communication stratégique sur le continent africain. Il est l'ancien Président de l’observatoire économique des banlieues.

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