Alain Soral : « La culture musulmane produit des hommes élevés dans des valeurs »

"Agitateur depuis 1976" tel qu’il se définit lui-même, Alain Soral est écrivain, sociologue et cinéaste.

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mercredi 28 janvier 2004

Alain Soral : « La culture musulmane produit des hommes élevés dans des valeurs »

"Agitateur depuis 1976" tel qu’il se définit lui-même, Alain Soral est écrivain, sociologue et cinéaste. Ce pamphlétaire de talent, réputé pour son franc-parler, répond aux questions d’Oumma.com.

Vous avez déclaré au cours d’une récente interview qu’il y a une certaine déraison quant à la question de l’anticommunautarisme. Comment expliquez-vous cette particularité bien française ?

Depuis le milieu des années 80, l’idéologie dominante libéral-libertaire, notamment promue par le PS, a favorisé la montée des communautarismes sur le modèle anglo-saxon : communautarisme féministe, communautarisme gay, communautarisme régionaliste, communautarisme juif... Les défenseurs du modèle français républicain universaliste, au mieux méprisés comme ringards avec Chevènement, étant tour à tour traités de misogynes, d’homophobes, de jacobins, voir d’antisémites... Or, aujourd’hui que les Franco-magrébins musulmans - sans doute poussés dans cette voie par le blocage patent de l’ascenseur républicain - se mettent à leur tour au communautarisme, cette "arabian pride", à la fois fierté des origines et droit à la solidarité sur le modèle du "communautarisme victimaire", leur est soudain refusé. Refusé à eux et à eux seuls, par ces mêmes pro-communautaires à tout crin qui nous déclarent aujourd’hui sans vergogne, que le communautarisme musulman, et lui seul, est un danger pour cette République universaliste qu’ils foulaient hier au pied, au point de traiter ses rares défenseurs de suppôts de Le Pen, comme le petit Pierre Marcel de Libération au lendemain du fameux match France-Algérie de sinistre mémoire.

Je m’étonne au passage que si peu d’intellectuels ne s’étonnent d’un tel revirement.

Vous évoquez une « bouc-émissairisation « des Maghrébins de France qui s’est encore accrue depuis la chute de Bagdad. Pouvez-vous être plus explicite ?

Ces maghrébins que les politiques du pouvoir Giscardien ont fait venir sciemment en France comme armée prolétarienne de réserve et comme consommateurs sous-équipés - avec l’arrière pensée de casser en sus le sentiment d’unité nationale en attisant la haine du petit blanc paupérisé des banlieues contre l’étranger (pendant qu’on hait l’arabe, ses coutumes, ses odeurs... on oublie un peu le grand bourgeois exploiteur) -, ces maghrébins français ont fourni à la deuxième génération, c’est un fait, le gros du contingent de la délinquance depuis la fin des années 80. Or, cette réalité sociologique a été, jusqu’en 2001, absolument censurée par l’intelligentsia médiatique. Une intelligentsia qui interdisait vertement au "gaulois" de se plaindre, exigeant au contraire de ce pauvre petit salarié de banlieue précarisé, souvent Français lui-même depuis une ou deux générations et anciennement immigré d’Italie, d’Espagne, de Pologne... qu’il batte sa coulpe. Si les fils d’OS maghrébins nés du regroupement familial se comportaient dans les quartiers comme des sauvageons, c’était de sa faute à lui, le soi-disant vilain colon blanc exploiteur et fils de collabo ; les journalistes bourgeois du centre ville le lui répétait à longueur de médias !

Or, depuis que ces ex-Africains du Nord ne cantonnent plus leur hostilité aux Français de souche, mais aux israéliens et à leur supporters pour cause de solidarité "instinctive" avec leurs frères palestiniens (des jeunes en survêtements comme eux, parqués dans des ghettos à fort chômage et qui s’occupent en lançant des pierres à la police...), cette même intelligentsia qui nous interdisait de toucher à leur "pote" avec la petite main jaune, nous y incite aujourd’hui vigoureusement en nous expliquant, à longueur de propagande, que celui qu’elle avait pris pour un amateur de tag et de rap - bref un artiste incompris - était en réalité un ignoble violeur islamiste ; la salle d’outrage et le lieu de prière se jouxtant comme on sait dans les caves !

Bref, pour ne pas tourner plus longtemps autour du pot, on assiste en ce moment en France à l’importation médiatiquement planifié du "conflit de civilisation" mis au point par les conseillers de Bush pour inverser la lecture de l’invasion de l’Irak ; de ce qui se joue effectivement au Moyen-Orient et ici.

La bas, la énième conquête impériale et coloniale du monde arabe dans le but de renforcer la domination US et Israélienne. Ici, une nouvelle stratégie d’exclusion - après le piège du Rap - dans le but de maintenir les Français d’origine maghrébine dans leur statut de sous citoyen.

Vous remarquez qu’ on assiste chez les jeunes franco-maghrébins à un désir de fierté des origines comparable à la "pride" gay, et qui ne pouvant puiser dans le non-passé des banlieues se tourne vers l’Islam, comme culture et civilisation millénaire...

Oui, le piège du rap, tendu par les médias du pouvoir pour pousser le franco-maghrébin à s’identifier au noir américain du ghetto - c’est à dire à ce sous-prolétaire sans foi ni loi, prêt à tout pour ramasser la "maille" qu’incarne si bien le chouchou des télés Joey Starr, le piège du rap, dis-je, a toujours eu pour but de couper le Français d’origine maghrébine de ses racines véritables, l’Islam. Comme l’arbre, l’homme sans racines, si fort qu’il se montre en apparence, s’abat d’une pichenette et son ennemi le sait, lui l’homme si fier de sa longue histoire et qui s’ingénie sans relâche à manipuler l’histoire des autres.

Or, contrairement à l’idéologie à la fois nihiliste et ultra-libérale de la culture rap (je ne parle pas du baratin pseudo-révolutionnaire des textes, mais de la réalité du rap comme moyen d’ascension ultra-individualiste par l’inféodation au pouvoir du show-biz), la culture musulmane, elle, ne produit pas des délinquants drogués et suicidaires, mais des hommes élevés dans des valeurs. Des valeurs de dignité et de respect qui ressemblent beaucoup, finalement, à celles qu’on inculquait aux hommes de France, et à moi-même, avant la déferlante du néo-matriarcat à l’américaine importé par mai 68.

Vous écrivez que dans la République Française, être anti-français ce n’est rien, mais être anti-Israélien c’est impardonnable...

L’Affaire Dieudonné n’est-elle pas sur ce plan exemplaire ?

Tant que ce Français d’origine camerounaise fustigeait l’esclavagisme blanc, qu’il se présentait contre le Front National à Dreux, tout les antiracistes avaient pour lui les yeux de l’amour. Mais du jour où il a cru pouvoir étendre - naïvement sans doute - sa critique du racisme et du colonialisme d’une France fantasmée, à la réalité très contemporaine d’un petit Etat du Moyen-Orient qui pratique ouvertement une politique d’apartheid, et ce par un pauvre sketch télévisuel dont on peut contester la drôlerie, mais nullement le contenu de gauche, ces mêmes forces unies de l’antiracisme institutionnel s’acharnent désormais à nous dépeindre - je devrais plutôt dire repeindre - le comique franco-camerounais anti-Frontiste Dieudonné en néo-nazi (avec pour Gilles Médioni de l’Express une possible subvention d’Al Quaïda) ! Dans le même temps, à l’ombre de cette campagne de dénigrement orchestrée, des associations communautaires qui ne représentent qu’elles mêmes, s’acharnent un peu partout dans nos bonnes villes de France, à faire annuler ses spectacles par des menaces de troubles à l’ordre public ! On voudrait nous faire croire à l’existence en France d’un puissant lobby sioniste et à sa mainmise sur le monde du spectacle, des médias, voir de la politique, on ne s’y prendrait pas autrement !

Enfin vous soulignez qu’ en France, la vraie violence se situe entre les juifs pro-israéliens et les Français d’origine juive universalistes et pro-palestiniens.

Oui, seule une lecture attentive de la réalité, un décryptage constant des manipulations médiatiques, peut nous éviter de sombrer dans le piège que nous tendent à la fois les ultra-sionistes et les antisémites pathologiques, je veux parler de ce dangereux fantasme d’une communauté juive, une et indivisible, marchant comme un seul homme, (et) bras tendu derrière le général Sharon et les héritiers likoudziques du sioniste révisionniste Jabotinsky, ce dangereux fantasme d’une communauté juive mythifiée qui conduit Alain Finkielkraut à définir, dans les colonnes même du Monde, 99% de la population de ce pays comme "non-juifs", soit par le défaut congénital d’une qualité ontologique !

Dans la réalité, il y a Alexandre Adler et Rony Brauman, Bernard-Henri Lévy et Serge Halimi, Jacques Tarnero et Eyal Sivan, Arthur et Alain Chabat... Et, au risque de jouer les Cassandres, j’ai bien peur qu’il soit malheureusement dommageable, à moyen terme, aux individus Français d’origine juive, que les médias, par simple peur du méchant, donnent si souvent la parole à ceux-ci plutôt qu’à ceux là...

Une question plus personnelle. Après le succès de votre livre Jusqu’où va-t-on descendre ? (Abécédaire de la bêtise ambiante), quel sera le thème de votre prochain ouvrage ?

Je vous signale qu’après le succès de ce premier abécédaire qui osait, avant le 21 avril 2001, dénoncer la tartuferie du discours médiatico-politique de toute l’époque post-soixante-huitarde sur la question des banlieues, j’ai sorti, l’année dernière, "Socrate à St Tropez", second abécédaire traitant plus particulièrement des manipulations communautaires. Un ouvrage si bien ostracisé par les médias que vous n’en avez visiblement pas entendu parler, vous qu’il concernait pourtant au premier chef !

Et puisqu’il faut finir par un peu de promo, je sors, le 22 avril prochain, un nouveau livre intitulé "Misères du désir" qui traite, comme son nom l’indique, de toute cette misère sexuelle contemporaine qu’a pour fonction de cacher la pornographie médiatique. Y figure notamment un chapitre sur la frustration vécue par la population mâle des banlieues qui remettra un peu les pendules à l’heure après tout ce harcèlement sur les "tournantes" et le foulard, ce qui n’est pas sans rapport avec notre sujet !

Vive la République et Dieu vous garde.

Propos recueillis par la rédaction

 

Voir aussi un entretien à Communautarisme.net où Soral reprend son argumentation

Alain Soral est notamment l’auteur de :

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Auteur : la rédaction

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