Hessel, Agrexco et BDS : mais pour qui se prend le CRIF ?

Début d’année en fanfare pour le CRIF. Après s’être vanté d’avoir annulé la conférence de Stépha

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vendredi 21 janvier 2011

Début d’année en fanfare pour le CRIF. Après s’être vanté d’avoir annulé la conférence de Stéphane Hessel à l’ENS,à laquelle devaient participer des personnalités comme Elisabeth Guigou, Gisèle Halimi ou Leïla Shahid, le président du CRIF est allé se pavaner dans le port de Sète sur le bateau de l’entreprise coloniale Agrexco. Retour sur une semaine qui aura vu le principal lobby pro-israélien de France sombrer dans une désinvolture sans précédent.

Il est en effet consternant de voir le silence quelque peu complaisant des médias et des hommes politiques devant de telles impostures. Imagineriez-vous l’espace d’un instant le président d’une autre organisation communautaire défendre avec autant d’ardeur les intérêts d’un Etat étranger ? On aurait crié au communautarisme le plus étroit, appelé à défendre la laïcité menacée etc. Mais ici, chuut, on ne dira rien ou presque car il s’agit du CRIF, ou plutôt de la filiale la plus en vue de l’ambassade israélienne en France.

Pourtant les faits sont là et démontrent influence de ce lobby pro-israélien devant qui nombre de personnalités politiques et médiatiques se taisent. Attitude peu digne.Il y a d’abord eu l’annulation du débat avec Stéphane Hessel à l’ENS. Qui l’a demandée et obtenue ? Richard Prasquier, président du CRIF qui s’en vante sur le site internet de son organisation. Le fervent défenseur du gouvernement israélien ne s’arrête pas là et, commentant les dernières affaires de justice qui ont vu de nombreux militants de la campagne BDS (1) passer devant les tribunaux, lâche cette phrase mémorable : "c’est d’ailleurs l’occasion de rappeler, notamment à ceux qui ont tendance à le passer sous silence, que c’est bien le CRIF qui est à la manœuvre derrière toutes les procédures contre le boycott, même si par tradition il s’abstient de porter plainte lui-même." (2) No comment…

Mais, à bien y réfléchir, cette fuite en avant du CRIF finira par se retourner contre lui. Car de plus en plus de citoyens se réveillent et, pour paraphraser le désormais très célèbre Stéphane Hessel, s’indignent. La preuve par la mobilisation : alors que la conférence à l’ENS devait initialement regrouper 300 personnes, ce sont plus du triple qui se sont rassemblés devant le Panthéon pour soutenir le droit à la liberté d’expression et dénoncer le caractère grossier de cette censure. La pétition en ligne le soutenant a quant à elle réuni plus de 11 000 signatures. Pour ce qui est du boycott d’Israël, M. Prasquier a dû être fou de rage en voyant les dernières déclarations d’Elisabeth Guigou qui prend désormais fait et cause pour le boycott d’Israël. L’ancienne garde des Sceaux vient en effet de déclarer que "le boycott des produits des territoires occupés est quelque chose à quoi je peux m’associer" (3). Et le soutien à ce procédé pacifique, citoyen et non-violent gagne du terrain tous les jours. Mardi dernier, la chanteuse Vanessa Paradis a annoncé qu’elle annulait son concert prévu en février à … Tel Aviv !

Quand le CRIF invoque régulièrement sa volonté de ne pas importer le conflit israélo-palestinien en France, il n’y a désormais plus grand monde pour le croire. Sa dernière sortie est en effet révélatrice et relève du scandale. A son initiative, une rencontre a été organisée il y a quelque jours entre le PDG d’Agrexco-France, le président de la Région Languedoc-Roussillon, le maire de Sète et … Richard Prasquier. Ce dernier semblait ravi de cette opération de communication qui n’efface, malheureusement pas pour lui, la réalité des faits. Agrexco est une société coloniale, détenue à 50% par l’Etat israélien, et dont l’activité agricole se déploie dans des territoires illégalement occupés. Faut-il rappeler à M. Prasquier que l’exploitation et la colonisation de ce genre de territoires relève du crime de guerre (4) ?

C’est pourtant l’activité principale d’Agrexco et il est révoltant de voir l’argent du contribuable financer l’effort de guerre d’un Etat qui bafoue quotidiennement le droit international. Ce n’est pas sur le port de Sète que devrait se trouver le président d’Agrexco mais plutôt devant les tribunaux ! C’est d’ailleurs ce à quoi s’attelle la mobilisation citoyenne réunie derrière la "Coalition contre Agrexco" qui regroupe près d’une centaine d’associations et dont il faut saluer les efforts constamment fournis pour empêcher l’installation de cette société. D’ailleurs, une procédure judiciaire est en cours devant le tribunal de Créteil pour condamner Agrexco pour crime de colonisation (5). Au vu de ses méfaits, il y a de quoi, en effet, la condamner lourdement.

Alors, M. Prasquier sachez une chose. De plus en plus de citoyens français n’acceptent plus ces provocations et dérapages. Dommage que Rama Yade se terre aujourd’hui dans son silence, elle qui déclarait en 2007 lors de la venue du guignol de Kadhafi en France : "le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort".

Quel homme politique serait aujourd’hui capable de remplacer "colonel Kadhafi" par "Israël" ? Personne ! Et c’est bien dommage car comme le rappelait à juste titre l’intellectuel israélien Michel Warschawski "Israël est un Etat voyou et il doit être traité comme tel" (6). Seulement, les temps changent et sachez que demain une nouvelle génération d’hommes politiques, qui auront le sens du courage, n’auront pas froid aux yeux quand il s’agira de clamer haut et fort leur message de paix, de dignité et de justice. Au nom de leurs convictions et de leurs principes non-négociables. Et pour le grand bien de la France !

Notes :

(1)Voir le site très complet de la campagne BDS-France, http://www.bdsfrance.org/

(2) http://www.crif.org/ ?page=articles_display/detail&aid=23242&returnto=accueil/main&artyd=70

(3)http://www.mediapart.fr/club/blog/eric-fassin/170111/stephane-hessel-et-les-libertes-publiques-l-ironie-de-voltaire

(4)http://www.dailymotion.com/video/xf5nat_islam-alain-gresh-et-les-territoire_news

(5)http://www.coalitioncontreagrexco.net/node/33

(6) http://www.lecourrier.ch/index.php ?name=News&file=article&sid=447927

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Auteur : Nabil Ennasri

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, est actuellement doctorant à l'Université de Strasbourg et étudiant en théologie musulmane.

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