Choisir entre le bien et le mal

Pendant le séjour d’Adam sur terre, la philosophie des lois universelles pour l’humanité future est mise

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vendredi 10 mai 2002

Pendant le séjour d’Adam sur terre, la philosophie des lois universelles pour l’humanité future est mise en relief par le conflit opposant ses fils : Abel et Caïn. On rapporte qu’Adam et Eve avaient à chaque naissance un garçon et une fille. Adam interdit le mariage des jumeaux. Il permit au frère d’épouser sa sœur non jumelle. Or ses deux premiers fils avaient des sœurs d’inégale beauté. Celui dont la sœur jumelle était la plus belle voulut l’épouser. Pour se départager ils décidèrent de faire alors une offrande à Dieu. Celle qui serait agréée de Dieu et consumée par le feu du Ciel désignerait le vainqueur. Celui dont l’offrande n’a pas été agréée (Caïn) tua son frère (Abel) par jalousie :

« Récite-leur la nouvelle des deux fils d’Adam en toute rectitude quand ils firent une offrande(à Dieu). Elle fut agréée de l’un d’eux et ne fut pas agréée de l’autre.

Il dit : « Je te tuerai pour sûr ! »

Il dit : « Dieu n’agrée que de la part des gens pieux.

- Si tu tends la main vers moi pour me tuer, je ne suis pas disposé à tendre la main vers toi pour te tuer.

Je crains Dieu, Seigneur-et-Maître des Univers.

- Je veux que tu rapportes mon péché et le tien et que tu sois ainsi parmi les gens du Feu. C’est là la récompense des Injustes. »

- Son âme bestiale lui minimisa le meurtre de son frère et il le tua

Il se trouva de ce fait parmi les perdants.

- Dieu envoya alors un corbeau fouillant dans la terre pour lui montrer comment cacher le spectacle indécent de son frère. Il dit :

« Malheur à moi ! Ai-je donc été incapable d’être comme ce corbeau et de cacher le spectacle indécent de mon frère ? »

Il se trouva donc parmi les repentants. » (5, 29 à 33)

On raconte que Caïn prit son frère mort sur ses épaules. Ne sachant quoi en faire, il parcourut le monde mal dans sa peau en butte au désespoir. C’est alors qu’il vit deux corbeaux s’entre-tuer. Il vit le vainqueur enterrer l’autre sous terre. Comme il a tué par orgueil et par jalousie, Dieu a voulu l’humilier en lui faisant donner une leçon de morale par un corbeau. Cette histoire implique toutes les significations morales et civiques possibles. «  Je crains Dieu, Seigneur-et-Maître des Univers » implique le sens de justice et d’injustice, de Paradis et d’enfer, du remords et du repentir, de l’agression et de la non-agression, tous les concepts profonds et absolus qui ont pris naissance pour dessiner la voie de l’humanité.

Par la suite et au fur et à mesure de l’évolution de l’humanité, la mission de l’être humain se précisait. Dans ce cadre, Dieu l’a choisi comme Son lieutenant sur Terre : «  Lorsque ton Seigneur dit aux anges : "Je vais établir un lieutenant sur la Terre » (2 : 29). L’être humain est le vicaire de Dieu sur terre pour y répandre la guidance divine. Il ne doit se comporter que dans les limites des lois universelles et choisir un mode de vie approprié en conséquence. Il ne peut prétendre être le propriétaire de la terre ( Propriété de Dieu ), sauf dans les limites de son vicariat. En d’autres termes, Il lui a délégué le pouvoir de gérer l’existence sur terre conformément aux lois divines. Il l’encourage aussi à s’y établir : « … Il vous a créés de la Terre et Il vous y a établis…  » (11 : 60) et à utiliser toutes les forces cachées dans les montagnes et dans les plaines : «  C’est Lui qui a fait pour vous la Terre très soumise. Parcourez donc ses vastes étendues et mangez ce qu’Allah a produit  ». (67 : 15).

L’expansion de la descendance d’Adam sur Terre et par mer constituent l’une des conséquences de sa dignité : «  Nous avons ennobli les fils d’Adam. Nous les avons portés sur la terre ferme et sur la mer… » (17 : 70). Bien plus, l’être humain peut élargir encore plus ses horizons en explorant même l’espace : «  Ne voyez-vous pas qu’Allah a mis à votre service ce qui est dans les Cieux et ce qui est sur la Terre ? … » (31 : 19).

Au début de sa genèse, il a appris ainsi des sciences que les Anges ignoraient :

«  Il apprit à Adam le nom de tous les êtres ; puis Il les présenta aux anges et dit : "Faites-moi connaître leurs noms, si vous êtes véridiques." Ils répondirent : "Gloire à Toi ! Nous ne savons rien en dehors de ce que Tu nous as enseigné ; Tu es, en vérité, Celui qui sait tout, le Sage." Puis Il dit : "O Adam ! Fais-leur connaître leurs noms", et lorsqu’Adam leur eut dit leurs noms, Allah dit : "Ne vous ai-Je pas dit que Je connais le mystère des Cieux et de la Terre ?"… » (2 : 30 à 32).

Par les noms, Adam (SDL) révéla aux Anges des connaissances inconnues et des énigmes sur des mystères de la Création. C’est donc cette science enseignée par Dieu à Adam (SDL) qui a justifié aux Anges (d’abord récalcitrants) le droit de l’homme à la lieutenance sur terre. C’est là en somme la consécration par le Coran de la valeur de la science et de la supériorité des savants. A tous les stades, si l’être humain exploite pertinemment ses potentialités, il pourra fructifier ses connaissances fondées sur les acquis et expériences antérieures en vue de l’invention de nouveaux moyens lui permettant de mieux gérer son existence sur terre. S’il demeure raisonnable et respectueux des lois divines, il a la possibilité de découvrir la vérité, la connaissance et la sagesse :

« Suis les commandements de la (vraie) nature humaine telle qu’elle a été créée par Allah. La création d’Allah ne change pas. Voici la religion droite ». (30 : 29).

Il est aussi le vecteur du « dépôt Divin » : «  Nous avions proposé le dépôt de la foi aux Cieux, à la Terre et aux montagnes. Ceux-ci ont refusé de s’en charger, ils en ont été effrayés. Seul, l’homme l’a assumé…  ». (33 : 72).

Ce Dépôt représente sa conscience, sa volonté, ses aptitudes à la responsabilité et sa faculté de choisir entre le bien et le mal symbolisant son humanité. Selon les termes du Coran, l’homme a été créé d’argile, mais un esprit divin lui a été insufflé. En d’autres termes, celui qui suit la voie de l’immoralité condamne l’épanouissement de sa bonne nature et constitue un pole négatif pour le Diable et les passions charnelles. Dans ses diverses capacités d’être, bien et mal sont mêlés :

« Il lui a inspiré son immoralité et sa piété. A effectivement récolté le succès celui qui s’est purifié (de la mécréance). Et a effectivement échoué celui qui n’a pas laissé son humanité s’épanouir  ». (91 : 8 à 10).

Il n’a pas à suivre une existence fixe et inaltérable. Il se fait lui-même et choisit plus ou moins la direction de son destin. Il est donc doté de la faculté d’exercer sa volonté et de choisir sa voie. Il n’est en somme ni un être prédestiné ni n’a toute liberté de mener une vie sans finalité : «  Pensiez-vous que Nous vous avions créés sans but et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ?  » (23 : 116).

Cependant sa libre volonté ne signifie pas qu’il soit sans refuge ni qu’il doive compter totalement et uniquement sur lui-même. Il est gratifié de la Protection et de la Faveur Divine. S’il fait un effort et se meut dans la bonne direction, il reçoit l’aide de Dieu : « Nous dirigeons sur Nos Chemins ceux qui font des efforts pour Notre cause… » (29 : 69). Il n’est pas seul ; Dieu est avec lui : « …Nous sommes plus près de l’homme que sa veine jugulaire ». (50 : 16). S’il établit des relations avec Dieu, les portes d’une pensée claire, de la connaissance et du pouvoir lui sont ouvertes : « Ne perdez pas courage ; ne vous affligez pas, car vous aurez une vraie dignité, si vous êtes croyants ». (3 : 139). Il se sent encouragé et réconforté.

Le Créateur l’ayant établi sur terre, Il contrôle en permanence les moindres détails de sa responsabilité. Il l’appellera pour lui demander des comptes et le rétribuer :

« …Vous serez interrogés sur ce que vous faisiez ». (16 : 93)

« …Par Allah ! Vous serez appelés à rendre des comptes pour ce que vous avez inventé ». (16 : 56)

« Arrêtez-les ! Ils doivent être interrogés ». (37 : 24)

« Allah ne peut pas être interrogé sur ce qu’Il fait, mais ils (les êtres humains) seront interrogés ». (21 : 23)

En définitive, conscient qu’il a des comptes à rendre, il demeure constamment vigilant pour assumer correctement sa responsabilité. Un tel contrôle peut produire un grand effet et servir de stimulant. Il se sent impatient et préoccupé parce qu’il est responsable de faire un bon choix. Il est responsable de son salut, de son bien-être et celui de sa société. De même, il doit répondre de son éventuelle déchéance et de sa décadence. Chacune de ses actions est durable et produit un résultat. C’est pourquoi, cette préoccupation et cette vigilance sont constructives, accroissent sa responsabilité et guident son choix pour bâtir la meilleure communauté sur terre.

L’Islam accorde une grande importance à la responsabilité individuelle. On ne doit pas dépendre des actions des autres :

«  Personne ne portera le fardeau de quelqu’un d’autre… ». (35 : 18).

La famille, la position, les enfants et la fortune ne peuvent sauver personne :

«  Le Jour où ni la richesse, ni les enfants ne seront utiles, sauf pour ceux qui iront à Allah avec un cœur pur » (26 : 88-89).

Chacun est son propre formateur et doit compter sur ses propres actes. Donc l’être humain est un mélange de crainte et d’espoir, de désir et d’appréhension :

- « O Mes serviteurs ! Vous n’avez rien à craindre ni à regretter aujourd’hui ». (43 : 68)

- « Ils s’arrachent de leur lit pour invoquer leur Seigneur avec crainte et espoir… ». (32 : 16)

- « …Ils craignent leur Seigneur et redoutent les mauvais résultats de leur compte ». (13 : 23)

Sa crainte est telle qu’elle l’empêche de commettre des fautes et de sombrer dans les péchés. Elle n’est pas cette sorte de crainte qui peut le frustrer et le conduire à l’inertie. Son espoir lui inspire les bonnes actions et fait de lui un être qui n’est ni arrogant, ni égoïste, ni paresseux, ni mou. En réalité un être humain altruiste et dévot aime profondément Dieu :

« Certains hommes associent à Allah des objets d’adoration. Ils les aiment comme on aime Allah ; mais les croyants sont les plus zélés dans l’amour d’Allah… ». (2 : 164).

Un tel être ne se voit jamais esseulé, perplexe et sans dignité. Il se sent attaché par un lien infini à l’éternité, à la majesté et à la perfection. Il se sent un être qui ne peut jamais être annihilé et dont la mort même est le commencement d’une nouvelle vie !

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Auteur d'ouvrages s'interessant particulierement à l'avenir de la civilisation musulmane dans la persective de son passé. Tajeddine Bennani est notamment l’auteur en 1993, du livre 'Trait d'union' qui traite de la renaissance musulmane au travers de contes.

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